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Discours du 4 juin 2026

René Lioret · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°263

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Ce texte nous rappelle une réalité que certains préféreraient ne pas voir : en 2026, dans notre pays, des agriculteurs perçoivent des retraites extrêmement faibles, souvent indignes des efforts consentis pendant des décennies. Cette situation provoque une incompréhension profonde dans le monde agricole car ceux qui ont nourri le pays, travaillé sans horaires et sans week-end pour des revenus souvent incertains, ont parfois le sentiment qu’au moment de la retraite, la nation ne reconnaît pas leur engagement.C’est d’autant plus vrai lorsque des mécanismes administratifs ou des règles de calcul viennent neutraliser les revalorisations annoncées, ou priver certains retraités de dispositifs de solidarité auxquels ils pensaient légitimement pouvoir prétendre. Comment accepter que nos agriculteurs perçoivent des pensions de retraite inférieures de 200 euros en moyenne à celles des autres retraités ? Au fond, le texte que nous examinons pose la question simple de la justice et de la reconnaissance envers le monde agricole.Le groupe Rassemblement national soutient les principales mesures de cette proposition de loi et votera en faveur du texte.Nous soutenons l’article 1er, qui supprime le mécanisme d’écrêtement du complément différentiel de retraite complémentaire obligatoire. Ce système a privé des dizaines de milliers de retraités agricoles, notamment des polypensionnés, de la revalorisation promise des pensions à hauteur de 85 % du smic. Nombre d’entre eux ont eu le sentiment d’avoir cotisé toute leur vie pour être pénalisés in fine parce qu’ils avaient exercé plusieurs activités. Cette injustice doit être corrigée.Nous soutenons également l’article 3, qui étend cette garantie minimale aux conjoints collaborateurs et aux aides familiaux. Derrière ces statuts, il y a souvent des femmes ayant travaillé toute leur vie sur une exploitation sans bénéficier d’une véritable reconnaissance sociale ni de droits suffisants pour leur retraite. Les carrières hachées, les faibles pensions et l’invisibilisation du travail agricole féminin ne peuvent plus être ignorées.Nous sommes également favorables à l’article 4, qui exclut les pensions de réversion et les bonifications pour enfants de l’assiette de calcul du seuil d’écrêtement de la pension majorée de référence. Pourquoi n’était-ce pas déjà le cas, alors qu’un pensionné du régime général, bénéficiaire d’une pension de réversion ou d’une bonification enfant, ne perd pas un euro sur sa retraite ? Là encore, il s’agit de corriger une injustice, qui touchait principalement les petites retraites agricoles, souvent celles des femmes veuves ou anciennes conjointes collaboratrices.Nous soutenons également les derniers articles car nous ne pouvons pas exiger davantage de justice pour les retraités agricoles sans assurer en parallèle un financement pérenne du système.Au-delà de cette proposition de loi, nous devons avoir l’honnêteté de dire que, si tant d’agriculteurs perçoivent de faibles pensions de retraite, c’est qu’un grand nombre d’entre eux ont passé leur carrière avec des revenus insuffisants, non garantis, sous pression permanente des aléas climatiques et économiques, confrontés à l’explosion des charges, à la concurrence déloyale et à des décisions politiques qui ont trop souvent fragilisé notre agriculture. (Mme Béatrice Roullaud applaudit.) Nous ne réglerons pas durablement la question des retraites agricoles sans traiter celle du revenu agricole.

Cette question est aussi celle du renouvellement des générations. En 1980, la France comptait 1,2 million d’exploitations agricoles. Ce chiffre a été divisé par trois en deux générations, pour atteindre 400 000 en 2024. Si nous ne mettons pas en place un système réellement protecteur et incitatif, nous pourrions tomber à 200 000 exploitations dans les années à venir.L’enjeu de cette proposition de loi se trouve aussi dans le message que nous voulons envoyer à un jeune qui souhaite s’installer. Un jeune agriculteur doit désormais investir des centaines de milliers d’euros, selon les exploitations, pour acheter du foncier, du matériel, une moissonneuse-batteuse, un tracteur ou pour moderniser l’outil de production qu’il vient d’acquérir. Il s’endette souvent pour vingt ou trente ans.

Dans ce cadre, voir les générations précédentes partir avec des retraites de misère après une vie entière de travail nourrit l’inquiétude, le doute et, parfois, le renoncement. Ainsi, mettre en place un véritable système de revalorisation des retraites agricoles n’est pas seulement une mesure de justice envers les anciens, c’est un signal envoyé à la jeunesse agricole, une manière de dire à ceux qui veulent encore s’installer, produire et faire vivre notre souveraineté alimentaire : la nation reconnaît votre travail ; elle vous accompagnera tout au long de votre vie active et ne vous abandonnera pas au moment de la retraite. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).