Discours du 6 janvier 2026
Pierre Meurin · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°102
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Les politiques publiques de ces dernières années ont porté une série de coups d’arrêt à l’industrie automobile française, en la forçant à opérer une transition technologique radicale dans des délais intenables. Elles ont permis à la Chine, qui a quinze ans d’avance sur nous en matière d’électrification des véhicules et d’électronique embarquée, de vampiriser notre marché automobile grâce à un effet d’aubaine artificiellement créé par vos carcans normatifs, fiscaux et environnementaux.Les conséquences sont lourdes. Destruction d’emplois industriels : 40 000 depuis 2020 – c’est votre bilan – et potentiellement jusqu’à 100 000 dans les dix prochaines années. Chute de la production : 1,36 million de voitures aujourd’hui, contre 3,7 millions il y a vingt ans. Explosion des prix, avec une hausse moyenne de 6 800 euros entre 2020 et 2024, soit 24 % en seulement quatre ans, en raison du coût des batteries, du malus automobile – qui relève plus du braquage à main armée que d’une fiscalité raisonnable – et du coût faramineux de l’application de vos normes. Chute des ventes de voitures et d’utilitaires neufs et vieillissement du parc automobile, qui se renouvelle moins vite – et par conséquent, moins de recettes de TVA pour l’État.Je profite de cette intervention pour adresser un appel aux constructeurs automobiles : il serait souhaitable qu’ils ne concentrent pas tous leurs investissements sur la montée en gamme. La « premiumisation » des voitures, en privilégiant les marges élevées au détriment des volumes, contribue elle aussi aux difficultés que nous évoquons, notamment à la destruction d’emplois liée à la baisse des volumes de production.Or il existe une forte demande de voitures d’entrée de gamme : le phénomène Dacia l’a prouvé. Dans les années 1990, des voitures emblématiques comme la Clio, la 205 ou la 206 – voiture française la plus vendue au monde, avec plus de 8 millions d’exemplaires – ont matérialisé le renouveau automobile français. Il nous faut à nouveau produire des voitures populaires françaises emblématiques.Évidemment, les droits de douane américains contractent nos marchés d’export ; la guerre en Ukraine et la crise des semi-conducteurs contribuent à cette crise. Mais vos politiques publiques ont, hélas, renforcé ces externalités négatives.Le pacte vert pour l’Europe, qui impose l’interdiction de la vente de voitures thermiques neuves en 2035, a créé une trajectoire industrielle intenable pour notre compétitivité. En l’état actuel des choses, notamment de nos carcans réglementaires, fiscaux et environnementaux, nous n’avons aucune chance de rattraper la Chine dans le domaine de la voiture électrique, que ce soit à court ou à moyen terme. Nous serons broyés par un effet sécateur, caractérisé par la hausse inexorable des parts de marché chinoises en Europe combinée à la chute de l’industrie européenne et française.C’est hélas la vision macroniste : une France sans usines et sans agriculteurs, mais dont les touristes pourront toujours admirer la cathédrale Notre-Dame de Paris, embarqués à bord de taxis électriques chinois. Certes, l’assouplissement de l’interdiction des voitures thermiques est un bon signal symbolique, mais sa portée demeurera infinitésimale aussi longtemps que les dogmes n’évolueront pas.Le leasing social et le bonus électrique subventionnent les voitures électriques chinoises aux frais du contribuable. En effet, ne nous y trompons pas : une voiture électrique, même marquée d’un logo de marque française, reste chinoise, car 80 % de sa chaîne de valeur est détenue par la Chine.Certes, il est bon de sortir de notre dépendance aux énergies fossiles, mais je vous pose la question, monsieur le ministre : vaut-il mieux dépendre d’une chaîne de valeur qui détruit nos emplois ? Le raffinage du lithium est chinois ; le cobalt, extrait par des enfants, est congolais et les concessions appartiennent à la Chine.
Enfin, si l’on adopte une approche en cycle de vie, la rentabilité carbone d’une voiture électrique ne se manifeste qu’au-delà d’environ 50 000 kilomètres parcourus. Or une voiture à essence atteint en moyenne 90 000 kilomètres au cours de son existence. Dans ces conditions, le bénéfice écologique réel de la voiture électrique demeure infinitésimal, ce qui rend pour le moins excessive la canonisation dont elle fait l’objet.Défendre l’industrie automobile, c’est d’abord décréter, contrairement à l’extrême gauche, que les mobilités routières font partie intégrante des mobilités de demain et que l’automobile a un avenir radieux en France ; instaurer une pause normative et fiscale pour que les industriels ne soient pas sans arrêt obligés de s’adapter aux caprices des pouvoirs publics ; miser sur la neutralité et la diversité technologique.L’électrique peut faire partie de la solution – et il faut tout faire pour rattraper notre retard sur la Chine. Mais il est tout aussi indispensable d’investir dans des moteurs thermiques qui consomment et polluent moins, dans des voitures bon marché, dans la recherche visant à optimiser les carburants de synthèse afin d’en assurer la compétitivité, ainsi que dans d’autres technologies permettant de valoriser pleinement nos immenses ressources naturelles et minières. Se jeter dans les bras de la Chine en matière d’industrie automobile, c’est désespérer de la France et renoncer à toute stratégie de puissance.
Elle est chinoise !
Nous entendons dans de nombreuses interventions, y compris la vôtre, monsieur le ministre, que, la voiture électrique, il faut y aller. Mais à aucun moment il ne nous est dit pourquoi.En matière de dépendance, est-il légitime de substituer une dépendance aux énergies fossiles par une dépendance presque intégrale aux matériaux nécessaires à la chaîne de valeur, ce qui détruit notre industrie automobile ? En France, nous savons faire des moteurs mais nous ne savons pas du tout faire de batteries. Nous sommes en train de transférer aux Chinois notre industrie automobile.C’est un moratoire sur la date de 2035 qu’il faut décider, pas un assouplissement. Il faut admettre que cette marche forcée vers le véhicule électrique détruit notre industrie. Nous allons faire cette transition mais, dans l’immédiat, il faut décider un moratoire pour éviter de détruire notre industrie.Il y a quelques mois, nous avons débattu avec Marc Ferracci, l’un de vos prédécesseurs, d’un projet de loi de simplification de la vie économique, supposé assouplir les normes pour les gigafactories. Ce projet a été adopté en première lecture par les deux assemblées, nous attendons une commission mixte paritaire. En tant que ministre de tutelle, vous engagez-vous à ce que ce projet soit discuté en séance d’ici à la fin du mois de janvier, si la CMP est conclusive ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).