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Discours du 3 mars 2025

Pieyre-Alexandre Anglade · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°113

C’est de la propagande russe, mot pour mot !

Vous l’avez dit très justement au début de notre débat, monsieur le premier ministre, la situation internationale est grave – vraisemblablement la plus critique depuis 1945. Ce qui se joue actuellement ne concerne pas seulement l’Ukraine, mais bien toute l’Europe, donc la France et la sécurité des Françaises et des Français. Ce qui est en jeu, c’est notre capacité à garantir notre sécurité, notre indépendance et notre souveraineté, autrement dit à assurer à nos enfants qu’ils pourront vivre sur un continent libre, en paix et prospère tel que nous le connaissons.Pour y parvenir, les dirigeants européens devront prendre des décisions à la hauteur de la situation, car nous parlons d’un enjeu de vie ou de mort. Vous l’avez parfaitement expliqué, comme la plupart des forces de l’hémicycle – et je m’en félicite.Cependant, au terme d’un débat d’une telle importance, nous ne pouvons faire comme si certaines voix ne s’étaient pas prêtées à ce que je décrirais comme une forme de trahison. Madame Le Pen, vous avez eu – ce n’est pas nouveau – les mots les plus durs et les plus forts contre la France et l’Europe, mais à aucun moment contre la Russie de Vladimir Poutine qui mène en Ukraine une guerre brutale, totale, massive, depuis plus de trois ans, voire dix ans si nous pensons à la situation dans le Donbass et en Crimée.Lorsque l’on refuse d’aider l’Ukraine – comme ont pu l’exprimer certains, à mots couverts – ou que l’on s’oppose à la construction de la défense européenne, on ne favorise pas la paix mais on crée les conditions de l’abandon de l’Ukraine, donc de son effondrement, ainsi que les conditions de l’apparition de nouveaux conflits, demain, sur le continent européen.Dans un tel moment, évitons de propager de fausses informations, de distiller des mensonges concernant ce qui a été dit par le président de la République à propos de la dissuasion nucléaire française. Car nos alliés nous écoutent, tout comme nos concurrents et nos adversaires.Ces derniers jours, nous avons entendu de nombreux discours mettant sur un même plan l’agresseur et l’agressé. Or, nous le savons, l’Ukraine n’est pas attaquée pour ce qu’elle fait : elle n’agresse ni ne menace personne. Elle est attaquée pour ce qu’elle est : un pays libre, démocratique et ouvert, qui a choisi de se tourner vers l’Europe. Il est très clair que le dirigeant russe mène cette guerre brutale contre l’Europe, contre ce qui fonde notre identité d’Européens, et qu’il ne s’arrêtera pas à l’Ukraine si nous ne l’arrêtons pas maintenant.Voilà pourquoi nous devons, aussi longtemps que nécessaire, assistance et reconnaissance au peuple ukrainien pour son courage, pour le sacrifice et le sang versé. À l’heure où la nouvelle administration américaine menace de suspendre le soutien qu’elle lui a accordé jusqu’ici, il nous revient d’intensifier le nôtre, car la paix en Europe passe par une paix durable, fiable et solide en Ukraine.Dans ce contexte, l’Europe n’a d’autre choix que celui de la puissance car, à Munich puis à la Maison-Blanche, nous avons vu la relation transatlantique se fracturer. Nous avons à présent besoin d’actions courageuses et le Conseil européen de ce jeudi doit être l’occasion de décisions historiques.La première urgence est de bâtir rapidement et quoi qu’il en coûte un plan d’aide militaire à l’Ukraine pour éviter son effondrement à la suite du revirement américain. Dans cette optique, il faut travailler très sérieusement sur la saisie des avoirs publics russes gelés. Ce sont 209 milliards d’euros que nous pourrions affecter au soutien à la résistance ukrainienne.La seconde priorité doit être de façonner maintenant l’Europe de la défense que le président de la République promeut depuis 2017. Le moment est propice : nos partenaires européens y sont prêts, l’Allemagne en tête.Mobilisons des financements en commun, comme nous avons su le faire au moment de la crise sanitaire. Élaborons un grand plan d’investissement qui permettrait de lancer des programmes militaires communs et de renforcer nos armées et nos équipements militaires. Il est clair que le contexte actuel exige un effort massif de chacun des États membres : tous les pays de l’Union européenne devront rehausser les budgets qu’ils consacrent à la défense.Nous assistons à la fin d’un monde et nous devons sans délai passer aux actes pour que notre Europe devienne capable d’assurer sa défense, sa sécurité et son autonomie stratégique. Sans une défense européenne commune, l’Ukraine s’effondrera tôt ou tard. Si nous faisons preuve de faiblesse et de désunion, la Russie continuera de mettre à l’épreuve notre détermination et notre capacité à riposter. Si nous nous montrons attentistes, nous l’encouragerons à étendre ses ambitions à d’autres parties du continent européen.Nos opinions publiques l’ont parfaitement compris depuis qu’elles ont assisté à la sidérante mise en scène au cours de laquelle, dans le fameux Bureau ovale, on a humilié le chef d’un État européen souverain, courageux et infatigable, qui tente de sauver son pays.En défendant l’Ukraine, nous défendons la liberté de l’Europe, la démocratie libérale, humaniste et respectueuse de l’État de droit et de la démocratie. Il n’est pas trop tard. Soyons unis, résolus, déterminés, et nous y arriverons. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et LIOT. – M. Philippe Bonnecarrère applaudit également.)

Non, mais vous voudriez qu’il soit premier ministre !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).