Discours du 12 mai 2026
Philippe Baptiste · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°229
Je vous remercie pour cette question toute en nuance... Il est bon d’avoir le sens de la mesure dans les mots qu’on emploie ! Le terme « xénophobie » ne me semble vraiment pas adapté.Vous n’ignorez sans doute pas que la pratique des droits différenciés est utilisée dans à peu près tous les pays du monde, y compris, pour prendre un exemple au hasard, à Cuba, un pays cher à votre cœur par ses choix politiques ! C’est vrai aussi en Afrique du Sud, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada, en Suisse, dans certains Länder allemands et dans l’immense majorité des pays européens. Cette pratique, en somme, est une pratique normale, qui existe en France depuis 2019 pour les étudiants extracommunautaires.Nous avons, il est vrai, décidé de relancer un plan d’attractivité à destination des étudiants internationaux – d’où évidemment son nom anglais. Il reprend les fondamentaux du plan Bienvenue en France et prévoit que les étudiants internationaux accueillis dans notre pays s’acquittent de droits correspondant au tiers environ du coût réel de leur formation, soit un peu moins de 3 000 euros en moyenne pour un coût global de 11 000 euros à peu près. Le contribuable continuera donc de « subventionner » l’accueil des étudiants internationaux qui viennent étudier en France à hauteur de 7 000 ou 8 000 euros pour chacun d’eux. Parler de xénophobie dans de telles conditions ne me paraît réellement pas justifié. Je le redis, il faut avoir le sens de la mesure, monsieur le député !J’ajoute que les montants générés par l’application des droits différenciés restent à la main des établissements et qu’ils permettront d’améliorer l’accueil des étudiants internationaux. Je ne crois pas, en effet, que l’on puisse se satisfaire de leur situation actuelle. Certains d’entre eux sont en grande précarité. Le contrôle de ressources fonctionne mal. Le plan Choose France For Higher Education permet aussi de cibler notre action, car nous avons besoin des étudiants internationaux dans plusieurs secteurs – je ne suis donc pas du tout pour une logique de fermeture, mais au contraire pour une logique d’ouverture de notre pays –, en particulier ceux de la science et de la technologie. Je rappelle qu’il est nécessaire de former 40 000 ingénieurs et 40 000 techniciens par an. Ne serait-ce que pour ces deux métiers, nous avons besoin des étudiants internationaux. Nous devons donc avoir une démarche proactive en encourageant les étudiants internationaux à venir chez nous, notamment en donnant des bourses à ceux qui n’ont pas la capacité de subvenir à leurs besoins et qui sont parmi les meilleurs. Les autres doivent être capables de contribuer marginalement au coût global de leurs études.Quant à la situation de l’université de Strasbourg, elle est suivie attentivement par le rectorat.
Vous m’interrogez sur la récente élection, le 1er avril dernier, au conseil d’administration du Cnous, d’un étudiant représentant l’association des Étudiants musulmans de France. Cette élection, puisque nous vivons dans un État de droit, s’est inscrite dans le cadre des règles prévues par la loi qui garantissent le pluralisme de la représentation étudiante. Elle ne saurait donc être remise en cause dès lors que les dispositions légales et réglementaires ont été strictement respectées, ce qui est le cas en l’espèce.Concernant l’activité de l’EMF et les risques d’entrisme, mon ministère, avec l’ensemble des services de l’État, est très attentif, depuis plusieurs années, à son évolution et aux tentatives d’institutionnalisation, y compris par d’éventuels rapprochements avec d’autres structures. C’est ce qu’il s’est passé aux dernières élections du Cnous. Cette situation résulte d’une alliance entre un syndicat étudiant radical, la FSE – Fédération syndicale étudiante –, proche de LFI, et ce syndicat communautaire. C’est leur alliance qui a permis l’élection d’un suppléant, sur les cinquante-quatre membres titulaires et suppléants du conseil d’administration du Cnous.Vous parlez des récents travaux des services de renseignement en amalgamant par ailleurs la situation au sein de l’éducation nationale et celle au sein de l’enseignement supérieur. Ces travaux n’évoquent que très marginalement les universités. La commission d’enquête sur l’entrisme islamiste, qui s’est tenue l’année dernière à l’Assemblée nationale à l’initiative du groupe UDR, ne dit pas les choses autrement, évoquant ainsi, toujours avec les services de renseignement, l’effet loupe sur le débat national des agissements d’une extrême minorité : rapporté à la population étudiante générale, leur nombre serait epsilonesque, pour reprendre les termes du rapport.Au-delà de cette situation factuelle, je veux vous dire que mon ministère ne reste pas les bras croisés pour garantir, avec les outils à notre disposition, le strict respect du droit et des règles de la laïcité qui constituent un principe fondamental du service public de l’enseignement supérieur. À ce stade, aucun élément porté à ma connaissance ne permet de caractériser une atteinte à ces principes dans le fonctionnement des conseils d’administration du Cnous ou des Crous. Cela ne signifie pas, bien évidemment, qu’il ne faut pas être vigilant, et c’est bien le sens des consignes qui ont été données aux services du ministère et aux réseaux des œuvres. Les Crous disposent aussi de référents laïcité qui veillent à faire respecter les principes républicains dans l’ensemble des services offerts par le réseau – la restauration, les résidences, etc.Je le répète solennellement : si les faits devaient être caractérisés, qu’il s’agisse d’une atteinte à la laïcité ou au bon fonctionnement du service public ou encore à l’ordre public, des suites appropriées seraient immédiatement engagées avec la plus grande fermeté. Je crois avoir fait preuve, depuis mon arrivée dans ce ministère, d’une résolution implacable sur le sujet et avoir sévi contre les actes antirépublicains d’antisémitisme ou d’apologie du terrorisme.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).