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Discours du 8 octobre 2024

Pierre-Romain Thionnet · Le renforcement de la résilience de la Moldavie face à l'ingérence russe dans la perspective des prochaines élections présidentielles et du référendum constitutionnel sur l'intégration européenne (débat)

Monsieur le Président, il y a plus d'un siècle, le 6 février 1918, la République démocratique moldave de Bessarabie était proclamée. Puis, très rapidement, face aux revendications des bolchéviques, la jeune République votait son rattachement à la Roumanie. Replongeons-nous dans le contexte de cette Europe issue de la Première Guerre mondiale.

Les frontières sont partout contestées, sur fond de décomposition des empires, et les nations trop longtemps opprimées aspirent à l'indépendance. La jeune Russie bolchévique ne l'entend pas ainsi. Lénine reprend à son compte l'idéologie impérialiste des tsars pour la mettre au service de la révolution. Il jette ses troupes dans toutes les directions pour mater les aspirations des peuples. La Moldavie, comme d'autres, devient une cible. Sous des prétextes fallacieux, déjà, les Russes se lancent à l'assaut de l'ancienne province et regardent jusqu'aux Carpates. En plus du soutien roumain, les Moldaves peuvent compter sur la France, qui veut alors ériger une barrière de l'Est face aux Rouges. La France ira jusqu'à déployer un régiment d'infanterie pour protéger la République moldave, lequel se livrera à d'intenses combats contre les bolchéviques jusque sur le Dniestr.

Pourquoi rappeler ces épisodes largement disparus de nos mémoires? L'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie a largement changé la donne, en replaçant l'importance stratégique de la Moldavie au cœur des préoccupations européennes. Avec la guerre en Ukraine, la Russie a montré qu'elle ne s'interdisait plus de recourir directement à la lutte armée. Au début de l'invasion, si Odessa tombait, la Transnistrie faisait figure de prolongement naturel du projet de Nouvelle-Russie. La Moldavie aurait alors été bien incapable d'opposer une quelconque résistance au puissant voisin russe. Cette guerre a révélé la fragilité de la Moldavie, et donc l'importance de ce pays pour l'Europe.

Si l'hypothèse d'une intervention militaire directe de Moscou s'est éloignée, les sources d'inquiétude restent majeures. La Russie utilise tous les moyens non militaires pour déstabiliser le pays et étendre son influence, pour le faire tomber sans combattre: de l'utilisation de la Transnistrie au soutien financier, en passant par le chantage énergétique ou la guerre informationnelle. Il est donc essentiel que la Moldavie puisse faire face à cette offensive hybride, surtout en contexte électoral. Cela ne doit pas pour autant nous empêcher d'avoir un discours réaliste et ferme quant aux résultats parfois décevants, souvent mitigés, des réformes promises, notamment en matière de lutte contre la corruption. La résilience de la Moldavie face aux ambitions russes ne peut pas être simplement renforcée de l'extérieur. Elle passera d'abord par une confiance retrouvée des citoyens dans leur classe dirigeante et dans des perspectives d'avenir réelles.

Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.