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Discours du 11 juin 2025

Robert Le Bourgeois · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°234

Quel honneur, après bientôt un an de mandat, d’assister ce soir à cette œuvre de salut public !

Dans une union presque parfaite, socialistes et écologistes s’attachent ainsi à tenter de faire taire tout ce qui pourrait s’apparenter à une menace sur leur hégémonie culturelle. Et de quelle manière ? Par le biais d’une proposition de résolution européenne, sorte de bouteille à la mer lancée dans un océan d’initiatives sans lendemain. La belle affaire ! Les Français sont victimes d’insécurité, leur pouvoir d’achat est en berne, notre industrie en crise et l’action publique de moins en moins efficace, mais la gauche, elle, s’inquiète de la modération de X, qu’elle a quittée en meute il y a quelques semaines.Venons-en au sujet. En commission des affaires économiques, monsieur le rapporteur Lhardit, vous m’avez répondu en citant le président du Rassemblement national. J’aurais espéré qu’en pourfendeur des fake news, vous ne tronqueriez pas la citation. Je vais donc la rétablir ce soir en citant Jordan Bardella : « Jamais la liberté d’expression ne doit être entravée : la controverse est toujours préférable à la censure, et les excès de la liberté aux dérives de l’arbitraire. » Or c’est précisément la pente sur laquelle vous souhaitez nous entraîner : dérives de l’arbitraire quand vous fustigez X qui, avec ses « notes de la communauté », a pourtant intégré un système collaboratif analogue à celui du site Wikipédia que vous chérissez ; dérives de l’arbitraire encore quand vous partez à la chasse aux milliardaires qui mettraient leur argent au service d’une vision politique que vous ne partagez pas, sans condamner d’autres milliardaires qui à gauche, agissent ainsi depuis des années et assument, comme le banquier Matthieu Pigasse,…

…d’enrôler dans ce combat les médias qu’ils contrôlent ; dérives de l’arbitraire, enfin, quand vous applaudissez l’annulation dans des conditions troubles d’une élection en Roumanie, sans vous émouvoir de l’ingérence d’élus français dans ce même scrutin, au seul motif que le résultat vous était insupportable ! Aussi, avant que vous ne le censuriez, permettez-moi de citer Georges Bernanos : « Qui ne défend la liberté de penser que pour soi-même est déjà disposé à la trahir. Il ne s’agit pas de savoir si cette liberté rend les hommes heureux ou si même elle les rend moraux. […] Il me suffit qu’elle rende l’homme plus homme. » Voilà bien tout ce qui constitue le caractère stérile de ce texte. En plus de n’avoir qu’une portée symbolique qui, disons-le, ne passera pas les portes de cet hémicycle, il apporte une réponse techno à une donnée incontournable de l’existence humaine : la liberté.Ce qui vous importe, c’est, primo, d’éviter les ingérences – sur ce point, nous sommes d’accord ; deuzio, d’éviter que les réseaux sociaux puissent être instrumentalisés par les fortunes qui les financent – là aussi, nous sommes d’accord ; tertio, que ces réseaux et leur fonctionnement ne faussent pas l’appréciation de la vérité – nous sommes toujours d’accord. Mais force est d’admettre que trente-cinq alinéas et une foule de rapport cités ne vous auront pas permis d’apporter une seule réponse au problème que vous soulevez. Car l’application effective du DSA, qui a le mérite de s’attaquer aux Gafam, ne changera malheureusement pas la donne : en réalité, au pouvoir d’entreprises étrangères défendant des intérêts particuliers, cette proposition de résolution substitue celui d’une Commission européenne omnipotente qui ne défend ni les peuples ni leurs intérêts. Le risque de votre posture, c’est une surenchère normative qui ne sait qu’encadrer et interdire, et qui finira par annihiler la responsabilité et la liberté des citoyens que vous prétendez défendre.Le groupe Rassemblement national en appelle, lui, à un peu plus d’humilité. Les propositions inopérantes et moralisatrices comme celles que nous examinons ce soir sont inutiles.

En revanche, que l’on se pose la question de l’accès aux réseaux sociaux des plus jeunes, c’est parfaitement légitime. Nous l’avions d’ailleurs évoquée dès 2022, en alertant cependant sur la nécessité de ne pas confier aux Gafam la responsabilité de stocker des données sensibles. À cet égard, que l’on menace X de lui imposer le contrôle d’âge en raison de la diffusion de contenus pornographiques et que l’on s’inquiète de la santé mentale des jeunes ou de la chute du niveau scolaire et du lien que cela peut avoir avec la surexposition aux écrans, c’est aussi parfaitement légitime. Mais reconnaissons que le principe abêtissant du scrolling infini, par exemple, a sans doute fait bien plus de mal à nos jeunes et à nos sociétés que la mise en avant algorithmique du profil d’Elon Musk.Vous pouvez bien adopter toutes les postures : si, à la fin, les outils que vous voulez encadrer sont mis entre les mains d’individus que l’école n’est plus capable d’instruire, tout cela n’aura servi à rien ! Si vous souhaitez des hommes et des peuples libres, armés face au détournement de la vérité et aux manipulations diverses, employez-vous alors à en faire des hommes et des peuples libres ! Rien d’autre ! Ne gaspillez plus notre temps, le temps du Parlement, à élaborer des déclarations, des directives et des législations qui au mieux seront creuses, au pire liberticides. Vous l’avez compris : le Rassemblement national ne soutiendra pas ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

Dans tes rêves !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).