Discours du 17 septembre 2024
Pierre-Romain Thionnet · Pérennité du soutien financier et militaire des États membres de l'Union à l'Ukraine (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, les appels à un soutien militaire sans condition à l'Ukraine rencontrent peu d'échos favorables en Europe, hormis parfois dans cet hémicycle, sur des bancs qui, il y a quelques années encore, s'activaient pourtant à liquider nos moyens de défense. En posant certaines conditions, en réfléchissant aux finalités de cette aide, personne ne voudrait-il donc réellement aider les Ukrainiens? La réponse se trouve plutôt dans une formule bien connue, presque banale, celle de Clausewitz qui affirmait: «La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens.»
Cette formule a plus d'implications qu'on ne le croit. La force militaire ne doit pas être une fin en soi, ni un instrument de la morale. Elle est au service de la politique. La guerre entre l'Ukraine et la Russie n'a pas interrompu leur interaction, mais celle-ci a pris sa forme la plus violente. Et dans cette guerre qui fait rage, la paix est en germe, nécessairement, car l'issue du conflit comportera une négociation politique. C'est dans ce cadre qu'il faut penser le soutien à l'Ukraine.
L'objectif ne peut pas être l'écrasement des forces russes dans une victoire décisive. Et pour autant, interrompre tout soutien à l'Ukraine provoquerait un effondrement général et donc une victoire russe décisive. Une victoire ukrainienne aujourd'hui, c'est ne pas perdre, c'est affaiblir la volonté de Moscou dont la stratégie, réduite au grignotage, s'est embourbée depuis deux ans. C'est empêcher l'épuisement ukrainien dans cette guerre d'usure. C'est alors dans cette dynamique qu'une fenêtre d'opportunité diplomatique pourra s'ouvrir, qu'il faudra vouloir et savoir saisir, et dans laquelle l'Ukraine devra être dans une situation la plus favorable possible.
La force et la négociation ne s'opposent pas, il faut savoir les assembler. C'est dans ce cadre que le soutien à l'Ukraine prend un sens politique, en plus d'avoir, bien sûr, mais c'est autre chose, un sens historique, celui de l'existence bien réelle et ancienne d'une nation ukrainienne, du droit de son peuple à choisir son destin sans qu'une puissance ne le lui dicte au nom d'une relecture biaisée de l'histoire.
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.