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Discours du 30 mai 2026

Pascal Lecamp · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°256

J’irai dans le sens de la ministre. Le panorama français, ce sont 400 000 exploitations agricoles, 17 000 industries agroalimentaires, dont beaucoup de PME, comme dans ma circonscription, et 4 centrales d’achat. Nous avons voté les lois Egalim, qui ont accordé davantage de protection aux agriculteurs, mais se sont heurtées à un plafond et ont écrasé les marges de nombre d’industries agroalimentaires.

C’est à nous de corriger le tir : le jour où il n’y aura plus d’industrie agroalimentaire dans ce pays, il n’y aura plus de revenus pour les agriculteurs et plus d’exportation. Il faut donc faire très attention lorsqu’il s’agit de déplacer les curseurs et toujours penser que lorsqu’on impose des prix planchers, on court un risque important : le jour où les prix changent, où le plafond passe en dessous du plancher, c’est l’agriculteur qui pâtit de la perte de profitabilité de l’industrie.Notre agriculture doit rester productive et assurer des marges pour tout le monde. Notre rôle est de les préserver – c’était le but des lois Egalim. Mais le jour où les marges qu’elle réalise ne seront plus suffisantes pour que l’industrie agroalimentaire puisse encore acheter aux agriculteurs à des prix raisonnables, toute la filière sera en péril, et notre capacité d’exportation avec elle. Vous vous plaignez toujours de la diminution de notre excédent commercial alimentaire, mais le système de prix que vous proposez contribuera à la chute de notre industrie. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)

Je m’exprime en mon nom personnel et pas au nom du groupe Les Démocrates. Pour avoir passé ma vie à faire du commerce international depuis l’étranger, je souscris à ce que vient de dire M. Kasbarian : nous sommes bien les seuls à pratiquer une date butoir. Et aujourd’hui, on se rend compte qu’il y a une demande de renégociation permanente parce que des marges sont plus préservées pour les uns que pour les autres.

Et pour vous répondre, monsieur Biteau, sur le commerce international, je rappelle que c’est bien parce qu’on peut négocier les prix toute l’année que celui-ci est possible et, contrairement à ce que vous dites, les entreprises qui vont bien en France sont celles qui innovent et celles qui exportent. Parce que quand on exporte tout au long de l’année, on peut négocier les prix et les contrats avec ses acheteurs.S’il faut tous les deux ou trois mois rouvrir les négociations parce que les marges ne sont plus préservées, les acteurs vont passer leur temps à cela et on ne pourra pas entrer dans le système classique d’accompagnement des marges tout au long de l’année, et, à un moment donné, les marges des agriculteurs auront disparu.

Si trois mois après la négociation, au motif que des prix ont augmenté, on peut demander l’augmentation de… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur.)

C’est vrai.

C’est faux !

Nous aussi, nous tenons au tunnel de prix !

Issu du rapport d’orientation 2025 du syndicat Jeunes Agriculteurs, cet amendement porte sur une question structurelle que le présent projet de loi, en se limitant à renforcer l’attractivité des parts sociales d’épargne des coopératives, ne traite pas : celle de la place réelle des agriculteurs au sein de leurs propres structures collectives. Le rapport d’orientation faisait état d’une défiance croissante envers les coopératives, sans pour autant les remettre en cause.Nous demandons donc que soit remis au Parlement un rapport évaluant la place réelle des agriculteurs au sein des structures coopératives et mutualistes agricoles, afin d’appréhender objectivement des sujets aussi sensibles que la gouvernance, la participation démocratique, l’accès à l’information, la place du foncier ou l’accès aux aides. Nous voulons préparer des évolutions structurantes, fondées sur un diagnostic clair, plutôt que légiférer à l’aveugle. Ce rapport constituerait une première étape, proportionnée et non normative, vers la maîtrise, par les agriculteurs, de leurs propres outils collectifs – ambition parfaitement cohérente avec celle du titre IV du présent texte.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).