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Discours du 10 février 2026

Philippe Baptiste · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°144

Je vous remercie pour l’inscription à l’ordre du jour de ce débat sur un sujet fondamental pour la nation – l’accès à l’enseignement supérieur. Dans vos propos liminaires, vous avez abordé de nombreux sujets connexes : l’équité territoriale – enjeu majeur –, la place du baccalauréat ou le montant des bourses, par exemple. Je ne pourrai pas tous les traiter dans mon propos liminaire, mais je veillerai bien entendu à vous répondre par la suite.Nous avons tous été confrontés, un jour, à cette question fondamentale : qu’ai-je envie de faire demain ? La plupart d’entre nous ont dû se poser la question au lycée. Notre responsabilité, en tant que gouvernement, est d’abord de permettre aux lycéens de se poser cette question dans les meilleures conditions possible, avec les meilleurs conseils d’orientation, sachant qu’ils ne bénéficient évidemment pas tous du même environnement familial ou socioprofessionnel, ce qui constitue l’une des sources majeures d’inégalités – quel que soit le système que nous pourrions construire.Une fois que les élèves ont apporté une réponse à cette question, nous devons faire le maximum pour que chacun puisse accéder à la formation qu’il a choisie.Je reviens un instant sur le chemin parcouru depuis la loi du 8 mars 2018 relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (ORE). En huit ans, le système d’accès à l’enseignement supérieur a été profondément remanié.En 2017, le Conseil d’État avait condamné le recours au tirage au sort – non prévu par la loi, mais rendu inévitable par le système d’admission postbac de l’époque. C’est pour répondre à cette décision et à l’impérieuse nécessité d’offrir à nos jeunes une procédure équitable que Parcoursup a été créé.Si l’on remonte encore plus loin, souvenez-vous également – pour ceux d’entre nous qui ont connu cette époque – des files d’attente devant les universités, à l’aube, pour s’inscrire à l’aide de dossiers papier, ou du 3615 Ravel. Il fallait alors limiter ses choix du fait même du support papier.Parcoursup, c’est un univers des possibles ; c’est le choix. La plateforme propose 24 000 formations territorialisées – elles ne sont évidemment pas toutes différentes, mais ce sont bien 24 000 formations –, ce qui offre à chaque lycéen un très large éventail de possibilités pour construire son avenir. C’est une force mais aussi, parfois, une source d’inquiétude pour les jeunes qui se retrouvent face à cet univers des possibles.Parcoursup est efficace : grâce à la plateforme, plus de neuf lycéens sur dix reçoivent une proposition d’admission, dans des délais très courts – les trois quarts des candidats obtiennent désormais une réponse positive dès la première semaine.Je veux le redire ici très clairement : Parcoursup n’est pas un algorithme. Les étudiants candidatent, ils déposent un dossier et, en retour, des professeurs, des professeurs des universités, des professeurs de classe préparatoire, de BTS – brevet de technicien supérieur –, se mettent autour de la table, consultent les dossiers et classent les candidatures. Il s’agit d’un travail énorme. Ils examinent les dossiers un par un et, s’ils s’aident parfois d’algorithmes locaux, ce sont bien des hommes et des femmes qui sont à la manœuvre.Parcoursup ne fait que récolter les choix des élèves. Derrière, il n’y a pas d’algorithme ; c’est tout sauf une boîte noire. C’est au contraire une boîte totalement transparente, où sont recueillis les dossiers, pour être ensuite distribués aux professeurs, dans les universités et les classes prépa, à charge pour ces derniers de faire le travail. Je le répète, ce sont des milliers d’hommes et de femmes qui œuvrent pour cela.Parcoursup, c’est aussi un effort démocratique. En 2025, près d’un million de lycéens et d’étudiants ont participé à la procédure, soit 200 000 de plus qu’en 2017. Sur ce million de candidats, seuls 38 élèves, 38 élèves de trop, n’ont pas trouvé de formation. Ce résultat, on le doit non seulement à la plateforme mais aussi à la mobilisation des commissions d’accès à l’enseignement supérieur, qui repêchent, un par un, les candidats en difficulté : là encore, des hommes et des femmes – et non des algorithmes –, traitent chaque cas individuel.Au-delà de ces aspects liés à la sélection, la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur reste le principal moteur de justice en ce domaine. Les quotas sociaux introduits dans Parcoursup ont permis à des milliers de lycéens boursiers d’accéder à des formations qui leur semblaient inaccessibles – je pense notamment aux bouleversements majeurs dans le recrutement de Sciences Po Paris par exemple, où la part des boursiers a triplé depuis son intégration dans Parcoursup ; je pense aussi aux écoles vétérinaires, qui ont considérablement diversifié leur recrutement. Les Cordées de la réussite démontrent également leur efficacité, et les chiffres parlent d’eux-mêmes : les lycéens qui participent à ces dispositifs ont un taux d’admission supérieur de près de 3 points à la moyenne nationale, taux qui monte à 6 points pour les bacheliers professionnels. C’est la preuve que l’accompagnement personnalisé paie.Notre politique volontariste en faveur des bacheliers technologiques et des bacheliers professionnels porte aussi ses fruits. La moitié des bacheliers technologiques candidats à un BUT – bachelor universitaire de technologie – reçoivent aujourd’hui une proposition d’admission, tandis que les trois quarts des bacheliers professionnels trouvent une place en BTS, alors qu’en 2017 ces formations étaient en train de se transformer en pseudo-classes préparatoires. Nous sommes donc, en quelque sorte, revenus à l’essence du BTS.Ces résultats sont le fruit d’un travail de fond pour adapter les formations aux profils des élèves, qui peuvent se voir proposer un dispositif d’accompagnement personnalisé et adapté, comme le dispositif « oui si », qui bénéficie à plus de 26 000 étudiants chaque année, dans les universités et dans les écoles, et qui a permis de diviser par trois le taux d’abandon de ces publics.Les usagers eux-mêmes reconnaissent ces progrès. Selon une enquête de l’institut CSA, plus de 70 % des lycéens considèrent que Parcoursup les aide à construire leur projet d’orientation. Les nouveaux outils, les sites d’entraînement, les comparateurs de formation, les systèmes de favoris répondent à leurs attentes ; la messagerie de contact, les chats en direct, les réseaux sociaux, tous ces canaux permettent un accompagnement au plus près des besoins.L’accompagnement, enfin, a été enrichi grâce au programme Avenir(s) piloté par l’Onisep, l’Office national d’information sur les enseignements et les professions. Ce programme innovant permet un suivi personnalisé dès la classe de cinquième, avec des outils adaptés à chaque âge. Il favorise la découverte des métiers, l’exploration des formations, la construction progressive du projet d’orientation, y compris en intégrant des techniques d’intelligence artificielle, non pas pour fermer ou téléguider les jeunes vers telle ou telle formation, mais pour ouvrir le monde des possibles à chaque jeune qui le souhaite.Promettre à chacun d’entre eux de construire un parcours choisi et réussi dans l’enseignement supérieur, c’est un enjeu de justice sociale, un enjeu d’efficacité économique. Notre pays a besoin de tous les talents pour relever les défis qui sont devant nous. Des marges de progrès subsistent, des inégalités territoriales – cela a été souligné par plusieurs d’entre vous – sont présentes et persistantes : nous devons y travailler. Nous devons aller plus loin dans l’orientation, dans la formation des enseignants, en particulier dans la formation des enseignants du secondaire en matière d’orientation. Enfin, nous devons poursuivre le travail d’articulation entre secondaire et supérieur.Tels sont bien les sujets du débat de ce jour, et je répondrai évidemment à vos différentes questions.

Monsieur le député, je partage totalement votre analyse. Une des premières choses que je dis aux lycéens à qui je rends visite – j’étais il y a une dizaine de jours à Fontainebleau –, c’est qu’ils ne jouent pas leur vie sur Parcoursup. C’est évidemment une étape importante, mais ils ont le droit à l’erreur. Je ne dis pas que c’est formidable, mais on peut se tromper et se réorienter : sur le million de jeunes qui passent par Parcoursup, 200 000 sont en réorientation. Certes, cela coûte cher, et, pour les finances publiques, on pourrait souhaiter qu’ils soient moins nombreux, mais je n’ai aucun doute sur le fait qu’on doit pouvoir changer de filière, car il n’est pas toujours évident de trouver sa voie quand on a 17, 18 ou 19 ans. J’ajoute, au risque d’énoncer un lieu commun, que le monde a radicalement changé et que le système très tubulaire que nous avons connu, dans lequel on commençait des études dans une discipline pour les suivre jusqu’au bout, a vécu. On essaie, on se trompe beaucoup plus qu’auparavant.Pour ce qui concerne les classes préparatoires, vous conviendrez avec moi que le fait qu’à cause d’un nombre de places limité tout le monde ne puisse pas entrer à Henri IV ou à Louis-le-Grand n’est pas un sujet totalement nouveau. C’était déjà le cas bien avant 2017 !

Ce qui a profondément changé en revanche, c’est que, longtemps cantonnée aux classes prépa, l’excellence n’est plus leur apanage. Les universités ont développé des filières d’excellence : bachelors, doubles cursus, doubles masters, écoles intégrées… Les parcours se sont diversifiés et la liberté, notamment celle de trouver ailleurs des formations d’excellence, offerte aux très bons élèves qui n’auront pas trouvé leur place à Louis-le-Grand, est plus grande.

Tout d’abord, sont proposées, au sein de Parcoursup, des formations sélectives et des formations non sélectives, comme cela a toujours été le cas. L’accès aux formations sélectives ne repose pas, et n’a jamais reposé, sur les notes terminales du baccalauréat, puisque les épreuves terminales arrivent mécaniquement beaucoup trop tard pour que les établissements se fondent sur elles. Tout cela n’est pas nouveau, et pardon si je rappelle une évidence.Nous avons uniformisé, au sein de Parcoursup, la procédure concernant les formations sélectives et non sélectives, avec une nouveauté depuis cette année, puisque deux notes du baccalauréat seront directement prises en compte : la note du bac de français et celle de l’épreuve anticipée de mathématiques, ce qui, d’une certaine façon, répond à vos préoccupations.Ensuite, vous avez raison d’évoquer la difficulté posée par le gonflement des notes. Cela doit être régulé mais je ne doute pas que nous y arriverons, comme y sont arrivés les autres pays qui fonctionnent avec des systèmes similaires.Enfin, permettez-moi de faire remarquer que, si le contrôle continu peut être source de pression pour les élèves qui sont en effet mis sous tension dans la durée, c’est aussi un moyen, pour certains, de corriger le tir en cours de scolarité, et donc un moteur de réussite.

Permettez-moi de contester un ou deux points que vous mentionnez. Non, la plateforme n’a pas abandonné 70 000 jeunes. Sur le million de jeunes inscrits, nombre d’entre eux changent de projet, quittent la plateforme parce qu’ils ont décidé de travailler et de ne pas poursuivre leurs études, parce qu’ils ont trouvé une formation d’enseignement supérieur à l’étranger, parce qu’ils ont décidé de redoubler, etc. Certains jeunes préviennent, et se désinscrivent de la plateforme, d’autres pas. Je peux vous assurer que ceux qui n’ont pas d’affectation ne sont pas du tout abandonnés : ils sont relancés par e-mail, par téléphone et ceux qui veulent continuer leurs études et restent sans solution sont pris en charge par les CAES, les commissions d’accès à l’enseignement supérieur, composées de professeurs du secondaire et des universités, de personnels du rectorat, que je suis allé voir, et qui passent leurs mois de juillet et d’août à caser les élèves un par un dans des formations. Finalement, comme je l’ai déjà indiqué, seuls 23 jeunes sont restés sans solution l’an dernier.Si vous voulez que les notes du baccalauréat comptent pour Parcoursup, au vu du temps nécessaire pour examiner les dossiers, il faudrait organiser le baccalauréat en février. Dans ce cas, on perdrait des mois de formation puisque l’année de terminale durerait quatre mois. Je suis ouvert à toutes les bonnes idées, mais je crains que celle-ci ne fonctionne pas. Pardonnez-moi, j’ai été long ; je n’ai pas pu répondre sur tous les points que vous avez évoqués.

Tout d’abord, les lycéens sont fondamentalement inégaux suivant leur environnement social. Ils sont plus ou moins nourris en matière d’orientation selon le métier de leurs parents, selon ce que font les collègues. Je crois profondément que l’égalité républicaine doit être portée par le lycée, en particulier par les professeurs principaux, qui ont un rôle crucial d’accompagnement à jouer, et que les heures déclarées pour l’orientation dans les lycées techniques, professionnels ou généraux, doivent être réellement consacrées à l’orientation.

Or on sait que ce n’est pas toujours le cas, que l’enseignant a tendance à avaler les heures consacrées à l’orientation. C’est un enjeu majeur, car les jeunes les moins favorisés en pâtissent. On ne peut pas interdire le recours aux conseils privés, mais je veux dire aux lycéens qu’ils ont toute l’information sur Parcoursup, que les plateformes de l’Onisep, qui intègrent un peu d’IA, sont très accessibles. Par contre, ils doivent se renseigner très tôt, sans attendre. Le vrai problème – je vais dire les choses un peu brutalement – c’est de parvenir à réveiller plus tôt les jeunes qui ne s’en préoccupent qu’une semaine ou dix jours avant la date fatidique de clôture.Une charte déontologique des salons étudiants, active à partir du mois d’avril, permettra de les réguler, pour que nous soyons certains qu’ils apportent de l’information, sans adopter une démarche mercantile sur les questions d’orientation.Enfin, sur la question des formations de l’enseignement supérieur privé, vous savez qu’un projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé devrait être examiné dans peu de temps, je l’espère, par votre assemblée.

L’option mathématiques expertes existe en terminale pour ceux qui souhaitent la suivre. Mais je comprends bien que votre question concerne les autres élèves qui, auparavant, faisaient des mathématiques dans leur filière, sans que ce soit nécessairement leur objectif. Cependant, la réforme du baccalauréat n’a pas eu d’effet statistique majeur sur l’orientation dans les études supérieures. La proportion de filles qui s’orientent vers des disciplines scientifiques n’a pas baissé. En revanche, moins de jeunes suivent des mathématiques en terminale, c’est-à-dire qu’ils les abandonnent un peu plus tôt. C’est un sujet sur lequel nous devons travailler.L’adéquation est une question multiple. Il faut prendre en compte le profil des jeunes qui évolue au gré des choix et des modes, les capacités d’accueil des formations – qu’on ne peut faire évoluer d’un claquement de doigts parce qu’on ne transforme pas un professeur d’allemand en un professeur de physique ou d’énergie – et – pardon de le dire – le bassin d’emploi.

L’enseignement supérieur a une double vocation : l’ouverture et la compréhension du monde, inscrite dans l’ADN de nos universités, mais aussi la préparation à des métiers qui évoluent à très grande vitesse. C’est vraiment très compliqué, c’est pourquoi les cartes de formation sont pensées sur la base de contrats d’objectifs et de performance au cœur desquels on trouve les universités qui définissent leur stratégie. La présence, autour de la table, des régions, des entreprises et de l’État permet que tout le monde s’aligne sur cette stratégie et s’accorde sur cette carte.

À l’issue d’une augmentation très forte au cours des vingt dernières années, 25 % des élèves suivent désormais des formations d’enseignement supérieur privé, lucratives ou non lucratives. Un projet de loi sera étudié dans les prochaines semaines afin de réguler l’enseignement supérieur privé, mais réguler ne signifie, en aucun cas – nous avons probablement un point de désaccord ici –, interdire l’enseignement supérieur privé lucratif ou non. La très grande majorité de ces formations d’enseignement supérieur privé sont de qualité, voire de très grande qualité si vous prenez l’exemple des grandes écoles de commerce privées, très reconnues en France et dans le monde. C’est un exemple parmi d’autres.Il y a donc d’excellentes formations et nombre d’entre elles sont bonnes mais il y en a aussi qui sont problématiques. Nous avons quelques exemples, dont celui que vous avez mentionné, et d’autres ont été cités dans différents ouvrages. Dans le cadre actuel, il est très difficile de les contrôler. Vous avez raison sur ce point. La faible régulation fait qu’il est plus simple d’ouvrir une formation d’enseignement supérieur que d’ouvrir un restaurant ou un commerce. La régulation prévue par le projet de loi est donc nécessaire.Dans le cadre actuel, nous utilisons beaucoup Parcoursup pour contrôler les formations qui se trouvent sur la plateforme, ce qu’il est plus difficile de faire pour celles qui n’y sont pas. Ainsi, plusieurs déréférencements ou rappels à l’ordre de formations sont prononcés chaque année parmi les formations présentes sur Parcoursup. Le but du projet de loi que j’évoquais est de garantir qu’une formation labellisée par l’État – Qualiopi ou autre – soit de qualité.

Je n’entrerai pas dans ce débat entre deux groupes.Le budget voté, valable pour la mission Recherche et enseignement supérieur, dont le périmètre excède celui du ministère, est en augmentation de 750 millions d’euros par rapport à l’année précédente. Quant au périmètre du ministère – universités, organismes et vie étudiante –, il bénéficie de 350 millions d’euros supplémentaires, lesquels compensent aussi des charges supplémentaires. Ce budget permet donc de faire fonctionner efficacement l’enseignement supérieur et la recherche.Certes, des budgets d’université sont votés en déficit, mais ce sont des budgets initiaux. Vous le savez : la différence entre le budget initial et le budget réalisé est toujours très forte, car les dépenses sont très souvent inférieures aux prévisions. De plus, les budgets initiaux ont été calculés avant la rallonge budgétaire apparue quelques jours avant le recours au 49.3. Il faut donc prendre le chiffre relatif aux universités en déficit avec prudence.Vous avez évoqué des critères incompréhensibles ou opaques, mais vous savez, monsieur le député, que ce sont des hommes et des femmes – professeurs, enseignants de BTS, d’institut universitaire de technologie (IUT) ou d’université – qui étudient les dossiers. Les critères ne sont pas incompréhensibles, ils sont même publics ! À chaque formation correspondent des critères. Tout élève a le droit de demander individuellement pour quelles raisons il a été refusé. Certains le font. Ce droit est relativement peu utilisé, mais il existe. Je ne souscris donc pas à l’idée de critères incompréhensibles.

Je le répète, Parcoursup n’est qu’un outil et une procédure. S’il faut une évolution, j’y suis ouvert. Parcoursup n’est plus le même qu’en 2017, il a profondément évolué. Certes, il cristallise un certain nombre d’angoisses et de questions, mais quel que soit le nom ou la procédure, l’orientation, qui est un moment difficile, génère mécaniquement du stress. Il faut tout faire pour le limiter, mais à un moment donné, le candidat doit choisir. Jusque-là, le lycéen est comme dans un cocon ; il est très accompagné dans ses choix, parfois même poussé. À cette nouvelle étape, il doit faire un choix pour son futur.Je conteste le chiffre de 85 000 jeunes sans affectation. J’ai déjà fourni l’explication : certains sont partis faire autre chose ; en fin de procédure, les jeunes qui voulaient trouver une formation et étaient en difficulté étaient moins de trente l’an dernier – un nombre similaire à celui de l’année précédente.Je suis d’accord avec vous, monsieur le député, sur la profusion des formations – classes préparatoires, licences, LDD, bachelors, diplômes universitaires spécialisés, écoles d’infirmières, CPES, etc. –, beaucoup plus grande qu’hier. Toutes sont disponibles sur la plateforme.Je suis également d’accord avec vous sur un autre point : il existe une forme d’inégalité sociale dans la compréhension et la manipulation de ces informations. Si vous avez les codes et les outils, cette plateforme est d’une richesse objectivement incroyable. Pour chaque formation, vous avez le taux de succès ou les emplois vers lesquels elle débouche. Comment s’en servir pour que cette mine d’informations ne devienne pas un frein à l’ambition des jeunes, mais bien un moment d’ouverture sur le monde du supérieur ? Les familles ont un rôle à jouer, tout comme les professeurs. Vous l’avez dit, les psy-EN jouent un rôle très important, mais ils sont en nombre relativement limité. Je crois donc que l’un des rôles fondamentaux des professeurs de lycée, en particulier des professeurs principaux, consiste à accompagner les jeunes. C’est vraiment capital. Il faut réussir à placer ce sujet au cœur du débat. Grâce au plan Avenir – défendu par Élisabeth Borne, alors ministre de l’éducation nationale –, ils seront davantage formés.J’aimerais revenir un instant au sujet des mathématiques, auquel je suis sensible, étant moi-même mathématicien. Lors de la réforme du baccalauréat, personne n’avait identifié le risque de fuite : on trouve aujourd’hui moins de filles en spécialité mathématiques qu’on en trouvait hier dans les grandes options mathématiques des bacs scientifiques. Cela étant, l’effet est neutralisé dans les études supérieures. Les statistiques montrent une forme de stabilité. Auparavant, des filles poursuivaient l’étude des mathématiques parce qu’elles se destinaient à faire médecine par exemple. Elles ont désormais la possibilité d’échapper aux mathématiques. Cette réforme a donc servi de révélateur. Il ne faut pas s’en contenter, mais je ne crois pas qu’elle ait généré une désaffection particulière des mathématiques ; elle a révélé quelque chose plus tôt qu’on ne le voyait avant. Il faut que nous réussissions à travailler là-dessus.

Il y a eu une très forte croissance du nombre d’étudiants dans le monde de l’enseignement supérieur. De mémoire, cette augmentation est de l’ordre de 25 % en dix ans. Cette croissance n’a pas été uniforme dans les différents secteurs. Une très grande partie a été absorbée par l’enseignement supérieur privé, qui a crû de manière spectaculaire ces dernières années, avec quelques dérives mentionnées précédemment et beaucoup de formations de qualité. Le nombre d’étudiants dans les universités a crû lui aussi ; cependant cette croissance a été plus modeste et il y a une relative stabilité sur les diplômes nationaux que sont la licence, le master et le doctorat.Vous avez parlé de l’université comme d’un projet « par défaut », mais je voudrais souligner une des grandes évolutions du premier cycle dans les établissements supérieurs publics et en particulier dans les universités : il existe désormais des formations qui attirent les meilleurs bacheliers au sein des universités, ce qui n’était pas systématiquement le cas il y a dix ou quinze ans. Les doubles diplômes, en particulier les doubles licences, les bachelors, les diplômes spécialisés ou créés conjointement avec les lycées, les CPES, toutes ces formations nouvelles construites par les universités ces quinze dernières années sont extrêmement compétitives et parfois très attractives. Elles ont développé une voie d’excellence. Je pense que c’est très bien.Plusieurs d’entre vous ont abordé la question des bacheliers professionnels. Le bac professionnel a été conçu pour amener à un métier, que ceux qui en sont titulaires exerceraient après le baccalauréat. Le taux de succès en bac pro a suivi une évolution très dynamique. Ensuite, beaucoup de titulaires d’un bac pro décident de poursuivre leurs études. Certains vont en BTS, formation a priori la plus adaptée pour eux – cependant le taux de succès des étudiants titulaires d’un bac pro en BTS est souvent un peu en retrait par rapport aux autres bacheliers, et certains s’inscrivent en licence.Sur ce sujet, je reprendrai ce que vous avez dit en employant des mots plus durs : une promesse leur est faite qui est peut-être une hypocrisie. Je vous donne des chiffres de mémoire – là encore, pardonnez-moi s’ils ne sont pas tout à fait précis : un bachelier professionnel qui s’inscrit en licence a une probabilité d’obtenir ce diplôme de l’ordre de 7 %. Pourtant, non seulement il peut s’inscrire en licence, mais si un bachelier professionnel le demande, la loi m’impose de lui trouver une place dans la licence à laquelle il souhaite accéder, ce que nous faisons. Cependant ce système repose sur une forme d’hypocrisie.Je ne soutiens en aucune façon qu’il faudrait interdire aux bacheliers professionnels de poursuivre leurs études. En revanche, il faut avoir l’honnêteté et le courage de dire à ces bacheliers que s’ils poursuivent leurs études immédiatement après le bac, ils doivent se remettre à niveau – c’était l’objectif de ce que l’on appelait il y a longtemps la propédeutique. Dans Parcoursup, cela correspond aux réponses « oui si », c’est-à-dire à des parcours adaptés aux besoins des jeunes, qui comportent souvent une première année de remédiation et de remise à niveau. Ces parcours donnent de meilleurs résultats, qui peuvent toutefois être encore améliorés. Il y a également la possibilité d’aller travailler et de revenir plus tard pour mieux faire des études dans l’enseignement supérieur. Cette question est décisive. Il faut l’aborder avec plus de courage que nous ne l’avons fait jusqu’à maintenant.

J’essaierai de répondre à votre question relative à une orientation plus juste et au sentiment d’injustice qui peut être ressenti. Il arrive ainsi qu’entre deux étudiants qui jugent avoir le même profil, l’un soit accepté dans une formation où l’autre est refusé. Cependant, j’insiste sur le fait qu’il n’y a pas, derrière la plateforme, une mécanique qui prendrait les notes, réaliserait une moyenne et affecterait les élèves dans une formation en fonction de cette moyenne.Ce sont des hommes et des femmes qui examinent les dossiers. S’il y a 50 places dans une formation, 200 ou 250 dossiers seront retenus, et classés en fonction des appréciations, de la dispersion des notes, de toute une analyse humaine. Ainsi, deux jeunes peuvent avoir le sentiment d’avoir des dossiers très proches et cependant être jugés différemment. Soit on crée une énorme usine à gaz qui réalise des moyennes et classe sur cette base, mais je pense que ce serait le pire des systèmes,…

…soit on laisse la place aux hommes et aux femmes pour faire les choix. Dans tous les cas il y aura un sentiment d’injustice – et je ne cherche pas à me défausser sur ceux qui effectuent les classements, au contraire.Par ailleurs, je suis très ouvert à des propositions pour diminuer la complexité de Parcoursup, mais ce n’est pas évident.Enfin, je voudrais revenir sur les filières industrielles que vous avez mentionnées. Parcoursup n’établit aucune hiérarchie entre les filières. En revanche, je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il existe un ressenti, dans la société, selon lequel les technologies et l’industrie ne seraient pas tellement chics – la manière dont les sciences sont appréciées est à peine plus favorable. Il s’agit pourtant d’un enjeu majeur : la nation a besoin d’ingénieurs, de techniciens et de scientifiques – c’est notre priorité.Il reste que les demandes des jeunes aujourd’hui ne correspondent vraiment pas du tout à ce besoin. Nous avons donc un vrai problème en amont : comment collectivement leur expliquer que les besoins de la nation résident dans les sciences, l’ingénierie ou la technique, que nous devons nous développer dans ces domaines si nous voulons que la France et l’Europe restent dans la course, et aussi qu’il y a là de très beaux métiers ?Cet enjeu dépasse largement la plateforme.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).