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Discours du 25 juin 2026

Pierre-Yves Cadalen · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°284

Pour éclairer les débats en cette heure matinale, il convient de rappeler que ce texte est…

…inscrit à l’ordre du jour de notre assemblée par l’extrême droite, mais qu’il nous vient d’un sénateur centriste. Il faut donc analyser cette proposition sous son vrai jour : celui d’une convergence xénophobe, préoccupante pour notre République, entre certains membres du bloc dit central et l’extrême droite. (M. Benjamin Lucas-Lundy et Mme Gabrielle Cathala applaudissent.)Vous avez un drôle de sens des priorités. Dans un contexte où les inégalités se creusent, où le changement climatique frappe si durement le pays et où la canicule nous accable, vous voulez interdire à des gens de se marier, leur interdire de s’aimer. C’est absolument insupportable ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)Puisque le présent texte nous vient du Sénat, cela devrait nous conduire à une réflexion institutionnelle. Au vu de la production d’un tel texte, cela laisse à penser que les sénateurs s’ennuient considérablement et qu’il n’est pas nécessaire que cette institution persiste sous la future VIe République ! (M. Jean-François Coulomme applaudit.)En commençant nos débats ce matin, nous voyons le RN et l’UDR applaudir. Mais applaudir quoi ? Le fait que Robert Ménard se soit placé hors la loi ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)Il a enfreint la loi pour le malheur des personnes qu’il a frappées par sa brutalité, et vous vous en réjouissez ! (Exclamations sur quelques bancs des groupes RN et UDR.)Nous, nous refuserons toujours ce genre de passions tristes, minables et médiocres, que vous étalez ainsi devant le pays. Vous révélez ainsi votre vraie nature, celle que vous avez toujours eue, celle de l’extrême droite, votre passion pour l’inégalité et pour la brutalité. Si vous vous placez hors la loi… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur.)

Cette proposition de loi est placée sous le signe d’une valeur que vous imposez à tout le monde, et surtout aux plus faibles : la suspicion généralisée.

Imaginez les conséquences de l’adoption d’une telle loi. Toute personne étrangère souhaitant se marier deviendrait suspecte, et les maires seraient en droit d’exiger la production de documents variés pour justifier de sa situation administrative. Réfléchissez-y concrètement : trouvez-vous cela normal ? (M. François Piquemal et M. Benjamin Lucas-Lundy applaudissent.)Est-ce conforme au principe d’égalité, fondateur de notre République ? Nous savons que vous l’avez toujours combattu. (Exclamations sur quelques bancs des groupes RN et UDR.)Laissez-moi vous dire que les personnes sous OQTF ne sont pas des sous-hommes. Ce sont des êtres humains. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.) Nous sommes tous égaux. Cessez de vouloir trier les gens ! (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)Je tiens à signaler qu’une telle suspicion produit des effets très concrets. Je pense à ce jeune Hondurien, Ruben Torres, qui n’a pas été cru lorsqu’il a déclaré être poursuivi par des gangs dans son pays. Quelques jours plus tard, frappé d’une OQTF, il a été renvoyé dans son pays, où il a été tué par balles. Voilà l’effet de la suspicion que vous faites peser sur des vies humaines ! Vous rendez-vous compte de votre brutalité et de votre manque total d’humanité ? (M. Jean-François Coulomme et M. Benjamin Lucas-Lundy applaudissent.)Si nous résistons aujourd’hui, c’est parce que nous en avons le mandat, confié par le peuple français qui a refusé de vous donner le pouvoir lors des dernières élections législatives. (M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit.)Il l’a refusé en 2024, il le refusera en 2027, date à laquelle il élira Jean-Luc Mélenchon à la présidence de la République, pour votre plus grand déplaisir ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Rires et exclamations sur les bancs du groupe RN.)

Vous devez compter vos soutiens dans le pays. Ils ne sont pas nombreux concernant ce texte, puisque tout le monde s’en fiche, des collègues l’ont dit. Personne n’en a rien à faire de cette histoire de prétendus mariages blancs. Votre argument est splendide : selon vous, puisque Robert Ménard s’est placé lui-même hors la loi, il faut garantir la sécurité des élus. Vous choisissez d’enfreindre la loi, et vous dites : attention, nous nous sommes mis nous-mêmes en danger. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Vous rendez-vous compte du pathétique absolu de la situation et de ce que vous donnez à voir au pays, de votre irrespect profond et total de nos institutions et de nos principes de droit ? Vous ne vous en rendez pas compte, comme d’habitude.D’ailleurs, l’un de vos soutiens les plus précieux, les plus en phase avec vos perspectives idéologiques, Bruno Retailleau, a dit qu’il était en faveur de cette proposition de loi, lorsque Robert Ménard a été mis en cause en lien avec ce mariage, parce que selon lui, l’État de droit n’est « ni intangible, ni sacré ». (M. Benjamin Lucas-Lundy s’exclame.) À Bruno Retailleau et à vous-mêmes, nous disons que si, l’État de droit a un caractère sacré ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Cela s’appelle les libertés publiques, cela s’appelle l’égalité humaine – en somme, un mot que vous avez toujours détesté, de ce côté-là de l’hémicycle, la République ! Regardez les comptes rendus du XIXe siècle, ça vous cultivera un peu…

Toujours, vous avez haï la République. Aujourd’hui, de nouveau, vous nous le montrez avec une forme de morgue qui est totalement insupportable. (M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit.) Je vous le dis, Bruno Retailleau, Éric Ciotti, ce qui est sacré, c’est l’amour ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

Daniel Balavoine, déjà, nous interrogeait : « Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour ? » (Sourires et applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Aujourd’hui, nous avons la réponse : certainement pas l’extrême droite. Il est vrai qu’étant donné le vide abyssal de leurs bancs dans l’hémicycle,…

…on se demande à quoi ils sont bons. De façon générale, ils ne sont bons qu’à une chose : pourchasser le fruit de leurs obsessions. Que leur ont fait les personnes étrangères ? Comment les humanistes que nous sommes pourraient-ils ne pas voir le caractère scandaleux de cette proposition de loi d’une violence totale pour les personnes étrangères, qui toutes se verront suspectées et pourront être convoquées pour présenter tel ou tel papier alors que la seule chose qu’elles veulent est vivre avec la personne qu’elles aiment ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Stella Dupont applaudit également.)La proposition de loi pose un problème décisif, car elle procède d’une volonté de s’opposer à la liberté du mariage. Cette suspicion généralisée à l’égard des personnes étrangères est inadmissible. Comment pourrait-on l’accepter un seul instant ? Peut-être est-ce parce qu’ils se sont rendu compte du caractère scandaleux de leur proposition de loi qu’ils ont déserté l’hémicycle ? (Sourires et applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Ils ne sont pas là mais sans doute, depuis la buvette, peuvent-ils entendre un poème qui les ramènera peut-être à des sentiments plus humains. Je vais vous lire « serment », écrit par Louis-Philippe Dalembert, né à Haïti.« t’aimer par-delà l’horizon plus loin que le réel t’aimer au-delà du crépuscule se noyant dans l’océan plus fort que des fleurs l’éclos ou des vagues la cohue t’aimer »« comme une nuit au parfum abyssal où l’on parle d’Hemingway et l’on boit du rhum vieux où la vie n’a de sens que ton rire allongé sur la dune défiant la tiédeur de l’été »« ivre rire de vie mesurant le flétrissement du temps le vent est long pourtant et beau ainsi que tes pas sur la plage nue enjambant les premières lueurs de l’aube »« quel sens ton absence aujourd’hui où la lune s’effeuille telle rivière légère dans la chaleur de la nuit »« par-delà l’essence des choses t’aimer la vie étrange alchimie le néant d’où elle sourd et se jette […] »« t’aimer plus loin que tous les défis plus fort que la solitude dans l’attente dérisoire de ton rire la vie lente et ses mystères dans la solitude de toi par-delà le songe même t’aimer »Voici ce à quoi l’extrême droite s’en prend. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés se lèvent. – Mme Cyrielle Chatelain et M. Benjamin Lucas-Lundy se lèvent et applaudissent également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).