Discours du 28 avril 2026
Philippe Gosselin · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°213
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La crise du logement n’est pas une source d’inquiétude pour demain : elle est déjà une réalité. Des millions de nos compatriotes sont confrontés à cette situation, de plus en plus difficile à vivre. Tout le monde est touché : les jeunes qui ne parviennent plus à quitter le domicile familial ; les familles qui cherchent un logement plus grand et ne trouvent rien ; les classes moyennes qui travaillent mais ne peuvent plus acheter ; les personnes âgées qui voudraient se rapprocher des services ou adapter leur habitat ; les salariés qui renoncent à un emploi faute de logement disponible à proximité.Autrement dit, la crise du logement est devenue une crise sociale, territoriale et économique – les trois aspects se cumulent. À l’origine, seules les grandes agglomérations, les villes d’une certaine dimension connaissaient ce problème. À présent, tous les territoires sont concernés : les villes moyennes, les territoires littoraux ou les communes rurales.Nous le constatons dans mon département, la Manche : les offres sont moins nombreuses, la concurrence entre les candidats est plus forte, les loyers augmentent et les ménages restent bloqués. La situation risque d’ailleurs de s’aggraver à l’occasion d’un formidable projet, Aval du futur, pour lequel des milliers de nouveaux salariés devront être logés.Le constat national est clair : le marché des transactions immobilières est fortement ralenti, le marché locatif s’asphyxie, la construction neuve recule fortement et le mal-logement progresse, comme l’ont déjà dit certains collègues. Depuis plusieurs années, le nombre de logements neufs est insuffisant : depuis neuf ans, plus de 100 000 logements font défaut, ce qui n’est pas rien. Au-delà des enjeux sociaux, les conséquences économiques ne sont pas neutres.On voit ainsi une dégradation économique du secteur de l’artisanat et du bâtiment, marquée par des reculs d’activité : moins 4 % en 2024-2025, alors que les emplois concernés ne sont pas délocalisables, et des très petites entreprises (TPE) commencent à souffrir. Je rappelle que 96 % des entreprises du secteur, soit un demi-million, sont des très TPE-PME, et que c’est donc notre tissu artisanal qui est en souffrance.Alors comment en est-on arrivé là ?Il y a évidemment plusieurs facteurs qui se cumulent : la hausse des taux d’intérêt, la guerre en Ukraine et aussi évidemment la conjoncture actuelle, qui conduit des familles hier solvables à ne plus pouvoir emprunter ; la construction neuve traverse une crise profonde due à l’augmentation du coût des matériaux – avec parfois des hausses un peu curieuses – et de l’énergie, à l’inflation générale et à la baisse des permis de construire qui entraîne un recul des mises en chantier, trop d’opérations étant abandonnées parce qu’elles sont compliquées à mener. Et puis il y a aussi des blocages réglementaires : je pense aux documents d’urbanisme, tout de même trop longs à élaborer, aux projets bloqués en zone rurale et au fameux ZAN qui, même si je ne le rejette pas dans son intégralité, constitue, lui aussi, une difficulté. Résultat : moins d’offre et davantage de tension, notamment sur les loyers, mais pas seulement.Or un logement, ce n’est pas un produit comme un autre, vous le savez bien : c’est un toit, la stabilité d’une famille, la possibilité de trouver un emploi et aussi plus de dignité. Face à la situation que j’ai rappelée, nous avons donc besoin d’une politique du logement ambitieuse, cohérente et aussi, j’insiste sur ce point, pragmatique. Nous le devons à nos concitoyens. Cette politique doit nous mener à reconstruire l’offre, c’est une priorité. D’où la nécessité de relancer les constructions neuves, de simplifier les procédures, de réduire les délais, de libérer du foncier là où c’est pertinent et aussi de soutenir les maires bâtisseurs, eux si volontaires.Deuxième priorité : mobiliser le parc existant. C’est un enjeu essentiel de requalification que de remettre sur le marché les logements vacants, parfois très nombreux, de favoriser la rénovation des centres-bourgs et d’accompagner les propriétaires qui veulent louer durablement – je pense en particulier aux petits propriétaires, qu’il faut cesser de voir comme des marchands de sommeil, critique un peu facile alors qu’ils n’en méritent pas tant.Troisième priorité : réussir la transition énergétique avec réalisme, ce qui passe par des règles stables. À ce propos, quid de MaPrimeRénov’, qui perd un peu tout le monde ? Arrêtons de jouer au yo-yo avec ce dispositif. Je crois qu’il faut aussi reconnaître la possibilité d’un parcours de rénovation pluriannuel, ce qui permettrait d’étendre quelque peu la dépense et de mieux l’amortir. Des règles stables donc, mais aussi des diagnostics fiables bien sûr et des aides rapides.Enfin, il s’agit de restaurer la confiance. Je crois que c’est un point aussi important que les trois précédents. Cela passe par la confiance des ménages, par la confiance des élus, par la confiance des investisseurs et, j’y reviens, par la confiance aussi des petits propriétaires bailleurs, qui logent des millions de nos concitoyens.J’ai noté évidemment, monsieur le ministre, ce qui a été annoncé dernièrement. Il faut traduire tout cela rapidement en actes, parce que c’est ce que nous attendons. On a besoin d’un choc d’offre, d’un choc de simplification et d’un choc de confiance. D’où mes deux questions : quelles garanties pouvez-vous nous donner dans ce cadre ? Quels engagements le gouvernement va-t-il prendre et, mieux encore, respecter ?
C’est dommage de couper la parole à M. le ministre juste au moment où il commençait à parler de décentralisation ! (Sourires.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).