Discours du 5 mai 2025
Pieyre-Alexandre Anglade · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°182
Cela fait donc cent soixante-dix jours que Boualem Sansal est retenu prisonnier dans des conditions de détention opaques et précaires, alors qu’il est gravement malade et que nous n’avons que trop peu d’informations fiables sur son état de santé ; cent soixante-dix jours que Boualem Sansal est privé de ses droits les plus fondamentaux, à commencer par un procès juste et équitable ; cent soixante-dix jours que notre compatriote est enfermé dans les prisons du régime algérien pour avoir été libre dans sa parole et dans ses écrits.Ce soir, la responsabilité et l’honneur de notre assemblée imposent de réclamer, par le vote de cette résolution, la libération immédiate et inconditionnelle de notre compatriote injustement emprisonné. Incarcérer arbitrairement un de nos concitoyens et lui refuser l’accès aux soins dont il a besoin n’est pas à la hauteur de l’histoire de l’Algérie, ni de la relation qui unit nos deux peuples. Avec ce texte, nous appelons les autorités algériennes à prendre la décision qui lui permettra de retrouver la liberté, de se soigner et de rejoindre les siens.Boualem Sansal n’a rien à faire derrière les barreaux et nous ne pouvons pas accepter qu’un écrivain soit privé de liberté pour avoir exprimé ses idées, ni qu’un homme soit condamné sur la base de charges infondées, dans des conditions qui menacent sa santé et bafouent sa dignité humaine. C’est pourquoi la représentation nationale, en adoptant cette résolution, demande avec la plus grande fermeté sa libération immédiate et inconditionnelle, le respect de ses droits à la défense, ainsi que la création sans délai d’une mission médicale internationale indépendante pour protéger sa dignité et son intégrité. Je salue à cet égard la rigueur de votre travail, madame la rapporteure, vous qui avez défendu le texte devant la commission des affaires européennes, qui l’a adopté très largement, puis devant la commission des affaires étrangères.Au-delà de la situation de Boualem Sansal, c’est un contexte plus large de régression des libertés en Algérie qui s’impose à notre attention. Boualem Sansal partage le sort de nombreux autres prisonniers d’opinion : plus de 200 prisonniers sont détenus dans les geôles du régime d’Alger pour avoir exercé leur liberté d’expression. Face à cette réalité, nous ne pouvons rester ni silencieux ni indifférents ; nous devons nous battre pour obtenir sa liberté.Boualem Sansal ne doit en aucun cas devenir l’otage des tensions qui peuvent exister entre les deux côtés de la Méditerranée, ni être l’objet d’une bataille entre les différents courants politiques de notre pays. Que l’on partage ou non ses opinions, ses écrits, ses prises de position n’a aucune espèce d’importance. Affirmons ensemble un principe clair : la place d’un écrivain n’est pas en prison ; Boualem Sansal n’a pas sa place en prison. Ce soir, nous devons plaider ensemble pour sa libération parce que cet homme endure une épreuve pénible et injuste, et parce qu’à travers lui, c’est notre liberté à tous qui est bâillonnée et remise en question.Ensemble, apportons-lui un soutien clair, celui du peuple français, qui défend la liberté des intellectuels, des chercheurs et des écrivains, qui n’oublie ni n’abandonne ses compatriotes injustement emprisonnés. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, Dem et HOR. – M. Emmanuel Maurel applaudit aussi.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).