Discours du 28 janvier 2026
Perceval Gaillard · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°131
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On n’est pas au PMU !
Permettez-moi tout d’abord d’avoir une pensée émue pour des proches concernés par ce sujet, qui, de Saint-Paul, à La Réunion, à Royère-de-Vassivière, se reconnaîtront.Enfin ! Tard, trop tard pour certains qui ne le verront pas, nous parlons de ce sujet, ici, à Paris, dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Permettez-moi de saluer le travail formidable, opiniâtre, de ma collègue et camarade Karine Lebon, qui, prenant la suite d’Ericka Bareigts, porte à bout de bras ce combat, ici, à l’Assemblée. Bravo à toi, chère Karine, de n’avoir rien lâché, malgré les embûches et les difficultés rencontrées. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)Oui, il faut rappeler, devant la nation, qu’entre 1962 et 1984, plusieurs milliers de mineurs relevant de l’aide sociale à l’enfance de La Réunion ont été déplacés, transportés ou, osons le terme, déportés vers la France hexagonale, au motif mensonger et fallacieux d’une démographie réunionnaise galopante, dans le but assumé et cynique de repeupler des départements hexagonaux ruraux en manque de main-d’œuvre.Cette politique planifiée a eu des conséquences dramatiques pour les mineurs concernés, déracinés, coupés de leur famille, de leur culture, de leurs racines, confrontés à des différences culturelles, linguistiques et climatiques immenses. Dans bien des cas documentés, se sont ajoutées à cela l’humiliation et la maltraitance. Certains mineurs ont même connu le changement d’un état civil que beaucoup ignorent encore. Tout cela a eu des répercussions psychologiques très importantes, que la recherche actuelle qualifie d’abus de filiation, via des traumatismes cumulatifs.Cette politique de l’État français n’est pas tombée du ciel. Elle ne relève pas du hasard ou d’une décision personnelle. Elle a, au contraire, été appliquée sciemment et consciemment dans le cadre d’une politique coloniale à l’état pur. Au même moment – il faut le rappeler tant cela est méconnu –, l’État français organisait, dans l’est de La Réunion, à Saint-Benoît en particulier, la stérilisation forcée de milliers de femmes, selon l’historienne Françoise Vergès.
Toujours, cette logique de contrôle démographique ; toujours, cette logique de contrôle du corps des femmes ; toujours, cette logique de domination coloniale vis-à-vis de classes populaires réunionnaises, considérées comme dangereuses. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.) C’est cette réalité qu’il faut dire – qu’il faudra même crier, si personne ne veut l’entendre ici ; c’est cette réalité historique, cruelle mais bien réelle, que la France doit regarder en face, doit réparer, doit enseigner, doit commémorer, pour qu’elle ne puisse jamais, nulle part, se reproduire.Durant l’examen du texte par la commission des affaires sociales, nous avons entendu le représentant du Rassemblement national nier cette vérité dans un véritable exercice de révisionnisme historique.
L’État ne serait pas responsable de cette politique de déportation – mais qui, alors ? Qui a organisé, légitimé et planifié cette transplantation ? Aimer son pays, mesdames et messieurs de l’extrême droite, c’est d’abord regarder l’histoire en face, aussi sombre et cruelle soit-elle. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS ainsi que sur les bancs des commissions.) Aimer son pays, ce n’est pas falsifier, minorer ou réécrire la réalité ; c’est, au contraire, l’affronter en face, la regarder droit dans les yeux et dire aux générations suivantes : plus jamais ça !« Dans la vie, on a toujours le choix », disait Nelson Mandela. « Aimer ou détester, assumer ou fuir, avouer ou mentir, être soi-même ou faire semblant. » Avec cette proposition de loi, nous proposons à la République française d’aimer et de ne plus détester. Nous lui proposons d’assumer sans fuir, d’avouer et de ne plus mentir, d’être elle-même et de ne plus faire semblant.Il arrive parfois que dans cet hémicycle, nous nous retrouvions face à l’histoire, face à nous-mêmes sans qu’il ne soit plus possible ni de fuir ni de regarder ailleurs. C’est le cas avec le vote que nous nous apprêtons à faire.Je nous invite donc, par-delà les clivages partisans, à nous hisser à la hauteur du moment. Pas une voix ne doit manquer ! Pour les victimes, dont certaines sont ici présentes et que je salue ; pour La Réunion, qui nous regarde ; pour la nation, qui doit connaître et reconnaître ce crime.Les députés de La France insoumise voteront sans hésiter cette proposition de loi que La Réunion appelle de ses vœux depuis si longtemps. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, EcoS et GDR ainsi que sur les bancs des commissions.)
Par cet amendement, nous demandons que, chaque année, la commission nouvellement créée remette au Parlement un rapport dressant un état des lieux de l’avancée de ses missions et un bilan de ses moyens.
Par cet amendement, nous proposons de préciser la façon dont seront choisis les membres de la commission nouvellement créée. L’article 1er prévoit qu’au moins quatre des quinze membres seront des victimes de la déportation. Nous suggérons d’indiquer que les membres seront également choisis en raison de leur connaissance de l’histoire de La Réunion et de la politique de transplantation d’enfants en France hexagonale.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).