Discours du 28 avril 2025
Raphaël Schellenberger · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°174
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Et pourtant prévisible !
Si seulement Marine Le Pen n’avait pas voté la fermeture de la centrale de Fessenheim !
C’est le Parti socialiste qui dit ça !
Vous non plus !
C’est beau, le communisme !
Le pari hasardeux, c’est celui qu’ont fait les électeurs du Doubs !
Il marche très bien !
Il y a un an, nous parlions déjà de souveraineté énergétique dans cet hémicycle. Aujourd’hui, nous poursuivons le bingo des poncifs énergétiques entamé à l’époque. C’est bien là tout le drame du débat énergétique en France : une succession de postures, de clivages artificiellement entretenus, et bien peu de propositions à la hauteur de la situation. Pourquoi avoir voulu un tel débat au prix de menaces de censure, si c’était pour en réduire l’ambition à une énième tribune partisane ? Permettez-moi donc d’utiliser le temps qu’il me reste pour tenter de tracer une voie utile, plutôt que de céder à l’exercice tentant de vous conter mes nombreuses visites d’usines du cycle du combustible nucléaire.Notre pays mérite mieux qu’une scène ; il a besoin d’une stratégie. Je me réjouis qu’émerge un point d’accord majeur : nous partageons tous l’ambition de décarboner notre consommation énergétique.
En France, cela passe par l’électrification des usages. Mais voilà, cette électrification patine. Si nous avons passé beaucoup de temps à débattre des outils de production d’électricité, nous avons dramatiquement négligé la question des usages, la dynamique de la consommation à venir et la lisibilité des factures pour les Français. Nous débattons d’un prix, compris entre 40 et 200 euros le mégawattheure, qui n’apparaît jamais clairement aux yeux des consommateurs. Qu’avons-nous réellement fait avancer depuis un an ? La consommation stagne ; la construction de nouvelles infrastructures se heurte à des lenteurs et à des blocages ; le système électrique est déstabilisé par la croissance des productions intermittentes.C’est dans cet esprit que je vous ai adressé la semaine dernière, monsieur le premier ministre, cinq propositions claires et concrètes pour corriger la PPE : accentuer nos efforts sur l’électrification, ralentir la croissance des moyens de production solaire, retarder le lancement des nouveaux appels d’offres éoliens, affirmer le rôle central des futurs EPR 2 dans notre système, lancer sans délai la construction de nouvelles Step hydroélectriques.Je ne vous l’apprends pas, le système électrique est un système complexe, dans lequel chaque acteur se doit d’être responsable : plus sa place est importante, plus sa responsabilité est grande. La responsabilité des producteurs d’éolien ou de solaire est de proposer des solutions de stockage ; celle des fournisseurs alternatifs est d’innover dans les services utiles au système et aux consommateurs ; celle d’EDF est de réussir à construire des EPR 2 à des prix compétitifs. La PPE 3 n’est certes pas parfaite, mais nous en avons besoin, et vite. Grâce aux consultations qui durent depuis deux ans et aux débats de cet après-midi, vous disposez, monsieur le premier ministre, de tous les moyens pour y apporter les corrections urgentes.Enfin, pour que la mise en œuvre de notre stratégie énergétique soit efficace, il faut que chacun soit à sa place. À force d’avoir fait de la technologie de production l’objet exclusif du débat politique sur l’énergie, nous avons totalement renversé la hiérarchie des normes et rendu notre gouvernance de l’énergie inopérante.La meilleure preuve de cela, c’est que la PPE 3 est en bavardage public depuis deux ans et que nous ne sommes toujours pas assurés qu’elle paraîtra un jour. L’hubris du législateur l’a conduit à vouloir endosser un rôle qui n’est pas le sien, alors que la Constitution de la Ve République met beaucoup de soin à définir la répartition des rôles entre la loi et le règlement. La loi ne peut pas avoir pour ambition de couvrir la périodicité d’un plan tactique de cinq ans. La loi fixe les stratégies à long terme ; le gouvernement manœuvre ; les opérateurs mettent en œuvre ; le Parlement contrôle – j’insiste sur ce point.À quelques pas d’ici, au musée d’Art moderne de Paris, nous pouvons admirer la célèbre œuvre de Raoul Dufy, peinte pour l’exposition universelle de 1937 : La fée Électricité. Cette œuvre répondait à une commande simple de l’une des sociétés qui se fondra plus tard dans EDF : « mettre en valeur le rôle de l’électricité dans la vie nationale et dégager notamment le rôle social de premier plan joué par la lumière électrique ». Tout était déjà dit il y a près d’un siècle : il n’y a aucune fatalité en matière énergétique, seulement des choix politiques. Après les doutes, les renoncements et les tergiversations, il est temps, non plus de commenter, mais de gouverner, non plus d’hésiter, mais de décider.
Mauvaise idée !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).