Discours du 17 décembre 2024
Raphaël Glucksmann · La chute du régime syrien, ses conséquences géopolitiques et la situation humanitaire dans la région (débat)
Monsieur le Président, Madame la Haute Représentante, chers collègues, à Alep, Hama, Homs ou Damas, les Syriens célèbrent la fin d’une longue nuit de sang et de larmes, une nuit de cendres et de mort. Alors oui, l’avenir est incertain, et je partage certaines des inquiétudes qui se sont exprimées ici. Mais soyons honnêtes, chers collègues, qui écoutait les Syriens lorsqu’ils crevaient sous les bombes de Poutine ou dans les geôles d’Assad? Nous étions à peine quelques centaines, voire quelques dizaines, même, dans des manifestations de plus en plus clairsemées, à essayer de les soutenir.
Dans nos chancelleries, les tenants de la normalisation avec le régime gagnaient du terrain. Dans notre débat public, l’extrême droite niait méthodiquement la parole des victimes et se prenait en selfie avec leurs bourreaux. Elle était rejointe dans l’abjection par une certaine gauche, relayant servilement la propagande du tyran par antiaméricanisme forcené. Tout fut fait pour invisibiliser les révolutionnaires syriens.
Alors moi, j’aimerais ici faire entendre leur voix à travers les mots que vous adresse Firas Kontar, inlassable militant de la révolution syrienne: «Depuis 2011, devant l’immensité des crimes commis par Assad, Poutine et les milices iraniennes, nous avons été abandonnés. Les démocraties, malgré leurs discours, n’ont offert qu’un soutien symbolique face à une barbarie sans limite. Aujourd’hui, après la chute du régime, ne nous laissez pas seuls. Le pays est dévasté. Nos orphelins se comptent par centaines de milliers, et nous ne cessons de découvrir des fosses communes. Nous allons passer nos prochaines années à exhumer les corps des 100 000 Syriens disparus dans les geôles d’Assad. Vous ne pouvez pas, une fois de plus, nous abandonner face aux défis qui nous attendent. Les Syriens ont besoin d’un soutien massif pour reconstruire leur pays et panser les plaies immenses laissées parmi nous. Soyez là cette fois!»
Chers collègues, cet appel doit être entendu. Nous n’avons pas été là pour aider les Syriens dans la guerre qui était menée contre eux, nous avons le devoir de l’être dans la paix qu’ils doivent désormais construire.
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.