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Discours du 10 février 2026

Roger Chudeau · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°144

La plateforme Parcoursup, apparue en 2018, poursuit un triple objectif : améliorer l’affectation des bacheliers dans le supérieur afin de mettre un terme à l’échec massif des étudiants en première année ainsi qu’au très faible taux d’accès au diplôme de licence ; rendre moins aléatoire la procédure d’affectation postbac, précédemment décriée en raison du recours au tirage au sort ; offrir – dans un contexte d’augmentation des effectifs – une affectation à chaque bachelier, en utilisant toutes les capacités d’accueil des établissements d’enseignement supérieur.Force est de constater que le premier de ces trois objectifs n’est nullement atteint, que le deuxième ne l’est que partiellement et que le troisième est atteint – mais à quel prix ?Le premier cycle du supérieur strictement universitaire est marqué depuis des décennies par un fort taux d’échec. En moyenne, plus de 50 % des étudiants échouent en première année. Le taux d’accès à la licence en quatre ans est de l’ordre de 40 %. Les plans spécifiques, dotés de budgets ad hoc, n’ont été que faiblement appliqués et n’ont jamais fait l’objet d’une évaluation globale par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur. Pour ceux qui, ici ou là, ont été évalués, les préconisations du HCERES sont restées lettre morte. La Cour des comptes évalue à un demi-milliard d’euros par an le coût de ce gâchis pour la communauté nationale. L’échec est flagrant.En matière de transparence, tous les observateurs professionnels s’accordent à relever la complexité croissante d’un algorithme devenu incompréhensible aussi bien pour les lycées que pour les universités – rappelons que pas moins de 26 000 formations supérieures sont proposées aux bacheliers.Le sentiment d’injustice se répand car les critères d’affectation souffrent de défauts structurels. Le contrôle continu, par exemple, dépend de la culture docimologique de chaque lycée ; cela conduit les universités et les filières sélectives, en aval, à introduire leurs propres critères, voire leurs propres algorithmes, de manière totalement opaque, dans l’examen des candidatures.Autre exemple de ces défauts : les dossiers des lycéens, qui doivent comporter une appréciation du niveau de la classe. Or les élèves de terminale ne passent que la moitié de leur temps – et encore – en classe entière, si bien que le professeur principal ne les connaît qu’imparfaitement. Le professeur référent, quant à lui, est un objet administratif non identifié.Nouvel exemple : les cinquante-quatre heures d’information dont parlait mon collègue ne sont pas utilisées du tout, ou seulement partiellement, car elles ne font pas partie intégrante des obligations réglementaires de service des professeurs principaux. Ne mentionnons même pas les lettres de motivation des élèves, quasiment toutes rédigées par ChatGPT.L’admission en internat – sujet très sensible pour les étudiants des filières sélectives – repose quant à elle sur des critères fiscaux : ceux-ci sont renseignés par les élèves eux-mêmes sans aucun contrôle, ce qui est une source d’abus, y compris par des élèves de nationalité étrangère qui déclarent à l’envi des revenus parentaux totalement fantaisistes.Il faut enfin souligner le défaut rédhibitoire de Parcoursup : l’absence de prise en compte – sauf pour les épreuves anticipées en première – des notes obtenues à l’examen terminal du baccalauréat. Les enseignements de spécialité, qui définissent pourtant le profil académique de l’élève, ne sont ainsi pas pris en compte dans son affectation, ce qui est absurde. Le baccalauréat, premier diplôme de l’enseignement supérieur comme le rappelait mon collègue, est ravalé au rang de simple formalité administrative substantielle, sans valeur académique ni sociale.Venons-en au troisième objectif de Parcoursup : trouver pour chaque bachelier une place dans l’enseignement supérieur. Les statistiques ministérielles indiquent certes un nombre très faible de non-affectés – mais à quel prix ? Un nombre considérable d’étudiants en première année a trouvé refuge dans des formations à l’utilité plus que contestable au regard des besoins réels de la nation : 850 000 d’entre eux peuplent les sciences humaines et sociales, tandis qu’ils sont moins de 430 000 à étudier les sciences et la technologie. Parcoursup alimente donc un appareil de formation supérieur qui semble déconnecté des besoins de l’économie et de la nation. Le Sénat a récemment souligné en ce sens l’absence criante de vision et de pilotage stratégique de notre système d’enseignement supérieur.Tout le monde trouve sa place dans les amphis, mais pour quoi faire ? Pour échouer, pour décrocher ? Ou, s’agissant des plus travailleurs, pour décrocher un diplôme qui les conduit tout droit à livrer des pizzas nuitamment à bicyclette ?Cependant, Parcoursup n’est au fond que le symptôme de la dégradation de notre appareil d’enseignement supérieur. C’est pourquoi il est vain de vouloir supprimer l’algorithme, qui n’est au fond qu’une réponse technique à un problème politique. La question politique de fond est la suivante : de quel enseignement supérieur la France a-t-elle besoin à l’horizon 2050-2060 ? Dans quel cadre stratégique et géopolitique ?Il appartient au gouvernement de répondre à ces questions et de prendre les décisions structurelles qui s’imposent. Hélas, force est de constater que les ministres successifs n’ont rien entrepris de ce qui était pourtant leur devoir : nulle vision prospective, nul discours stratégique, nulle consultation du Parlement sur un sujet pourtant vital pour notre avenir.Le président de la République invoque l’impératif catégorique de la réindustrialisation et du sursaut économique, mais du côté du ministère de l’enseignement supérieur, il n’y a aucun écho, aucune initiative. Tout est donc reporté à 2027.Eh bien, soit ! À l’occasion du prochain rendez-vous présidentiel, le Rassemblement national proposera à la nation un ambitieux projet de refonte de notre enseignement supérieur, dans tous les domaines, tant l’enjeu est capital pour notre souveraineté, notre indépendance et notre puissance. Notre projet gouvernemental apportera au pays les solutions dont il a besoin. Vivement 2027 !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).