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Discours du 16 février 2026

Roger Chudeau · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°150

Il aura donc fallu que ce texte soit examiné l’année du bicentenaire de la mort de Jean Anthelme Brillat-Savarin, auteur de la célèbre Physiologie du goût. Hasard ou petit clin d’œil de l’histoire ? Votre proposition de loi, madame la rapporteure, est, quoi qu’il en soit, débattue sous d’heureux auspices.Pourtant, le groupe Rassemblement national est très réticent lorsqu’il s’agit d’ajouter aux quelque soixante-dix priorités du code de l’éducation un enseignement ou une « éducation à » supplémentaire. En effet, notre système éducatif est en situation d’urgence, si l’on regarde sans a priori les très médiocres résultats de nos écoliers et de nos collégiens aux évaluations comparatives internationales – Pisa, Tendances dans l’étude des mathématiques et des sciences (Timss), Programme international de recherche en lecture scolaire (Pirls), entre autres –, et quand on sait que 20 % des jeunes de 17 ans sont considérés comme connaissant des difficultés de lecture lors des journées défense et citoyenneté (JDC) – je le dis en présence du ministre de l’éducation nationale.La priorité des priorités, selon nous, serait donc de n’en retenir que quelques-unes, mais d’authentiques et d’essentielles : maîtriser la lecture et l’écriture par la fréquentation des textes littéraires ; maîtriser le raisonnement logique par les mathématiques ; connaître l’histoire et la géographie de la France ; comprendre et respecter ses valeurs et son modèle civilisationnel.Comprendre et respecter son modèle civilisationnel, c’est commencer par y adhérer et, pourquoi pas, par l’aimer. Dans cette perspective et dans ce dessein, il est des enseignements qui, sans être strictement scolaires, apportent incontestablement aux élèves des clés de compréhension de la société dans laquelle ils évoluent et de la nation dont ils apprennent à devenir des citoyens. Citons par exemple l’enseignement de défense, ainsi que l’éducation à l’alimentation, qui nous occupe présentement.Pour nous, en effet, l’éducation à l’alimentation est beaucoup plus qu’une question de santé publique. Non que cet aspect des choses ne doive être regardé avec sérieux, car l’état d’une partie de notre population, notamment de notre jeunesse, ne laisse pas d’inquiéter : obésité, surpoids, maladies associées sont d’authentiques fléaux, et il est parfaitement légitime que les pouvoirs publics et le législateur s’en préoccupent. Il en va de même en ce qui concerne la lutte contre le gaspillage alimentaire, qui est une véritable honte morale et une absurdité écologique et économique.Mais l’enjeu de cette proposition de loi dépasse ces questions, car l’alimentation, pour nous Français, est beaucoup plus que le simple fait d’ingérer ce qui suffit à calmer sa faim. Dans notre beau pays, le bien manger, la bonne cuisine, la gastronomie ont été depuis des siècles pratiquement érigés au rang des beaux-arts.Faut-il rappeler que la gastronomie française a été inscrite au patrimoine culturel immatériel par l’Unesco en 2010, que nous comptons 654 restaurants étoilés parmi les plus de 200 000 restaurants et brasseries que compte notre territoire, que plus de 50 établissements d’enseignement secondaire enseignent la cuisine et les arts de la table, et que des millions de touristes goûtent tous les ans notre cuisine et communient ainsi avec notre art de vivre ?Car c’est bien d’art de vivre que traite au fond cette proposition de loi. L’art de vivre, c’est un certain rapport à la vie, à la nature, aux autres, au plaisir, au savoir-faire et au savoir-vivre. C’est une grande partie de ce qui nous caractérise, nous Français, y compris aux yeux des visiteurs venus de l’étranger. C’est pourquoi nous voterons en faveur de cette proposition de loi.Pourtant, convenez, madame la rapporteure, qu’il est tout de même paradoxal et quelque peu brouillon de devoir recourir à une loi pour faire appliquer la loi : l’article L. 312-17-3 du code de l’éducation, en effet, prévoit déjà « une information et une éducation à l’alimentation et à la lutte contre le gaspillage alimentaire ».Vous avez expliqué devant la commission qu’il fallait une loi, un budget et un échelon de pilotage national pour que l’éducation à l’alimentation soit effectivement dispensée. Or, madame la rapporteure – madame la ministre, pourrais-je dire –, nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes : ce n’est pas parce que le gouvernement ne fait pas appliquer la loi qu’il faut en proposer une autre. Cette politique, pardonnez-moi, porte un nom : c’est la politique de gribouille.Pourtant – et vous le savez bien –, l’éducation à l’alimentation est très largement répandue dans le système éducatif. Il existe de nombreuses journées dédiées nationales ou promues par les collectivités territoriales, et souvent inscrites dans les projets d’établissement. Alors, à quoi bon vouloir régenter tout cela par une nouvelle loi ?Je partage, il est vrai, votre réflexe que je qualifierai de « jacobin » mais croyez-vous vraiment que l’expérimentation que vous proposez et les trois séquences annuelles que vous prévoyez apportent une valeur ajoutée à ce qui existe déjà ? Est-ce bien au législateur qu’il revient d’agir aujourd’hui en la matière ? Mais passons…Quant à nous, je vous l’ai dit, nous voterons en faveur de ce texte en raison de sa portée symbolique et civilisationnelle – ou identitaire, si vous préférez. Toutefois, l’éducation au bien manger mérite des dispositions beaucoup plus vigoureuses. Ainsi, nous envisageons de rétablir après 2027 les classes de quatrième et de troisième technologiques au collège, dans lesquelles nous introduirons un véritable enseignement à l’alimentation et à la cuisine, propédeutique à une orientation choisie vers les métiers de la table et les métiers de bouche.Pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de livrer à la réflexion de la représentation nationale cette réflexion de Brillat-Savarin : « La destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent. » (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).