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Discours du 18 juin 2025

Pierre-Romain Thionnet · Prochain sommet de l’OTAN, du 24 au 26 juin 2025 (débat)

Madame la Présidente, dans l'histoire des alliances militaires, l'OTAN fait figure d'anomalie. À ses origines, la puissance sur laquelle le gros de l'effort de l'alliance allait reposer – les États-Unis – s'est vue en quelque sorte forcée de garantir son soutien à l'Europe occidentale par un traité. L'OTAN n'allait pas de soi pour les Américains, restés, pour certains, fidèles aux pères fondateurs, George Washington notamment, qui invitaient les États-Unis à renoncer aux alliances contraignantes. Depuis 1949, les États-Unis ont systématiquement veillé à ce que jamais leur liberté d'action ne soit entravée par une alliance. L'Amérique sait bien sûr se montrer solidaire et l'histoire le prouve. Mais elle a d'abord la volonté de penser et d'agir par elle-même, en solitaire.

L'alliance atlantique demeure aujourd'hui le cadre premier dans lequel les États européens inscrivent leur défense collective. Mais nous devons interroger ce qu'est une alliance militaire: est-ce avoir des valeurs communes. À la marge. Est-ce un instrument technologique ou normatif? Pas seulement. Une alliance, c'est d'abord le partage d'intérêts stratégiques. Voilà pourquoi nous devons poser cette question capitale: partageons-nous constamment les mêmes objectifs et intérêts que les États-Unis? La pression sur certains alliés proches, la volonté de s'entendre avec des compétiteurs et adversaires par-dessus l'Europe ou encore l'absence de consultation permettent d'en douter. L'OTAN ne peut pas être une alliance dans laquelle chaque membre doit visiter le bureau ovale pour s'assurer de sa validité.

Alors que tous les États européens engagent un réarmement important, il est essentiel qu'ils envisagent aussi un accroissement de leurs responsabilités au sein de l'alliance. C'est ce que le prochain sommet de l'OTAN doit permettre: confirmer à l'Amérique que l'Europe entend bien prendre toute sa part dans sa défense et donc toute sa part, et pas moins, dans la prise de décision et la direction de l'alliance. Nous ne pouvons pas accroître nos capacités tout en demeurant des nains stratégiques.

Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.