Discours du 27 janvier 2026
Philippe Bonnecarrère · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°128
Notre pays adore les motions de censure, les cérémonies et les anniversaires. Aussi le cinquantenaire du dernier budget à l’équilibre présenté par Raymond Barre aurait-il mérité d’être salué à sa juste valeur. Le seul énoncé de ces cinquante ans de déficits continus souligne notre addiction à la dépense publique et à la dette, et résonne comme un appel à l’humilité.Cela me conduit à évoquer le « grand décalage » – qui vous changera du « grand remplacement ». Décalage entre l’approche individuelle et la perception collective, d’abord. Alors que nos artisans, nos industriels, nos commerçants, nos agriculteurs et professions libérales ont très souvent, à titre individuel, des projets d’investissement, alors que nos acteurs économiques tiennent le pays au quotidien et lui permettent d’avancer –– je leur en rends hommage –, dès que l’on passe au niveau collectif, le relatif optimisme que l’on observe à l’échelon individuel disparaît et le pessimisme devient la règle. Comment combler ce fossé ?Décalage, ensuite, entre, d’une part, les défis du moment, les dangers d’un rapport de force débridé prôné par des pays prédateurs et, d’autre part, les difficultés du Parlement à élaborer et à adopter un budget donnant notamment les moyens à nos armées de mieux nous protéger et à notre agriculture d’assurer notre souveraineté alimentaire. L’hommage rendu à des régimes autoritaires – que certains essaient aujourd’hui d’oublier –, couplé à la critique permanente d’un déclin européen, n’ayant d’autre objectif que de faire éclater ce qui a été construit, certes de manière imparfaite, avec nos voisins, est un discours qui fait du mal à notre pays. Doter la France d’un budget est le minimum dû à nos concitoyens face aux problèmes géopolitiques.Pour ma part, j’estime que résoudre ce double décalage relève du patriotisme – de ce que j’appellerais un « nouveau patriotisme », qui engloberait l’économie et la défense, la solidité démocratique et la résilience individuelle ou collective.Tout à l’heure, un orateur s’exprimant au nom du Rassemblement national a évoqué « le parti de l’étranger ».
Je me contenterai de dire que le plus patriote n’est pas forcément celui qui parle le plus de la patrie !Est-ce à dire que c’est un bon budget qui nous est soumis ? Bien sûr que non ! Mais c’est le seul possible et je ne crois pas qu’un autre ait été proposé. Plutôt que de s’étonner d’un recours au 49.3, je suggère au Parlement un exercice d’introspection pour mesurer comment nous avons arbitré entre responsabilités budgétaires et lignes politiques ou autres postures.En septembre dernier, conscient de la difficulté de l’exercice budgétaire à venir, j’avais réuni un conseil dit de circonscription, composé d’une personne par commune. Mes concitoyens tarnais avaient noté une absence de projet de long terme et la difficulté d’échapper à des revendications personnelles. Ils avaient conclu à la nécessité de rechercher le plus petit dénominateur commun, aspiré à un budget pluriannuel, et mis en avant la nécessité de ne pas rechercher l’impossible et de s’appuyer sur ce qui marche. La suite leur a assez largement donné raison.Si les motions de censure sont rejetées, nous aurons des crédits pour l’agriculture.
Pour reprendre l’exemple tarnais, notre troupeau est vacciné à 100 % et nous atteindrons vite la fin des vingt-huit jours marquant la disparition du risque d’incubation. Vu que 264 dossiers d’aides d’urgence ont été déposés par les éleveurs de mon département, le fonds d’urgence sera utile. Je formule le souhait que nos éleveurs puissent se concentrer sur leur métier, revenir rapidement sur les marchés à l’exportation, retrouver des prix satisfaisants et qu’une évolution du protocole sanitaire supprime l’épée de Damoclès qui pèse toujours sur leurs têtes.Je voudrais terminer par quelques propositions. La première concerne le besoin d’une forte déconcentration. Je vous ai entendu, monsieur le premier ministre, évoquer le sujet devant les assises de Départements de France. Plus l’État décidera à l’échelon départemental, plus nous renforcerons la proximité et, surtout, l’efficacité de l’action publique.Outre la nécessaire clarification en matière de décentralisation, je souhaite que nous puissions passer un jour d’un régime d’autorisation à un régime de déclaration. Est-ce trop demander que d’envisager une société fondée sur la confiance ?Au-dessus de toutes les vertus, mes concitoyens tarnais mettent en avant le biaïs, le bon sens de la montagne – ou comment faire beaucoup avec peu. Il n’est pas interdit de s’en inspirer ! Dans ces conditions, vous comprendrez que je ne peux envisager de m’associer aux motions de censure. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT. – Mme Laure Miller applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).