Discours du 3 juin 2026
Paul Molac · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°262
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Le sujet du cadmium résonne tristement avec le texte que nous examinions hier dans cet hémicycle pour reconnaître la responsabilité de l’État dans la contamination au chlordécone et indemniser les victimes.
Le chlordécone a été largement utilisé dans les bananeraies à la fois en Martinique et en Guadeloupe et nous connaissons les conséquences de cette utilisation : des atteintes graves à la santé, des sols contaminés pour des siècles et une parole publique qui a perdu de sa crédibilité. Certes, les deux situations ne sont pas les mêmes, mais le scandale du chlordécone nous a appris ce qu’il en coûte de vouloir différer des mesures indispensables. Ce n’est pas le seul scandale sanitaire que nous avons connu. Pour l’amiante également nous avons tardé à agir, si bien que l’on a fini par indemniser des gens malades du cancer. Il est généralement préférable de prendre les devants plutôt que d’avoir à annoncer après des mesures curatives. C’est ce que nous devons faire aujourd’hui avec le cadmium.Les taux de cadmium tolérés en France sont largement supérieurs à ceux que l’Europe autorise.
Certains ici ont demandé que les règles françaises applicables aux installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) soient alignées sur les règles européennes. Faisons de même pour le cadmium. L’Europe réfléchit actuellement à ce sujet et plusieurs de nos collègues estiment qu’il faut attendre ses conclusions avant de prendre des décisions. Je ne crois pas que ce soit judicieux : de toute façon, la proposition de loi doit aller au Sénat, entre-temps l’Europe prendra des mesures sur le cadmium et nous rééquilibrerons les choses le moment venu. Ne tardons plus, emparons-nous du problème !Dans une région agricole comme la Bretagne, nous savons ce que ce type de problème peut entraîner : la défiance vis-à-vis de nos produits et des pertes de revenu pour les agriculteurs. J’entends parfois des propos qui me désolent : non, les agriculteurs ne sont pas indifférents à la pollution ! Ils s’en soucient. Il est vrai qu’ils n’ont pas toujours le choix. Le système qu’ils ont choisi entraîne des désagréments, des externalités négatives, mais nous avons aussi des réussites. Qui sait ici que les taux de nitrate en Bretagne sont descendus au-dessous des taux préconisés par l’Europe ? Nous l’avons fait grâce aux agriculteurs ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.) Qui sait que le volume des algues vertes, décriées à juste titre, a été divisé par cinq ? Ne disons pas que les agriculteurs ne font rien ! Ils travaillent dans un système marqué par la segmentation du marché, à laquelle ils doivent malheureusement s’adapter. Ce qui ne m’empêche pas de défendre l’agriculture la plus propre possible. C’est pourquoi je conseille à tout le monde de manger bio.
C’est bon pour la santé, pour la planète et pour les agriculteurs !
Nous devons travailler avec les agriculteurs et avec nos partenaires. Je félicite Benoît Biteau d’avoir trouvé un accord avec différents groupes : il nous permet d’avancer sans rester bloqués dans les postures. (Mme Lise Belluco applaudit.) L’agriculture et la santé méritent mieux qu’une opposition frontale ; il convient de trouver les moyens, par la discussion, d’accorder les contraires. C’est le rôle de la politique : faire un pas dans la bonne direction – j’espère que, ce soir, nous le ferons ensemble !Le texte issu des travaux de la commission correspond à une logique qui me paraît la bonne. Nous devons toujours veiller à faire de la pédagogie et à expliquer plutôt qu’à imposer les décisions que nous prenons – autrement, dans les fermes, les agriculteurs penseront que nous venons encore les emmerder avec l’environnement ! C’est en expliquant et en faisant de la pédagogie que nous parviendrons à faire évoluer notre agriculture.J’appelle donc chacun à la responsabilité, à faire un pas en direction des autres, afin que nous fassions œuvre utile pour la santé et pour l’agriculture. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LIOT, SOC et EcoS. – Mme Stella Dupont applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).