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Discours du 12 mars 2025

Pieyre-Alexandre Anglade · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°127

Depuis plus de trois ans, la guerre fait rage en Ukraine, c’est-à-dire près de nous, en Europe, sur notre continent. Il y a trois ans, Vladimir Poutine a entraîné la Russie dans une guerre totale. Depuis lors, les combats font rage et les Ukrainiens luttent pour leur survie et pour leur liberté face à une offensive d’une violence inouïe frappant indistinctement les cibles civiles et militaires. Ce sont des enfants, des femmes et des hommes innocents qui sont les victimes des chars, des missiles et des tirs de l’armée russe. À Izioum, à Boutcha et dans tant d’autres localités à travers l’Ukraine, les crimes de guerre des soudards de Poutine sont nombreux. Des milliers de vies sont perdues, des villes entières détruites, des milliers d’enfants ukrainiens déportés et russifiés de force… Pourtant, le peuple ukrainien tient bon ! Il défend son territoire, son existence et ses droits, et même, ne l’oublions jamais, la sécurité de toute l’Europe.La portée du vote auquel nous allons procéder aujourd’hui est particulièrement chargée de sens et de gravité, car nous sommes confrontés à la situation la plus incertaine que l’Europe a connue depuis des décennies. Jamais, en effet, dans notre histoire récente, nous n’avions vu une puissance belliqueuse, impérialiste et révisionniste la menacer avec autant de virulence. Jamais non plus nous n’avions vu notre allié historique, les États-Unis d’Amérique, marquer avec autant de brutalité son désengagement du continent européen. Ce qui se décide actuellement concerne bien évidemment la sécurité des Ukrainiens et même leur survie, mais aussi, j’en suis convaincu, la sécurité de toute l’Europe et donc de la France.J’entends parfois les commentateurs dire qu’au fond, ce genre de résolution n’est que symbolique, que tout cela n’a que peu d’importance et que le sort du monde, donc celui de la France, de l’Europe ou de l’Ukraine, serait décidé ailleurs. Je crois que c’est précisément l’inverse. Car ce dont nous débattons avec ce texte, ce sont les choix dont dépend l’avenir de la France, ceux qui permettront de garantir une paix durable sur notre continent et donc aussi et surtout en Ukraine, ceux qui doivent assurer notre sécurité, notre indépendance et notre souveraineté, ceux grâce auxquels nos enfants pourront vivre sur un continent libre, prospère et sûr, tel que nous le connaissons depuis la fin de la seconde guerre mondiale.Ouvrons les yeux : autour de nous, les menaces se multiplient. La Russie n’est pas belliqueuse qu’avec l’Ukraine ; elle est plus qu’une menace pour l’Europe, contre laquelle elle est déjà entrée en guerre : une guerre sournoise, dissimulée, une guerre hybride faite de désinformation, de manipulations et de tentatives de déstabiliser nos démocraties. Nous en mesurons chaque jour les effets et la France, dans ce combat, est en première ligne. Dans cette guerre, la Russie bénéficie à travers le monde, et même en France, de relais – y compris, désormais, dans certains médias : ce sont les tenants d’un nationalisme de soumission, qui réservent toujours leurs mots les plus durs pour la France et pour l’Europe, mais qui n’ont jamais la moindre critique contre les autocrates de ce monde, et en particulier contre Vladimir Poutine.

Dans un tel contexte, un choix crucial s’offre à nous : soit nous nous montrons en mesure de bâtir maintenant une Europe souveraine, capable de défendre ses intérêts face aux pressions extérieures, soit nous subirons le choix de grands empires qui ne respectent plus aucune règle sinon celle du plus fort. L’Europe n’a donc pas d’autre choix que celui de la puissance. Le Conseil européen de la semaine dernière a posé les bases de celle-ci, mais il faut aller plus loin.La première urgence, évidemment – et même plus que jamais, compte tenu de l’accélération des négociations de paix, qui est une bonne chose –, est de définir des garanties de sécurité crédibles afin qu’une paix solide et durable soit possible en Ukraine.La deuxième urgence, c’est de bâtir rapidement un plan d’aide militaire à la résistance ukrainienne de sorte qu’elle puisse tenir dans la durée. Dans cette optique, monsieur le ministre, je défends la saisie des avoirs de la Russie gelés en Europe, soit 209 milliards, pour les affecter à la résistance ukrainienne. Même si j’entends le débat que cela peut susciter, je crois qu’il est dépassé dès lors que notre allié américain a fait le choix de se désengager de l’Europe et que nous avons besoin de trouver les moyens de soutenir la résistance ukrainienne dans la durée.La troisième urgence, enfin, est de bâtir une véritable défense européenne, celle que le président de la République appelle de ses vœux depuis son premier mandat. Les Européens y sont prêts, ils en ont posé les bases la semaine passée à Bruxelles ; mobilisons des financements en commun, travaillons à un grand plan d’investissement qui permettrait de lancer des programmes militaires communs et de renforcer nos équipements, et surtout créons les conditions pour produire et acheter en Europe, afin que l’argent investi aille bien vers les industries européennes et non vers l’industrie américaine. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur les bancs de la commission.)

C’est le soutien à Poutine !

Elle a raison !

C’est une inversion totale des valeurs : qui mène une guerre totale, brutale et massive depuis maintenant plus de trois ans ?

C’est la Russie de Vladimir Poutine, que vous avez soutenue (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – Mme Ayda Hadizadeh applaudit également), vous opposant à tous les paquets de sanctions votés par cette assemblée et par le Parlement européen. Qui a refusé le soutien à la résistance ukrainienne ? Le Rassemblement national. Ne venez pas, sous couvert de la paix, nous expliquer que si nous avions cessé de soutenir à l’Ukraine, nous serions arrivés à la paix. Au contraire, l’Ukraine aurait été écrasée par la Russie de Vladimir Poutine et la guerre se déroulerait aujourd’hui probablement sur le territoire de l’Union européenne. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.) N’inversons pas les valeurs, rappelons que dans cette guerre, l’agresseur est la Russie de Vladimir Poutine et l’agressé, l’Ukraine, et que nous soutenons la résistance ukrainienne.

Il a raison !

Je vais dans le sens de ce que vient de dire Sacha Houlié : monsieur le rapporteur, il est absolument incompréhensible que vous vous en remettiez à la sagesse de l’Assemblée. L’amendement déposé par le groupe Rassemblement national est un amendement de soumission à une puissance étrangère. (Protestations sur quelques bancs du groupe RN.)

Il tend à exonérer la Russie des tentatives de déstabilisation et d’ingérence qu’elle mène contre trois pays qui se battent pour leur liberté, leur souveraineté et leur indépendance. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR. – Protestations sur les bancs du groupe RN.) Il vise à exonérer le Rassemblement national de la guerre sournoise, hybride, mesquine, totale, que la Russie mène contre notre démocratie. La guerre qu’elle mène contre l’Ukraine est aussi une guerre contre l’Europe et ses valeurs. Étant donné les tentatives de déstabilisation, d’intimidation, d’attaques cyber qu’elle mène contre l’ensemble des démocraties européennes et contre la France, nous devrions tous nous élever contre ce genre d’amendements et dénoncer avec la plus grande fermeté cet amendement de trahison nationale déposé par le groupe Rassemblement national. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe EPR. – Protestations sur les bancs du groupe RN.)

Il s’agit de poursuivre et de renforcer le soutien de notre pays à la résistance ukrainienne. Alors que la Russie, qui n’a en rien renoncé à ses objectifs militaires, poursuit ses bombardements quotidiens sur les civils ukrainiens, qui subissent déjà les bombes russes et l’avancée des chars de Vladimir Poutine depuis plus de trois ans, alors que notre partenaire américain fait le choix du désengagement vis-à-vis de l’Europe et réduit son soutien militaire à la résistance ukrainienne, il importe que nous, Européens, continuions à soutenir l’Ukraine. Il faut lui permettre de résister dans la durée et surtout la placer dans les meilleures conditions possible pour qu’elle puisse ensuite négocier la paix lorsqu’elle l’aura choisi. Il faut absolument éviter qu’elle se retrouve dans une position de faiblesse et c’est pourquoi il importe que nous ne nous désengagions pas à notre tour. Mon amendement vise à réaffirmer notre soutien à la résistance ukrainienne dans la durée.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).