Discours du 2 février 2026
Philippe Bonnecarrère · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°135
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Avec la liberté de ton d’un député non inscrit, avec des convictions fortes, qui me conduiront à ne pas voter pour ces motions, je commencerai par vous rappeler que si la pédagogie traditionnelle considère la répétition comme utile, il n’est pas certain que cette règle s’applique exactement aux motions de censure, dont l’examen, au fil des semaines, risque de donner le sentiment de tourner un peu en boucle. À leur sujet, à celui du budget, beaucoup a été dit ; bornons-nous à raisonner a contrario en nous demandant ce qui se passerait si l’une de ces motions était adoptée. Chacun voit ce qui s’ensuivrait en matière de moyens de défense, de réponse à la crise agricole, d’évolution des taux d’intérêt : la politique du pire ne saurait avoir ici sa place. Il me semble en outre, monsieur le premier ministre, percevoir un changement dans l’état d’esprit de nos concitoyens, peut-être pas très convaincus au départ par la démarche budgétaire, mais souhaitant que la vie institutionnelle du pays continue : je ne connais pas un artisan, un petit industriel, un commerçant ou un agriculteur qui ne me dise vouloir de la stabilité.Le regard de nos concitoyens a changé et devient plus sévère sur les blocages.Il y a aussi bien sûr, vous le savez, des critiques sur la réalité des économies, sur le lien avec l’économie réelle. J’aurais préféré que l’on évoque non seulement les dépenses et la fiscalité, mais aussi le taux d’emploi et la productivité, soit tout ce qui favorise la croissance et qui permet d’alimenter le PIB auquel faisait référence l’orateur précédent.C’est une mauvaise querelle que de vous reprocher l’usage du 49.3 alors que le problème est tout simplement celui de la responsabilité dans notre assemblée. Force est de constater que la responsabilité n’est pas une vertu unanimement présente dans cette maison.
Plus que le budget lui-même, c’est à son exécution qu’il faudra être attentif. C’est peut-être là que va se jouer la crédibilité du gouvernement et même de notre pays.Le texte prévoit un objectif de déficit public à 5 %. Bien sûr, nous aurions préféré qu’il soit fixé à 4,7 %.Je ne vais pas répéter les mises en garde du gouverneur de la Banque de France ou de la Cour des comptes, mais la seule réalité qui comptera, c’est le respect de ces 5 %. Si cet objectif est tenu, les marchés verront que notre pays gagne en sérieux, ce qui profitera à nos taux d’intérêt. Cela montrera aussi à nos concitoyens qu’un retour à un déficit permettant de ne pas aggraver l’endettement public est possible.Au-delà de la crédibilité, il nous faut avoir un cap ; nous projeter vers l’avenir. La question du jour d’après est omniprésente, à la fois pour les parlementaires et pour le gouvernement.Nous attendons un projet de loi sur la déconcentration, dont on espère qu’il renforcera l’efficacité de l’action publique, mais aussi le projet de loi de programmation militaire et le projet de loi visant à assurer une sanction utile, rapide et effective.J’attire votre attention sur le fait que, compte tenu du peu de temps disponible pour nos assemblées et le gouvernement, nous pourrions être tentés d’adopter des dispositions d’urgence. C’est ce qui est évoqué pour le monde agricole, par exemple. Il est évident que celui-ci a des besoins importants. Or nous avons déjà pratiqué ces mesures d’urgence dans la période récente et le succès n’a pas été triomphant. Le résultat, ce sont des décisions du Conseil constitutionnel – je pense en particulier à la problématique de l’eau – qui nous placent aujourd’hui dans une véritable difficulté. J’appelle donc de mes vœux des dispositions concrètes et pragmatiques.Pour terminer, je vous demande de m’autoriser une exception en m’écartant un instant du sujet budgétaire, afin de vous lancer un appel à l’aide pour le Kurdistan.Les Kurdes se sont battus pour nous. Ils se sont battus face aux terroristes. L’appel au djihad a été malheureusement une réalité dans notre pays ; les Kurdes y ont fait face. Ils vivent dans des zones géographiques ou dans des pays – le Liban, la Syrie, en particulier – que nous avons créés. C’est donc une responsabilité liée à notre histoire.Monsieur le premier ministre, le gouvernement français s’honorerait en exprimant notre engagement pour la sécurité des Kurdes, à la fois en paroles et en actes. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, LFI-NFP, SOC, EcoS, Dem et GDR.)
Je pense en particulier à l’établissement d’un couloir humanitaire vers Kobané et d’une zone d’exclusion aérienne, puisque les drones turcs continuent d’opérer. Peut-être faudrait-il également se poser la question de la loi applicable dans un État centralisé. Je ne suis pas sûr que les jeunes Kurdes veuillent de la charia au Kurdistan. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, SOC, EcoS, Dem et GDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).