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Discours du 24 février 2026

Roland Lescure · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°166

À question malhonnête, réponse honnête ! (« Oh ! » et rires sur les bancs du groupe RN.) Sur ce sujet comme sur bien d’autres, vous partez dans tous les sens, dressez des procès d’intention et racontez, dans une large mesure, n’importe quoi, qui plus est en proposant de censurer le gouvernement sur la base d’un document à propos duquel vous envisagez donc de ne pas débattre.

Car, vous le savez sans doute, nous avons proposé à l’Assemblée nationale un débat relatif à cette programmation qui a fait l’objet d’un décret. Cette discussion, qui aura lieu le 25 mars,…

…prendra la forme d’une audition par trois commissions – affaires économiques, finances et développement durable. Évidemment, si le gouvernement venait à tomber demain, le décret serait toujours en vigueur mais le débat n’aurait pas lieu.

La modulation fait partie, si j’ose dire, de l’ordinaire. Dans les années 1970 et 1980, lorsque nous avons lancé un grand programme électronucléaire, certains – à peu près les mêmes que vous – reprochaient déjà au gouvernement de recourir de manière excessive à la modulation, de risquer de mettre EDF en faillite et de ne pas passer par l’Assemblée pour adopter ce grand projet.

Oui, nous assumons de lancer un grand projet d’investissement dans les énergies nucléaires et dans les énergies alternatives afin que la France s’engage sur la voie du XXIe siècle et puisse avoir une énergie décarbonée, souveraine et qui alimente les filières industrielles.

En mai dernier, il y a donc moins d’un an, vous proposiez d’avoir recours à des réacteurs construits par les Coréens ou par les Américains.

Monsieur Tanguy, qui braille derrière vous, est fasciné par la capacité des Chinois à construire des réacteurs en cinq ans.

Nous l’assumons : nous prenons le temps de financer des investissements qui permettent de fabriquer du matériel en France en prenant en considération l’ensemble des enjeux, y compris ceux liés à la modulation. Nous faisons le choix de la souveraineté, vous préférez en faire un autre. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)

Merci pour votre question. Loin des caricatures, parfois des fausses nouvelles, qui ont émaillé ces dernières semaines, elle pose un vrai problème de la bonne manière.Vous l’avez dit : la France attire. Elle attire des capitaux, et c’est tant mieux. Nous sommes capables de développer des entreprises françaises dans des secteurs importants et innovants grâce à des gens qui choisissent la France.Par ailleurs, la France conquiert. Des entreprises françaises croissent à l’international, y compris en Amérique du Nord, où elles sont nombreuses à investir.Mais ces succès internationaux ne doivent pas se faire au prix de la souveraineté, vous l’avez dit. De ce point de vue – vous l’avez aussi évoqué –, nous bénéficions d’un dispositif plutôt exemplaire en Europe, mais que nous devons régulièrement réinterroger et, pourquoi pas, approfondir : le fameux décret Montebourg, pris il y a un peu plus de dix ans, qui a été régulièrement approfondi et élargi, en particulier s’agissant des secteurs concernés, et qui nous a permis d’examiner récemment plus de 400 dossiers, notamment les trois que vous avez mentionnés.Nous sommes aujourd’hui capables de bloquer des transactions quand nous considérons qu’elles mettent en danger la souveraineté, d’imposer des conditions extrêmement strictes – cela a été le cas pour LMB et Exaion – ou, parfois, de laisser des investissements se faire.Le premier ministre a considéré qu’il était temps de revoir cette doctrine pour déterminer s’il est à nouveau possible de l’adapter, de l’élargir et de l’approfondir, notamment s’agissant de secteurs nouveaux. Il a souhaité que nous vous confiions, monsieur Plassard, ainsi qu’aux députés Jean-Louis Thiériot et Charles Rodwell, la mission de réexaminer ces dispositifs et d’étudier la possibilité de les améliorer, à la fois dans le cadre français et, pourquoi pas, dans le cadre européen, où la notion de préférence européenne fait l’objet d’une réflexion.Vous le voyez : nous n’abandonnons pas ce sujet important. Nous souhaitons que la France soit ouverte,…

…mais pas aux quatre vents, que la souveraineté industrielle de nos grands champions soit préservée et que l’on puisse continuer à développer de belles pépites.

Je vais me permettre d’apporter deux correctifs à votre question. Premièrement, vous dites qu’on répercute mécaniquement le prix des C2E sur celui de l’essence, mais ce n’est pas vrai en général puisque je vous rappelle que ce sont les producteurs et les distributeurs d’essence qui choisissent ou non de le répercuter, et c’est même particulièrement inexact dans les départements d’outre-mer puisque nous avons plafonné pour moitié le prix à un niveau inférieur au prix de marché des C2E. Nous limitons ainsi l’impact de la hausse de ces certificats sur le prix final.Deuxièmement, les territoires d’outre-mer bénéficient de mesures d’accompagnement plus importantes qu’en métropole : la consommation d’énergie des territoires d’outre-mer représente 1 % de la consommation nationale, alors que le montant des C2E dédiés aux départements et aux territoires d’outre-mer en représente 2 %. C’est une prime dont bénéficient tous les habitants des territoires d’outre-mer lorsqu’ils répondent aux critères indiqués. En pratique, cela veut dire que des isolations de combles ou de toitures, des raccordements à des réseaux de froid ou encore l’installation de climatiseurs de qualité sont financés grâce aux C2E dans les territoires d’outre-mer, dans une proportion plus importante que ne le sont les réseaux de chaleur ou autres dispositifs d’isolation en métropole. Si on supprime demain le bénéfice des C2E et le dispositif limitant leur impact sur les prix, ces dispositifs qui permettent à nos compatriotes d’outre-mer de bénéficier, eux aussi, des économies d’énergie disparaîtront.

Je vous ai dit que si on supprimait le dispositif des C2E, on supprimerait aussi les subventions que j’ai évoquées et dont bénéficient un certain nombre de nos compatriotes des territoires d’outre-mer.Par ailleurs, les estimations proviennent des distributeurs, lesquels ont beau jeu de répercuter les hausses de manière mécanique.

On va leur mettre la pression, mais je vous répète que la moitié des prix est plafonnée en Guyane, comme dans les autres territoires d’outre-mer.

Franchement, utiliser les difficultés de certains salariés – sur lesquelles je vais revenir – pour raconter, une fois de plus, n’importe quoi et mentir à propos des chiffres macroéconomiques, ce n’est pas au niveau ! (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

En réalité, depuis neuf ans, nous avons recréé de l’emploi industriel en France, nous avons ouvert plus d’usines qu’il ne s’en fermait, même si, malheureusement, il reste des situations difficiles, dont celle-là, sur laquelle je vais vous répondre. (Mêmes mouvements.) Mais vous devriez avoir honte d’utiliser la détresse de salariés pour raconter n’importe quoi ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR. – Les exclamations s’amplifient sur les bancs du groupe RN. )

J’en viens à la situation d’Hachette et Driout. Vous le savez, l’entreprise a été rachetée par ACI il y a un peu plus d’un an et, vous le savez aussi, ACI est en redressement judiciaire depuis quelques mois. Nous suivons la situation de toutes les filiales de ce groupe, en portant une attention particulière à l’industrie et à l’usine que vous mentionnez, car cette usine fournit notamment l’industrie de l’armement. Une audience importante a lieu aujourd’hui – vous le savez aussi, du moins je l’espère – : le tribunal aura à se prononcer sur une offre de reprise garantissant les emplois de plus de la moitié des salariés, dont nous espérons qu’elle aboutira. Je n’interviens évidemment pas dans les décisions de justice, je ne peux donc répondre à votre question aujourd’hui. En tout cas, l’État sera prêt à accompagner cette entreprise dans le cadre d’un processus de reprise, comme il l’est pour toutes les filiales du groupe.

Si !

Arrêtez avec Emmanuel Macron : il n’est pas responsable de l’avenir de cette entreprise,…

…dont nous nous occupons, pendant que vous glosez ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR sur lesquels Mme Sandra Marsaud manifeste vivement son enthousiasme. – Vives exclamations sur les bancs du groupe RN.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).