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Discours du 29 avril 2025

Pieyre-Alexandre Anglade · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°177

J’ai lu et écouté avec beaucoup d’intérêt la priorité donnée par le gouvernement à la réduction du déficit public. C’est évidemment un objectif prioritaire, voire vital, pour la nation, afin de dégager des marges de manœuvre pour renforcer la résilience de notre modèle social, soutenir les transitions écologique et numérique, et répondre aux besoins de défense dans un contexte géopolitique tendu. Elle va de pair avec la poursuite des réformes structurelles, comme l’a souligné le rapporteur général de la commission des affaires sociales, en vue d’améliorer l’efficacité de la dépense publique, de transformer durablement notre économie et d’accroître le taux d’emploi pour combler notre retard par rapport à nos concurrents.Ce débat est essentiel car nous vivons un moment de vérité. Un choix crucial s’offre à nous aujourd’hui : soit nous nous montrons en mesure de rétablir rapidement nos finances publiques afin de garder le contrôle de notre destin, soit nous n’y arrivons pas et alors nous subirons avec encore plus de violence les fracas de ce monde. Nous le savons, un pays qui vit aux crochets de ses créanciers n’est plus un pays entièrement souverain, capable de faire des choix pour lui-même et par lui-même, et d’impulser les bons changements en Europe. C’est pourquoi nous n’avons pas d’autre choix – vous n’avez pas d’autre choix, monsieur le ministre, madame la ministre – que de décider d’actions courageuses dès le prochain budget et de mener des réformes structurelles dans les semaines et les mois à venir.À ce contexte franco-français s’ajoute le contexte international que vous évoquiez, monsieur le ministre, en préambule : celui-ci exige de retrouver la maîtrise de nos dépenses publiques et d’avoir une trajectoire budgétaire conforme à nos engagements européens, de manière à garantir notre souveraineté, notre rôle moteur au sein de l’Union, ainsi que notre capacité à faire face aux défis futurs. Ce contexte nous impose de mettre fin à nos dépendances, de nous protéger et d’accélérer la construction d’une Europe qui soit une véritable puissance économique, financière, commerciale – elle ne l’est pas encore tout à fait aujourd’hui.Ouvrons les yeux : autour de nous, les menaces se multiplient. Le président Trump organise le chaos économique et commercial, ce qui a des conséquences lourdes sur notre économie et notre croissance – vous l’avez rappelé à l’instant. La Russie poursuit sa guerre hybride, qui déstabilise notre économie. La Chine, quant à elle, mène une guerre économique contre nos entreprises – les mesures que vous avez annoncées ce matin sur les colis en provenance de Chine vont dans le bon sens.C’est pourquoi nous devons continuer d’agir avec nos partenaires européens pour que, comme l’a souligné le gouverneur de la Banque de France, les années Trump aux États-Unis soient les années de la souveraineté économique et financière en Europe. Cela passe évidemment par un désendettement, mais aussi par un véritable agenda de compétitivité à vingt-sept.L’Europe a beaucoup fait ces dernières années pour avancer et se réformer, notamment autour de l’agenda de Versailles défendu par le président de la République, mais il nous faut mettre les bouchées doubles si nous voulons éviter un décrochage durable par rapport aux États-Unis et à la Chine. Les rapports de Mario Draghi et d’Enrico Letta l’ont montré très clairement : en vingt-cinq ans, le PIB par habitant américain a cru deux fois plus vite que le PIB par habitant européen.

Cette situation est due au manque d’investissement des pays européens, dont la France, dans les technologies d’avenir : les technologies vertes, l’intelligence artificielle et l’industrie de défense – en somme, tout ce qui va faire la richesse, la prospérité et l’indépendance de nos économies dans ce siècle.Il faut reconnaître qu’en l’espace de quelques mois – depuis plusieurs années à l’initiative du président de la République –, l’Europe a beaucoup changé. La nouvelle Commission a cassé certains dogmes : elle a appliqué la préférence européenne dans les marchés, a lancé, avec la directive omnibus, le plus grand exercice de simplification jamais entrepris, a donné la priorité aux secteurs stratégiques de notre industrie ; surtout, elle a gravé dans la loi l’idée que décarboner et réindustrialiser vont de pair. Les tabous se brisent au niveau européen ; une fenêtre d’opportunité s’ouvre pour construire l’Europe puissance que j’appelais de mes vœux – à nous de ne pas la manquer.Nous sommes au début du chemin. Simplifier est une exigence, mais il faudra aussi conduire une politique commerciale d’une autre nature ainsi qu’une véritable politique industrielle et d’innovation – nous devons aller beaucoup plus loin dans les domaines clés que j’évoquais à l’instant.

Le dernier axe de cette stratégie européenne n’est pas encore abouti : ce sont les investissements et le budget. Dans le cadre de la discussion budgétaire qui s’ouvre à Bruxelles, nous devons développer les ressources propres, les capacités à investir dans la durée, en empruntant sur les marchés et, surtout, en le faisant davantage ensemble. Nous avons besoin non pas d’aides d’État nationales qui fragmenteraient encore plus le marché unique, mais d’une réelle capacité européenne à investir dans nos priorités. Nous avons su le faire pendant la crise covid ; soyons capables de le faire maintenant, dans ce grand moment d’incertitude. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – M. le président de la commission des affaires sociales applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).