Discours du 17 juin 2026
Philippe Gosselin · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°274
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Laissez-le répondre !
Bien sûr ! Évidemment !
Je souhaiterais d’abord recentrer le débat et réagir aux petites invectives entendues ici et là : nous sommes tous des républicains. (Mme Dominique Voynet applaudit.)
Il n’y a pas de bons et de mauvais députés. Sur le sujet particulier de la Corse, tous les groupes sont tiraillés, soyons clairs. La République s’est forgée en agrégeant de nombreux territoires. Cela s’est fait parfois volontairement, parfois dans la douleur. L’histoire est ainsi faite, on ne peut pas en réécrire les pages. Aujourd’hui nous faisons face à un choix important non seulement pour la Corse, mais aussi sans doute pour l’ensemble du territoire, y compris les outre-mer. Nous sommes observés.Nous nous dirigeons vers une certaine forme d’autonomie ; la Constitution et les principes républicains reconnaissent cette possibilité. Mais il nous faut retomber sur nos pieds. On ne peut renvoyer d’un revers de main la rédaction actuelle en s’arcboutant, il faut trouver une voie médiane.Mon amendement entend résoudre la difficulté soulevée par la mention d’un « lien singulier » que la communauté corse aurait développé à « sa terre » – notez le possessif. Un amendement du rapporteur vise d’ailleurs à le supprimer pour parler d’un simple « lien singulier à la terre ». Mais ce lien n’est pas propre aux Corses ! Certes, l’insularité entre en jeu. Mais chez moi, en Normandie, des gens du coin m’ont déjà dit : « Ah non, monsieur le député, il n’est pas question que je vous vende cette terre pour y installer des entreprises, c’est du bien-fonds que je tiens de ma mère ! » C’est du vécu, j’étais président d’une communauté de communes. Le lien à la terre est perceptible chez nous aussi et je pense que chaque député présent sur ces bancs peut confirmer que ce lien existe.Il nous faut donc trouver la bonne voie. Nous vous proposons d’avancer sans remettre en cause…
Je termine, madame la présidente. Nous vous proposons d’avancer sans remettre en cause l’équilibre du texte en supprimant la mention du lien singulier à la terre, qui est quelque peu délicate et litigieuse. Par ailleurs, le Conseil d’État a souligné que cette mention n’emportait pas de conséquences juridiques directes.
Comme bien des groupes ici, le mien est très attaché à l’universalisme et à l’indivisibilité de la République. Dans l’amendement que nous proposons, qui tend à réécrire l’alinéa 2, nous nous gardons d’aborder des sujets compliqués dont la discussion pourrait servir de prétexte à l’ouverture de quelques boîtes de Pandore – je pense aux notions de communauté ou de population –, afin d’élaborer une disposition qui tienne la route. On peut être en désaccord sur les termes employés ou sur la distinction entre régime et statut d’autonomie. Mais il n’est pas question de se livrer à des arguties, madame la ministre (Mme la ministre opine du chef) – ce n’est d’ailleurs pas ce que vous avez dit – visant à contourner l’obstacle pour mieux laisser reposer la situation avant d’y revenir dans dix ans. Non : des engagements ont été pris et l’on ne peut se satisfaire du statu quo. Il faut avancer.S’agissant d’un tel texte, nous ne sommes pas à quelques jours près : il y aura des échanges et une navette parlementaire – que personne ne se crispe. Au-delà de quelques éclats de voix, nous avons – davantage d’ailleurs cet après-midi qu’hier soir – la volonté de converger. Nous sommes tous des républicains et personne n’a envie de voir la France partir à vau-l’eau, ni un territoire acquérir son autonomie de telle sorte qu’il n’y aurait plus de République. Voilà ce que nous devons avoir en tête et nous nous efforcerons de trouver les voies et moyens de l’éviter.Je ne retirerai pas l’amendement que j’ai défendu : il pose les bases de discussions, d’échanges. Il ne s’agit pas de s’arcbouter, mais de formuler une proposition susceptible de tracer une autre voie – qui n’est pas sans issue, monsieur le rapporteur !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).