Discours du 16 juin 2026
Patrice Martin · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°271
Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.
Ma question rejoint la précédente. Notre souveraineté alimentaire est en danger. Après les difficultés majeures rencontrées par nos agriculteurs, auxquelles le projet de loi d’urgence ne répondra que très partiellement, ce sont désormais nos pêcheurs qui font face à une situation très préoccupante. Ils subissent, eux aussi, des réglementations lourdes, des contraintes administratives croissantes et une fiscalité toujours plus pesante, qui alourdit mécaniquement leurs charges, mais ils font surtout face à un fléau commun à l’ensemble de nos filières de production : la concurrence déloyale.En Normandie et dans les Hauts-de-France, la présence de chalutiers industriels devient particulièrement inquiétante. Certains battent pavillon étranger tandis que d’autres battent pavillon français mais appartiennent à des multinationales étrangères. Ces navires dépassent très souvent 100 mètres de long, soit près de six fois la taille moyenne des bateaux utilisés par nos marins dans ces régions.L’exemple de Parlevliet & Van der Plas illustre parfaitement cette dérive. Ce groupe néerlandais exerce une pression considérable sur la ressource halieutique française et nos équipages locaux, qui ne peuvent lutter à armes égales contre une telle puissance industrielle. Surtout, cette multinationale pratique la stratégie du détournement : par le rachat de navires disposant de quotas français, elle a progressivement constitué une position dominante voire quasi monopolistique sur certaines espèces, comme le cabillaud, le merlan bleu ou le lieu noir. Elle capterait près de 45 000 tonnes de quotas, soit environ 15 % de l’ensemble de nos droits de pêche.Cette stratégie de concentration ne s’arrête pas là. Il y a une quinzaine d’années, ce groupe a pris le contrôle de deux grands armements historiques français, Euronor et la Compagnie des pêches Saint-Malo. Quelques années plus tard, il poursuivait son expansion avec la Compagnie française du thon océanique. Le mois dernier, il a baptisé un nouveau chalutier congélateur pélagique de 111 mètres de long. Ce navire s’ajoute à sa flotte déjà considérable, où figure notamment l’ Annelies Ilena, présenté comme l’un des plus grands chalutiers du monde.Face à ces véritables usines flottantes, que peuvent nos petits navires ? Chaque jour, ces monstres des mers peuvent capturer l’équivalent de ce que pêchent 1 000 bateaux traditionnels français. Dans les ports de Dieppe et du Tréport dans ma circonscription, les témoignages se multiplient et l’inquiétude grandit. Les marins voient cette concurrence intra-européenne s’installer durablement, capter la ressource, concentrer les droits de pêche et ne laisser que des miettes à ceux qui font vivre nos ports, nos criées, leurs familles et toute une économie littorale.Comment peut-on affirmer que la pêche est une priorité nationale alors que nous laissons se développer une concurrence industrielle qui fragilise directement notre souveraineté alimentaire et notre potentiel halieutique ? Dès lors, madame la ministre, j’aurai trois questions. Quelles mesures le gouvernement entend-il défendre à Bruxelles pour protéger nos pêcheurs ? Quelles initiatives compte-t-il porter pour limiter la concentration des quotas entre les mains de multinationales étrangères ? Enfin, comment entend-il préserver des capacités d’accès et d’exercice qui soient justes, durables et réellement adaptées à nos marins ?
Le constat est partagé par l’ensemble des députés du littoral. Si le droit permet d’intervenir sur ce sujet, faisons-le, parce que pour le moment, nos pécheurs souffrent. Ils demandent à être écoutés, mais surtout à être entendus. Il est donc urgent d’agir en leur sens.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).