Discours du 10 juin 2026
Philippe Lottiaux · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°266
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Je voudrais vous interroger sur l’action – ou l’inaction, ce sera à vous de le préciser – de la Banque de France concernant notre souveraineté en matière de systèmes de paiement. Celle-ci a été perdue au fil du temps.Alors que la France était pionnière dans les années 1980, avec le groupement d’intérêt économique des cartes bancaires, aussi appelé GIE cartes bancaires, la concurrence voulue par les règles européennes a peu à peu conduit à la perte progressive de cette souveraineté, avec notamment le rachat de la SAS Carte Bleue (CB) par Visa Europe en 2010, puis l’absorption de cette entité par Visa Incorporated en 2015.La perte actuelle de parts de marché du GIE cartes bancaires en France est renforcée par le développement des banques en ligne, qui a réduit le nombre de cartes cobadgées CB avec celles d’un grand réseau, Mastercard ou Visa, et l’apparition de nouveaux acteurs tels que Paypal, Apple Play ou Google Play à la suite de la directive européenne sur les services de paiement DSP 2.Cela peut avoir des impacts très concrets, en matière de possession et d’utilisation des données, de montant des commissions, mais aussi d’accès aux paiements. Par exemple, en août 2025, un juge français a vu ses cartes désactivées pour cause de sanctions extraterritoriales américaines et, sans me prononcer sur le fond, je constate que sur la forme, c’est un problème.
Des tentatives existent néanmoins pour recouvrer une certaine souveraineté, par exemple, au niveau bancaire, le projet Wero, développé dans le cadre de l’ European Payments Initiative, l’initiative européenne pour les paiements – d’autres projets bancaires existent en Europe, notamment en Europe du Sud ; et, au niveau de la BCE, vous l’avez évoqué, le projet d’euro numérique, qui n’est pas sans susciter de nombreuses interrogations.La Banque de France est-elle destinée à demeurer spectatrice de la perte progressive de souveraineté en la matière ? L’euro numérique constitue-t-il vraiment une garantie de souveraineté pour le futur ? Il se heurte aux réticences des particuliers, qui craignent une disparition progressive de la monnaie fiduciaire – dont vous avez rappelé l’importance – ainsi qu’un traçage accru des paiements ; peut-on les rassurer concrètement sur ces points ? Il se heurte également aux fortes réticences des banques françaises, qui y voient une concurrence inutile, voire coûteuse, avec leur propre système, Wero, au moins pour ce qui concerne les particuliers. En quoi l’euro numérique est-il complémentaire, ou concurrent, de Wero ? Une concertation est-elle en cours avec les banques ? Enfin, une nationalisation, via l’Agence des participations de l’État (APE), de la filiale française de Visa, issue du groupe Carte Bleue, ne constituerait-elle pas le moyen de recouvrer une certaine souveraineté ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).