Discours du 14 octobre 2025
Paul Christophe · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°3
Quelle image renvoyons-nous ! Quel triste spectacle offrons-nous du débat public ! Mes chers collègues, je vous le dis en toute franchise, nous ne sommes que de piètres comédiens qui n’amusent plus personne. À force d’égarements puérils et de batailles stériles, notre pays s’enfonce dans une crise politique inédite sous la Ve République.
Nous n’avons visiblement plus de boussole, plus de cap.
Dans le vacarme assourdissant de notre hémicycle, plus personne ne trouve ni conviction, ni valeur, ni respect.
Aucune ligne, aucun objectif commun ne semble pouvoir se dégager, pas même l’intérêt général du pays.Face à nous, les oppositions se rejoignent souvent dans la critique, sans jamais proposer d’alternative crédible. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes HOR et DR.)
Quand certaines promettent encore plus de dépenses, les autres voient toujours moins d’ouverture, mais toutes s’éloignent du sérieux budgétaire que réclament les Français.Les extrêmes, malgré leurs divergences, s’unissent dans le rejet. L’alliance des contraires espère ainsi peser plus lourd dans la balance politique, accroître sa présence médiatique et amplifier son audience.
Ils nous chantent la douce mélodie de la vérité, les uns exclusivement sur le ton de la fable « Les riches sont nos ennemis », les autres sur celui du conte « Les étrangers sont le problème ».Quant aux anciens partis de gouvernement, ils se vantent de négocier à partir d’un discours sans nuance – « Ce sera ça ou rien » –, comme si compromis rimait avec diktat. Chaque jour, la liste de leurs exigences s’allonge un peu plus et, bien entendu, ils ne s’engagent en rien et ne signent aucun accord : il est ainsi plus facile de se dérober.Par cette attitude, ils nous mènent droit dans le mur. La consommation des ménages est en baisse, tout autant que l’investissement des entreprises.Les Français sont inquiets, en colère même, et observent, consternés, notre médiocrité. Ils s’éloignent de nous, ne nous comprennent plus, ne nous écoutent plus. Lorsque la parole des représentants du peuple cesse de trouver écho, c’est le lien même entre la nation et ses institutions qui se fragilise.
Notre pays n’a pas besoin d’égoïsme, mais de stabilité.En responsabilité, le groupe Horizons & indépendants cherche à bâtir, depuis le début, des compromis dans un hémicycle profondément divisé, à l’image de notre France désormais fracturée. Le compromis politique, oui ! Le renoncement à nos valeurs, jamais ! Nous n’accepterons aucun accord dont la France sortirait perdante, où l’intérêt général serait piétiné, où la stabilité économique et budgétaire serait sacrifiée. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe HOR.) Il y va de notre crédibilité en tant que nation.L’année écoulée nous a grandement fragilisés au niveau national, comme sur la scène européenne, face à des puissances étrangères qui profitent de notre faiblesse pour menacer nos intérêts et notre souveraineté. Nous nous devons de tenir notre maison dans le respect de nos engagements internationaux, alors que nous avons désormais le déficit le plus élevé de la zone européenne et une dette colossale.
Pour cela, il nous faut suivre notre plan de retour à l’équilibre, qui passe nécessairement par une réduction importante de notre déficit dès le prochain budget.
Non, la dette n’est pas un simple souci comptable, comme certains voudraient nous le faire croire. Nos résultats économiques comme notre déficit public sont scrutés par nos partenaires, par nos créanciers, par nos concitoyens. Si nous ne respections pas nos engagements, les difficultés seraient très concrètes pour le quotidien des Français. Certes, le FMI – Fonds monétaire international – n’est pas à nos portes, mais qui pourrait pour autant se satisfaire d’une situation aussi catastrophique ? Qui pourrait croire qu’une telle dégradation budgétaire serait indolore pour nos concitoyens ? Moi, je ne le crois pas.Chez Horizons, nous savons qu’il est possible et souhaitable de réduire les dépenses publiques et que c’est d’abord à l’État de montrer l’exemple. Dans cette perspective, la trajectoire budgétaire présentée par le gouvernement va dans le bon sens. En proposant des économies significatives, il poursuit l’ambition engagée l’année dernière et attendue par nos concitoyens : celle de la maîtrise de la dépense publique.Nous sommes aujourd’hui le deuxième pays d’Europe le plus dépensier en proportion du PIB. Cette situation n’est plus tenable et le gouvernement semble en avoir pris la mesure. Il faut, monsieur le premier ministre, continuer dans cette voie. Mobilisons notre énergie pour bâtir un budget crédible pour la France. Rien d’extraordinaire : un budget réaliste, sincère et équilibré – ce sera déjà beaucoup !Tel est l’état d’esprit qui nous guide : le budget présenté par le gouvernement n’est pas, pour nous, un texte d’adhésion ; il est déjà un compromis. En effet, il comporte des mesures que nous n’aurions pas proposées. Ainsi, bien que nous restions fermement opposés à toute hausse généralisée des impôts, nous ne rejetterons pas par principe les ajustements nécessaires à la stabilité politique, à partir du moment où ceux-ci ne contreviennent pas à notre stabilité financière.Comme nous le répétons depuis des mois, aucune réforme structurelle ne pourra voir le jour dans pareil hémicycle. Faisons donc preuve d’humilité et de tempérance. Le temps n’est pas venu pour qu’un parti, quel qu’il soit, puisse prétendre appliquer son programme, rien que son programme. Chacun, dans cet hémicycle, doit faire un pas ; mais entendons-nous bien : il doit s’agir d’un pas en avant pour le pays, non d’un pas en arrière.
On va me dire que nous devrions nous accorder sur la suspension de la réforme des retraites, car ce geste, qui ne serait somme toute qu’un compromis technique comptablement supportable, ouvrirait la voie à la stabilité politique tant recherchée. Or un tel raisonnement serait, à mes yeux, profondément dévastateur, car la réalité est là, implacable : nous devons être plus nombreux à travailler et le faire plus longtemps.Notre système repose aujourd’hui sur 1,8 actif cotisant pour un retraité, alors qu’il a été conçu pour 4,1 actifs cotisants pour un retraité. Dans le même temps, la durée en retraite, qui était à l’origine de cinq ans en moyenne, est désormais de plus de vingt-deux ans. Notre système de retraite par répartition ne peut pas continuer à fonctionner avec trois fois moins de cotisants pour une durée d’indemnisation quatre fois supérieure. C’est une folie ! (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR – M. Jean-Luc Fugit et M. Nicolas Ray applaudissent également.)Le groupe Horizons & indépendants est prêt à discuter d’un compromis sur les améliorations possibles d’une réforme des retraites, en ce qui concerne les femmes, les carrières hachées, les carrières longues ou encore la pénibilité. Mais suspendre la réforme des retraites pour offrir au groupe Socialistes une victoire politique aussi symbolique qu’éphémère est une dangereuse facilité.Le compromis politique ne saurait en effet se bâtir au détriment de l’intérêt général. Une nation qui renoncerait à la rigueur de ses engagements et à la cohérence de ses choix perdrait la confiance de ses partenaires comme celle de ses citoyens.Disons-le clairement, la gauche a choisi de faire de la suspension de la réforme des retraites son nouveau totem. J’en suis tristement persuadé : d’autres lignes rouges apparaîtront demain. Nous connaissons la tendance à la surenchère de nos collègues. S’ils s’y adonnaient, cela nous conduirait immanquablement, demain, à l’échec budgétaire.Je l’annonce ici : nous ne voterons pas n’importe quoi. Nous ne rendons pas service à nos concitoyens en mettant la vérité sous le tapis pour atteindre des objectifs de court terme. Le courage politique consiste à dire la vérité, à reconnaître que, sans équilibre financier, il n’y a pas de justice sociale. C’est précisément ce que nous défendons : un modèle soutenable, fidèle à la promesse républicaine de solidarité entre les générations.Enfin, malgré l’urgence, la situation budgétaire ne doit pas être notre seule priorité. À des milliers de kilomètres de cet hémicycle, nos concitoyens nous regardent et attendent des réponses concrètes à leurs difficultés. Je pense notamment à la Nouvelle-Calédonie. Pour la bonne mise en œuvre de l’accord de Bougival, nous devons adopter le plus rapidement possible la proposition de loi organique visant à reporter le renouvellement général des membres du Congrès et des assemblées de province.Le général de Gaulle déclarait le 12 septembre 1944 : « Les plus nobles principes du monde ne valent que par l’action. » Par ces mots, il nous rappelait que les idéaux, aussi élevés soient-ils, ne prennent sens que lorsqu’ils se traduisent dans des décisions et des actes. Sans action, les principes s’étiolent, les valeurs se figent. Il est désormais temps de passer des mots aux actes, de faire ici, dans cet hémicycle, ce que notre devoir commande : prendre nos responsabilités. Les Français n’entendront pas nos états d’âme. La dernière chance n’est pas un hasard : c’est le moment où le courage rencontre la nécessité. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR et DR ainsi que sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).