Discours du 8 juillet 2026
Pierre-Yves Cadalen · Première session extraordinaire 2026 · séance n°7
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Vous n’en savez rien !
Vous n’aimez pas les free parties, vous n’avez rien compris. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs des groupes RN, EPR, HOR et UDR.) La répression qui doit selon vous s’abattre sur les organisateurs de fêtes est une trouvaille invraisemblable. Enfermer des personnes qui veulent faire la fête ? Vous ne les connaissez pas, vous ne leur parlez pas ! Êtes-vous allés les rencontrer en manifestation, lors de ce puissant mouvement de masse de défense des libertés publiques ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Plus de 60 000 personnes ont défilé contre votre projet de loi liberticide, parce qu’elles ont bien compris ce à quoi vous vous en prenez : comme vos prédécesseurs sur ces bancs dans les années 1960,…
…vous vous en prenez à la liberté, car vous la détestez ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs des groupes RN, EPR, HOR et UDR) Vous vous en prenez à la fête !Lorsque nous défendons les free parties, par ces amendements, nous apportons à votre Ripost la réplique de la joie, de la fête, du bonheur que vous nous refusez et que vous vous refusez à vous-même ! L’ennui profond des groupes d’Édouard Philippe et de Marine Le Pen, qui défendent l’interdiction des free parties, transpire de ces propositions. La société que vous nous proposez pour 2027 est une société triste. Nous n’en voulons pas ! Nous sommes les partisans de la joie et de la fête que vous refusez ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)Marine Le Pen ne veut pas de son bracelet électronique, mais elle veut enchaîner la musique électronique ! (Mêmes mouvements.) Nous serons sur son chemin. Vous ne connaissez peut-être pas le slogan des manifestives, mais apprenez-le, monsieur le ministre, et enseignez-le au président de la République : on n’arrête pas un peuple qui danse ! (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS. – Mme Sophia Chikirou se lève pour applaudir.)
Faites attention en fixant le seuil : les soirées que vous affectionnez peut-être, ces fameux petits rallyes bourgeois, pourraient finir par réunir 250 personnes ! (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)
Peut-être que ce nombre pourrait être atteint aux banquets du Canon français, où la place coûte 80 euros, ou dans les fêtes de CNews et de Bolloré. Mais, bien entendu, dans ces beaux rallyes, dans ces banquets, personne n’est dangereux ni ne consomme de drogue ! Votre rapport à la fête est marqué du sceau de la classe que vous représentez. Vous êtes les représentants de la bourgeoisie. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Voilà ce que vous défendez lorsque vous défendez tantôt le Canon français, tantôt les rallyes, tantôt autre chose.Il faut garder à l’esprit que les free parties sont des espaces de rencontre, tout comme les manifestations organisées pour les défendre. J’ai été ému de voir à Brest, au cours de l’une de ces manifestations, non seulement les jeunes qui dansaient, mais aussi les parents qui les accompagnaient pour les soutenir ainsi que des personnes de 40, 50 ou 60 ans qui m’ont dit : « Vive la free ! » Ce sont eux les véritables héritiers de Mai 68, et certainement pas vous ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)Enfin, ce qui se joue dans tout cela, c’est un certain rapport à la culture. Ne dissociez pas les festivals des free parties. C’est d’abord dans les free parties que les DJ se forment, de même que les ingés son et les ingés lumière, qui deviennent ensuite des intermittents du spectacle.
Vous me dites que c’est faux. Mais vous n’étiez pas, comme moi, samedi dernier à Astropolis, le plus grand festival de musique électronique de France, où j’ai eu tout le loisir d’échanger avec des personnes qui connaissent bien mieux le sujet que vous ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Exactement !
Une petite danse, monsieur le ministre ? (Sourires.)
La loi Ripost, en particulier dans ses dispositions liberticides relatives aux free parties, participe d’une politique répressive que vous menez avec constance, et avec l’appui continu et sans faille du Rassemblement national et de l’extrême droite. Je veux tout de même rappeler une chose, en particulier aux collègues du bloc dit central : les centristes, hier encore, vous votiez en faveur de la présomption de légitime défense (« Très bien ! » et applaudissements sur les bancs du groupe RN) – du permis de tuer, pour ainsi dire – pour les policiers, avec les fascistes (« Ah ! » sur plusieurs bancs du groupe RN) ; aujourd’hui, avec les fascistes, vous voulez réprimer les personnes qui font des fêtes dans le pays. Lors des dernières élections législatives, les Français ont décidé de ne pas laisser le gouvernement à l’extrême droite. Ce n’est pas pour que vous appliquiez sa politique ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)Le présent amendement vise justement à protéger les libertés publiques, notamment la liberté de manifestation, qui est absolument essentielle. Il faut que les libertés publiques puissent vivre. Il faut que les rassemblements où la fraternité s’exerce puissent vivre. C’est l’un des socles de notre République.Lorsqu’avec les médias Bolloré, vous vous en êtes pris aux supporters du PSG, on a entendu le beau témoignage de Mireille, cette mamie qui est un peu notre mamie à toutes et à tous désormais, qui avait été raccompagnée par les supporters du PSG. (M. Sébastien Delogu applaudit.) Si cette scène a énormément tourné dans tout le pays, c’est pour une bonne raison : elle dément tout ce que vous racontez (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP), notamment l’image que vous colportez d’un pays où chacun voudrait pourrir la vie des autres. Non ! Tout le monde essaie de vivre, concrètement.Il en va de même des free parties.
Écoutez les témoignages des gens qui sont ravis d’aller voir ce qui s’y passe quand elles ont lieu près de chez eux. J’ai vu cela dans le Finistère : quand une grand-mère emmène sa petite-fille voir une free party… (Rires sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Vous pouvez rigoler, ça existe ! De toute façon, tout ce qui vous intéresse, ce sont ceux qui votent pour vous et vos petites mesures… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).