Discours du 29 avril 2026
Paul Molac · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°214
De quelle jeunesse parlons-nous lorsque nous évoquons la santé mentale des jeunes ? Derrière ce terme se cachent des trajectoires différenciées, façonnées par des déterminants socio-économiques, mais aussi territoriaux. Il n’existe pas une jeunesse, mais des jeunesses. Ces réalités étant plurielles, nos politiques publiques devraient l’être aussi. Or, en matière de santé mentale comme dans d’autres domaines, nos jeunes font face à de lourdes difficultés et certains territoires restent désarmés pour leur venir en aide.Je pense d’abord aux territoires d’outre-mer, où la situation est alarmante. Alors que la moyenne nationale des jeunes présentant des signes de dépression s’établit autour de 25 %, elle atteint 39 % dans les régions d’outre-mer. Certains territoires connaissent des niveaux encore plus dramatiques, comme la Guyane, où plus d’un jeune sur deux est concerné.Je pense également aux jeunes ruraux, pour lesquels l’accès aux soins relève trop souvent du parcours du combattant : rareté des professionnels, délais d’attente de plusieurs mois, centre médico-psychologique parfois situé à plus d’une heure de route... Voilà l’offre de soins en matière de santé mentale que notre société propose aux jeunes en milieu rural.Ces situations ne sont pas le fruit de hasard, elles résultent de politiques qui, depuis plusieurs années, ont laissé s’installer des déséquilibres profonds et ont conduit à une détérioration du maillage médical dans de trop nombreux territoires. Loin de s’ajouter seulement aux vulnérabilités individuelles des jeunes, ces disparités territoriales en constituent un déterminant structurel qui contribue à la dégradation de leur santé mentale et entrave durablement leur capacité d’agir.Deux leviers d’action doivent être activés par le gouvernement : la prévention et la prise en charge. S’agissant de la prévention, des avancées ont certes été engagées, notamment à travers des dispositifs en milieu scolaire et un plan consacré à la psychiatrie. Toutefois, ces efforts restent insuffisants, la prévention et l’information, pourtant plébiscitées par les professionnels de la santé mentale, demeurent marginales. Les conséquences de ces insuffisances sont alarmantes. Peu sensibilisés par des professionnels, les jeunes se tournent majoritairement vers les réseaux sociaux : un tiers des jeunes cite désormais Instagram, YouTube et, de manière encore plus préoccupante, TikTok, comme principale source d’information sur la santé mentale. Là encore, les disparités territoriales sont marquées : les jeunes vivant dans de grandes aires urbaines sont nettement mieux sensibilisés que ceux vivant dans les zones rurales.En ce qui concerne la prise en charge, la situation est tout aussi préoccupante. Les centres médico-psychologiques, confrontés à une forte pénurie de professionnels et inégalement répartis sur le territoire, ne peuvent que difficilement assurer l’effectivité de l’accès aux soins. Dans les outre-mer, cette insuffisance se traduit par un recours très faible aux consultations, malgré des besoins particulièrement élevés : seuls 30 % des jeunes concernés ont accès à un suivi.Plus largement, la psychiatrie publique traverse une crise profonde. Dans près de 40 % des établissements, plus d’un quart des postes sont vacants, ce qui place les structures en situation de grande difficulté pour répondre aux besoins de la population. Je pense à l’hôpital de Redon, où la pénurie de professionnels affecte toutes les actions que l’on peut mener sur le territoire. La concentration des psychiatres dans les grandes métropoles et aires urbaines – en particulier en région parisienne – accentue les déséquilibres. Ces disparités nous imposent de penser une action publique ciblée sur les territoires où se cumulent plusieurs formes de précarité. Cela suppose de partir des réalités locales, en tenant compte des contraintes auxquelles les jeunes sont confrontés, qu’il s’agisse de l’isolement et donc des problèmes de transport, du manque d’information ou de l’insuffisance de l’offre de soins.Dans cette perspective, les politiques de santé mentale doivent être pleinement intégrées à l’ensemble des politiques conduites sur le territoire et s’articuler avec des actions visant à améliorer les conditions de vie des jeunes : renforcement du maillage médical, développement des solutions de mobilité, amélioration des conditions économiques et sociales. C’est à cette seule condition que nous pourrons agir sur les déterminants de la santé mentale.Enfin, il est essentiel de prendre en compte les revendications des jeunes eux-mêmes. Une exigence revient dans leur discours, celle d’une véritable proximité territoriale. Nos jeunes expriment le besoin d’une présence humaine visible et accessible à l’échelle locale, dans les établissements scolaires, les centres sociaux et les missions locales. Écoutons-les.
La santé mentale des jeunes révèle une profonde fracture territoriale. Dans de nombreux territoires, en particulier dans les zones rurales et en outre-mer, l’accès aux soins psychiatriques et pédopsychiatriques est devenu très difficile, sinon impossible. Les centres médico-psychologiques sont saturés, les délais d’attente s’allongent et les professionnels manquent : ainsi, dans près de 40 % des établissements exerçant une activité de psychiatrie, un quart des postes demeurent vacants.Cette pénurie touche particulièrement la pédopsychiatrie. Certains départements sont totalement dépourvus de pédopsychiatres. Le cas de la Loire-Atlantique a été évoqué ; je vous parlerai à mon tour d’une ville toute proche, celle de Redon. À Redon, les professionnels de santé estiment que 700 patients sont sans solution – sachant que le pays de Redon compte 70 000 habitants. Pourquoi ? Parce que nous sommes en présence d’un cas typique de désert médical : trois médecins sur cinq et de nombreux infirmiers partant à la retraite ne sont pas remplacés.Je dois avouer ressentir une certaine amertume puisque l’une de mes premières questions écrites, en tant que député, s’adressait à la ministre de la santé et portait précisément sur les déserts médicaux : c’était en 2012 et l’on m’avait répondu – cela m’avait un poil agacé, à l’époque – que tout était sous contrôle et que les choses allaient s’arranger. Or il a fallu attendre 2022 pour que le numerus clausus – devenu numerus apertus – soit relevé. Que de temps perdu ! Nous en payons les frais. Certes, ce n’est pas de votre faute, madame la ministre : nous avons été collectivement défaillants.Tout cela se ressent dans la prise en charge des jeunes, surtout en milieu rural, où les médecins ne se bousculent pas pour s’installer, malgré les incitations prévues, qui d’ailleurs nous coûtent cher. Je livre cela à votre sagacité. On se refuse à parler de sectorisation des médecins mais je pense que, dans certains territoires, elle serait bien utile.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).