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Discours du 14 octobre 2025

Raphaël Schellenberger · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°3

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Avant toute chose, permettez-moi de souligner la place particulière des députés non inscrits dans cette assemblée. Nous sommes peu nombreux, mais dans une situation politique que vous décrivez vous-même, monsieur le premier ministre, comme fragile, chaque voix compte, y compris celle de ceux qui refusent les étiquettes toutes faites, les consignes automatiques et les fidélités imposées.Vous venez de prononcer un discours de la méthode antimacroniste. Nous sommes beaucoup à en prendre acte avec satisfaction. Il n’est jamais trop tard ! Vous revendiquez l’humilité, c’est déjà un progrès – mais après huit années de macronisme, cela ne suffira pas. Et surtout pas un grand débat de plus ! Les Français ne sont pas dupes de vos écrans de fumée.Voici ce qu’il reste de huit années de pouvoir vertical, d’opérations de communication et de mépris institutionnalisé : une République fatiguée, des institutions asphyxiées, une société fracturée. Toutefois, soyons honnêtes : vous n’êtes pas le seul responsable. De LFI au Rassemblement national, chaque parti a contracté le même mal : celui de la radicalisation permanente.Il n’y a pas de fierté à la radicalité. Il n’y en a pas davantage à la trahison. Là où les partis politiques devraient structurer le débat d’idées, ils le perturbent au gré des slogans et des sondages d’opinion.

On a vu les gaullistes devenir des supplétifs, les centristes transformer le fameux « en même temps » en réflexe de survie, les socio-démocrates s’effacer dans un brouillard indigne. Et désormais, même Gabriel Attal, en costume de loyaliste, ou Édouard Philippe, l’ancien héritier discipliné, semblent considérer le reniement non plus comme une faute mais comme un projet politique.Je le dis avec regret, car je crois profondément au rôle structurant des partis dans une démocratie vivante, mais à l’heure des chaînes d’infos en continu et des réseaux sociaux, ils sont devenus plus souvent des amplificateurs de tension que des bâtisseurs de compromis ; et ce glissement a été encouragé, méthodiquement, par l’Élysée.Alors, oui, la France a besoin d’un budget. Censurer par principe n’aurait pas de sens, pas plus que donner un blanc-seing à un gouvernement sans cap ni destination. En huit ans, vous avez fini par abandonner l’idée même que la politique pouvait transformer le pays, que la politique pouvait changer la vie. Votre gouvernement est un gouvernement de techniciens, pas de stratèges ; de gestionnaires, pas de bâtisseurs.Les Français n’attendent pas qu’on leur explique que la situation est compliquée. Ils vivent cette difficulté tous les jours, avec leurs factures d’électricité et leur retraite amputée au fil des réformes, dans leurs territoires oubliés. Ce que vous appelez responsabilité, ils l’appellent incertitude.Parlons à présent du fond. Lors du débat sur la réforme des retraites, je me suis opposé, avec quelques députés LR courageux, à une réforme inéquitable et mal née.

Voir aujourd’hui Les Républicains devenir les plus ardents défenseurs d’une réforme d’Élisabeth Borne et d’Emmanuel Macron après avoir tout fait pour s’ériger comme principal parti d’opposition a quelque chose de savoureux. La cohérence politique a parfois le sens de l’humour.Vous annoncez, monsieur le premier ministre, vouloir parler d’énergie, de réindustrialisation. Ces sujets sont, à mon sens, des priorités stratégiques, mais il est impossible de les traiter sans boussole politique, sans récit national.Dans ces domaines comme dans d’autres, la difficulté de nous mettre d’accord ici n’est rien face aux difficultés que vivent chaque jour des millions de Français. Ce qui est en jeu, ce n’est pas notre stabilité, ni même notre confort parlementaire, c’est notre avenir collectif.Enfin, vous parlez de gaullisme. La Ve République est née dans une époque similaire à la nôtre : l’explosion du débat partisan, une crise budgétaire et financière devenue indigeste, des institutions à bout de souffle. La réponse du général de Gaulle ne s’est pas limitée à faire adopter un budget ; il a été capable de rassembler par-delà les clivages partisans autour d’un cap, d’une vision, d’une ambition pour la France. L’histoire a déjà connu des impasses politiques mais elle a rarement été clémente avec les gestionnaires de la fatalité.Monsieur le premier ministre, vous vous définissez comme un moine-soldat. Lorsque vous étiez secrétaire d’État à l’écologie, vous aviez déjà mis vos qualités au service d’Emmanuel Macron, agissant avec précision et sans discernement pour fermer Fessenheim. Je n’ai qu’une espérance : que cette fois, vous mettiez ces qualités au service de la France. La France n’a besoin ni d’un moine ni d’un soldat, elle a besoin d’authentiques républicains, au service d’un idéal qui les dépasse : la France. (M. Ian Boucard, Mme Constance de Pélichy et M. Harold Huwart applaudissent.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).