Discours du 13 novembre 2025
Pieyre-Alexandre Anglade · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°49
Alors que nous débattons depuis plus de trois semaines du budget de la France, nous abordons enfin sa dimension européenne à travers le versement d’une contribution française plus importante que jamais. Plus importante que jamais, car face à la multiplication des menaces, au décrochage de nos économies par rapport à celles des États-Unis et de la Chine, au durcissement des relations commerciales, aux défis géopolitiques, à la guerre sur notre continent, le budget européen constitue plus que jamais un levier de puissance et de souveraineté indispensable. Pourtant, après avoir écouté certains des précédents orateurs, ceux qui suivent la séance de cet après-midi pourraient avoir le sentiment que nous versons notre contribution à une entité abstraite et en quelque sorte dans le vide, que l’argent de la France serait perdu ou dilapidé.
Disons-le, à cette tribune, très clairement : rien n’est plus faux. Cette contribution est au contraire la condition de notre influence. Elle garantit un soutien à nos agriculteurs, elle nourrit le développement de notre défense européenne, de notre industrie, de notre innovation, en somme de tout ce qui fait l’indépendance de la France, celle de ses voisins, face aux grands empires désireux d’une seule chose : soumettre notre pays et ses partenaires européens. C’est pourquoi, étant donné l’importance du moment que nous vivons, notre contribution au budget européen doit être défendue avec la plus grande détermination – comme vous l’avez fait, monsieur le ministre –, préservée parce qu’elle nous protège, nous permet de réduire nos dépendances, nous rapporte beaucoup plus que les petits calculs comptables qui nous ont parfois été présentés.Monsieur le rapporteur spécial de la commission des finances, vous jouez normalement un rôle important dans le débat budgétaire ; or vous avez fait le choix de dénigrer, de remettre en cause la contribution française. Si ce que vous souhaitez se produisait, nous en paierions très concrètement les conséquences. Abaisser artificiellement l’évaluation de notre contribution, loin du montant que nous devrons verser en réalité, serait truquer les grands équilibres du PLF, avec des recettes mensongères. (Murmures sur quelques bancs du groupe RN.) Refuser de la verser cette année serait contrevenir à nos engagements européens et prendre le risque que nos agriculteurs, nos régions, nos entreprises ne puissent percevoir les fonds européens auxquels ils ont droit. (Mêmes mouvements.) Ne plus la verser serait exposer la France et les Français au mieux à des sanctions, au pire à la sortie de l’Union, n’en déplaise à ceux qui prétendent désormais l’inverse. (Mêmes mouvements.) Nous devrions être fiers de contribuer à cette Europe qui nous protège, qui reste notre meilleure alliée dans ce monde brutal et de plus en plus inquiétant. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
En écoutant les propos du président Coquerel et du rapporteur spécial Tanguy, j’ai l’impression qu’il se forme sous nos yeux une alliance des nationalistes allant du Rassemblement national à La France insoumise (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN)…
…qui vise uniquement à diminuer la contribution de la France au budget européen, c’est-à-dire à isoler notre pays, alors que nous avons plus que jamais besoin d’une France forte au sein d’une Europe puissance. (M. Paul Midy applaudit.) Je trouve cette alliance honteuse – en tout cas, peu courageuse –, car elle ne mentionne pas les conséquences de ce qu’elle propose. Si nous votions les amendements déposés par les députés du Rassemblement national ou de La France insoumise, nous exposerions au mieux notre pays à des sanctions – l’argent des fonds européens ne serait pas versé à temps à nos agriculteurs, à nos régions, à nos entreprises ; au pire, nous engagerions la France sur la voie d’une sortie progressive de l’Union européenne. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR. – Exclamations sur quelques bancs du groupe RN.) Il n’existe aucun club auquel on puisse appartenir sans payer sa cotisation. Ce que vous promettez, c’est un Frexit dissimulé. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).