Discours du 10 décembre 2025
Pieyre-Alexandre Anglade · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°89
Notre débat de ce jour se déroule dans un contexte où les enjeux sécuritaires n’ont jamais été aussi cruciaux pour la France et l’Europe depuis la fin de la guerre froide, voire depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Vous avez rappelé en préambule, monsieur le premier ministre, à très juste titre, les nombreuses menaces qui pèsent sur notre pays et sur notre continent, mais soyons lucides, il ne s’agit plus seulement de menace, car la guerre est en Europe et le conflit ne s’arrête pas à l’Ukraine. C’est tout le continent qui est mis au défi par la Russie, laquelle ne fait plus aucun mystère de son hostilité à l’égard des Européens.Pour ceux qui se voilent la face et qui préfèrent incriminer notre pays ou l’Union européenne – il y en a eu quelques-uns cet après-midi –, en dépit des campagnes de désinformation, des attaques cyber, des drones qui survolent nos emprises, des actions de sabotage dont l’ensemble des pays européens, y compris la France, sont la cible chaque semaine, il suffit de lire ou d’écouter les idéologues du régime, qui révèlent au grand jour le vrai dessein du président russe.Par exemple, la revue La Vie internationale, publiée par le ministère des affaires étrangères de la Russie, a fait paraître en octobre un article au titre on ne peut plus clair : « Tout brûler jusqu’à la Manche ? Quelles garanties de sécurité efficaces à l’heure d’un affrontement historique entre la Russie et l’Occident ». Autre exemple évocateur, celui de Sergueï Karaganov, personnalité du régime russe, qui murmure, paraît-il, souvent à l’oreille de Vladimir Poutine, et qui déclarait, il y a cinq jours de cela : « Cette guerre a déjà commencé. Simplement, nous ne l’appelons pas encore ainsi. Notre véritable adversaire est bien l’Europe […]. » Tout est là, tout est dit.L’autre grand défi auquel nous sommes confrontés, vous l’avez dit, monsieur le premier ministre, c’est l’incertitude liée au changement de posture de notre partenaire historique, les États-Unis d’Amérique. Soyons lucides, là aussi : nous, Européens, sommes seuls face aux menaces et aux empires. Comment en effet faire confiance à Donald Trump, J.D. Vance et Steve Witkoff, plus occupés à faire du business avec Moscou, à dealer leurs intérêts personnels, qu’à défendre ceux de leurs alliés et partenaires ?À Munich, en février dernier, nous avons vu la relation transatlantique se fracturer. Nous avons eu, plus récemment, connaissance du prétendu plan de paix américain, qui ne propose rien d’autre qu’une reddition de l’Ukraine. Cette semaine, nous avons découvert la nouvelle stratégie de défense américaine, qui marque une volonté d’ingérence directe dans nos démocraties. À cet égard, les intentions de l’administration Trump sont très claires : soutenir les partis nationalistes européens, pour ensuite nous diviser, puis nous affaiblir, et enfin démanteler l’Union européenne. Ce constat doit nous amener à regarder la situation en face – elle est limpide. Le président Trump et le président Poutine se rejoignent dans une même volonté de démanteler l’Union européenne ou d’affaiblir le projet européen.
Pour ce faire, ils comptent sur leurs relais en Europe. Nous observons dans tous les pays européens la collusion entre les partis nationalistes et populistes et ces puissances qui veulent nous soumettre. La France n’échappe évidemment pas à cette réalité. Nous savions que le Rassemblement national était la courroie de transmission de la Russie de Vladimir Poutine – une commission d’enquête à l’Assemblée nationale l’a étayé. (Mme Delphine Batho applaudit. – « Oh ! » sur les bancs du groupe RN.)
Il est désormais aussi le principal relais de l’idéologie Maga puisqu’aujourd’hui, nous découvrons les propos du président du Rassemblement national, Jordan Bardella, qui depuis Londres a expliqué que la stratégie de sécurité américaine, laquelle propose l’ingérence en Europe, était une bonne stratégie. (« Oh là là ! » sur les bancs du groupe RN.) Voilà le véritable projet du Rassemblement national, un jour soumis à Moscou, le lendemain à Washington. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – Mme Delphine Batho et M. Gérard Leseul applaudissent également.)Et cet après-midi, dans les propos de Mme Le Pen, toujours plus prompte à reprendre le narratif de ceux qui nous menacent qu’à défendre notre pays, il y avait encore comme un goût de soumission devant les tyrans de ce monde. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Vous avez eu en effet dans votre intervention les mots les plus durs pour la France et pour l’Europe, mais pas un mot contre ceux qui quotidiennement menacent la France et la sécurité des Français. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – Mme Delphine Batho et M. Gérard Leseul applaudissent également. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Vous étiez au mieux dans une forme de déni, au pire dans ce qu’il faut bien qualifier de compromission avec ceux qui veulent nous affaiblir.
C’est pourquoi, monsieur le premier ministre, face à toutes les menaces qui pèsent sur notre continent, il nous faut rapidement agir avec nos partenaires européens.
L’Europe n’a pas d’autre choix que celui de la puissance. C’est ce que le président de la République, Emmanuel Macron, répète inlassablement depuis 2017 : il alerte sur le nécessaire réarmement de notre pays et de l’Europe. Votons ces crédits et allons ensemble sur ce chemin pour préserver un continent libre, prospère et en paix pour les décennies à venir. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR et sur plusieurs bancs du groupe Dem. – M. Joël Bruneau applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).