Discours du 8 avril 2026
Philippe Fait · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°196
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Nous examinons un texte essentiel qui, au-delà de ses dispositions juridiques, défend une ambition claire : adapter notre pays au climat de demain.Il faut le dire avec gravité, le changement climatique n’est plus une hypothèse. C’est une réalité vécue, ressentie, subie par nos territoires ; il transforme déjà profondément notre quotidien, fragilise nos infrastructures, met sous tension notre modèle assurantiel et nous amène à nous interroger sur notre capacité collective à protéger nos concitoyens.C’est précisément pour répondre à cette urgence que, dans le prolongement des travaux conduits avec mon collègue Fabrice Barusseau – que je tiens à saluer et à remercier –, nous avons élaboré cette proposition de loi.Pendant près de six mois, nous avons auditionné, échangé, confronté les points de vue et parcouru les territoires. Ce travail a permis d’aboutir à un constat partagé : nous ne pouvons plus reconstruire comme avant, ni penser l’aménagement comme hier. Il faut entretenir durablement la culture du risque, surtout dans cette période de renouvellement des assemblées communales.Les chiffres sont sans appel : près d’un Français sur quatre est exposé au risque d’inondation ; chaque année, des milliers de communes sont reconnues en état de catastrophe naturelle ; le coût des sinistres atteint des niveaux inédits.Partout sur le territoire, les exemples se multiplient. Dans le Var, des dizaines de communes ont été récemment reconnues en état de catastrophe naturelle après des épisodes d’inondations particulièrement violents. En octobre dernier, plus de 375 communes ont été touchées par des événements climatiques d’une intensité exceptionnelle.Nos territoires ultramarins sont également en première ligne, exposés aux cyclones, aux submersions marines et à l’érosion côtière. À Mayotte comme ailleurs, ces situations doivent nous conduire à nous interroger sur notre capacité à adapter nos politiques publiques.Permettez-moi de resserrer un instant la focale : durant l’hiver 2023-2024, dans le Pas-de-Calais où je suis élu, nous avons connu des inondations d’une ampleur historique. Dans ma circonscription, près d’une centaine de communes ont été touchées, parfois à plusieurs reprises. Des familles ont tout perdu, des exploitations agricoles ont été dévastées, de nombreux professionnels durablement fragilisés et des voiries arrachées et emportées.Je salue l’engagement remarquable de tous les acteurs mobilisés – élus, collectivités locales, services de l’État, régions, départements et intercommunalités, forces de l’ordre et de sécurité, bénévoles et associations. Leur action a été déterminante.Mais ces événements doivent aussi nous pousser collectivement à réfléchir : sommes-nous prêts à affronter les crises à venir ? Sommes-nous prêts à adapter nos territoires à un climat qui change rapidement ? Sommes-nous prêts à sortir d’une logique de réparation pour entrer dans celle de la prévention et de la résilience ? C’est l’objet de ce texte.Il faut d’abord adapter nos politiques publiques au climat futur. Nous ne pouvons plus continuer à urbaniser et à construire en nous fondant uniquement sur le climat passé. Le texte inscrit dans la loi une trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc), qui devra guider l’ensemble de nos politiques d’urbanisme, d’aménagement et de prévention des risques. Il s’agit d’une évolution majeure car elle impose d’intégrer les risques dès la conception, d’anticiper les impacts et d’agir en amont plutôt qu’en réaction.Ensuite, nous devons changer notre manière de reconstruire : après une catastrophe, nous reconstruisons trop souvent à l’identique, recréant ainsi des conditions de vulnérabilité. Le texte met fin à cette logique : il consacre une reconstruction résiliente, mieux adaptée aux risques ; il prévoit également que l’indemnisation puisse être plus élevée lorsque les travaux améliorent la résistance du bâtiment.Il s’agit d’un changement de paradigme – faire de chaque reconstruction une opportunité d’adaptation. En outre, certaines indemnisations seront conditionnées à des travaux de protection afin d’éviter la répétition des sinistres.Enfin, il faut adapter notre système d’assurance pour en garantir la soutenabilité. Le régime actuel est sous tension ; sans évolution, nous risquons un retrait progressif des assureurs dans les zones les plus exposées, ce qui constituerait une rupture majeure du pacte républicain. Le texte propose donc d’introduire une modulation des primes d’assurance pour certains biens, notamment les résidences secondaires.Mais soyons clairs, le principe de solidarité nationale est pleinement maintenu. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’accès à l’assurance pour les ménages, mais d’en garantir la pérennité.Il ne s’agit ni d’un texte d’alerte ni d’une proposition de loi de circonstance. C’est un texte de responsabilité. Il affirme une conviction simple : nous devons reconstruire une République résiliente, capable de protéger ses territoires, d’anticiper les risques et de garantir à tous nos concitoyens une protection équitable face aux catastrophes naturelles.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).