Discours du 24 mars 2026
Roland Lescure · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°177
Décidément, il y a des choses ne changent pas : quand vous prenez la parole, c’est un mélange d’imperfections, d’inexactitudes, de mensonges et de tentatives de division. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Une fois de plus, vous racontez n’importe quoi ! D’abord, selon vous, l’État s’en mettrait plein les poches depuis 1975. Or, que ce soit en 1975, en 1979, en 1990, en 2003, en 2007 ou en 2022, et comme ce sera le cas en 2026, un choc pétrolier n’est pas une bonne nouvelle pour les comptes de l’État. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.) En effet, cela conduit à une hausse des dépenses sociales sans que les impôts augmentent.Ensuite, vous évoquez des stocks qui seraient envoyés à l’étranger. Or nous validons, avec la ministre de l’énergie, toutes les demandes d’utilisation des stocks stratégiques.
Aucun baril ni aucun litre issu de ces stocks ne quitte la France. C’est normal, et je ne sais pas où vous êtes allé chercher ça !
Vous évoquez les certificats d’économie d’énergie. La ministre de l’énergie aura l’occasion d’y revenir, mais il s’agit d’une stratégie qui, en aucun cas, n’enrichit l’État ; elle permet d’électrifier la France et d’instaurer une écologie sociale. Vous n’êtes ni écologique ni social, donc vous êtes contre ! (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.) Ces certificats ont permis de financer 100 000 véhicules électriques, 300 000 pompes à chaleur, et la rénovation de dizaines de milliers de logements par des artisans bien de chez nous. Arrêtez de dire n’importe quoi ! (Mêmes mouvements.)Nous faisons face à un choc extérieur majeur, que nous devons affronter ensemble, en évitant de nous diviser ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et DR ainsi que sur quelques bancs du groupe Dem.)
Monsieur Tanguy, nous n’avons rien à cacher, rien ! (Rires sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Si vous souhaitez avoir des précisions sur mes déclarations, ainsi que sur la stratégie internationale que la France anime pour surmonter cette crise, n’hésitez pas ! (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.) En attendant, je le répète, nous n’avons rien à cacher.J’en profite pour annoncer que le ministre des comptes publics, David Amiel, créera dans les prochains jours un observatoire (« Ah ! » et rires sur les bancs du groupe RN)…
…sur la crise et ses effets sur les finances publiques. Dès le 21 avril… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)
Voilà, on n’y avait pas pensé !
Démagogie et misérabilisme ! (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Voilà les deux mamelles de vos recettes éculées, que nous avons déjà essayées. Je l’ai dit : nous avons traversé une dizaine de chocs pétroliers depuis cinquante ans, jamais l’État ne s’est enrichi, cela lui a malheureusement coûté. Sinon, il s’agirait d’une recette magique que nous aurions – pourquoi pas – envisagé d’appliquer. Vous savez qu’en réalité, face à tous les chocs pétroliers, le volume de la consommation baisse, l’ensemble des recettes d’impôts diminue et les dépenses sociales augmentent. Nous devrons malheureusement y faire face.Par ailleurs, les recettes que vous proposez, qui coûtent des milliards, bénéficieront à tout le monde, y compris à celles et à ceux qui n’en ont pas besoin. Il est vrai que nous assumons le choix de mesures ciblées, concentrées sur les secteurs en première ligne : les marins-pêcheurs, les agriculteurs, les compagnies de transport routier – la hausse du gazole se répercute directement sur leurs coûts. Voilà l’objet des mesures annoncées par le premier ministre, que nous prenons pour accompagner la trésorerie de ces entreprises.La meilleure manière de lutter contre ce choc exogène est de le traiter à la racine : s’assurer, grâce à des politiques de désescalade, que la France fait partie de celles et ceux qui cherchent et trouvent des solutions pour rouvrir le détroit d’Ormuz.
Une baisse des impôts ne ferait pas revenir ces 20 % de pétrole en moins.
Comme M. Tanguy, vous cherchez vous aussi des coupables partout ! Nous sommes malheureusement confrontés à un choc face auquel nous allons devoir nous serrer les coudes. Je vous connais : vous passerez les semaines qui viennent à nous diviser (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR),…
…à chercher de l’argent là où il n’y en a pas. Face à un choc fort, nous devons réagir ensemble, non pas nous diviser !
Le groupe Ziegler est un groupe belge d’environ 3 200 salariés, dont près de la moitié travaille en France. Les difficultés qu’il traverse ont donc un impact considérable. Elles touchent notamment le site de Saint-Martin-des-Entrées, près de chez vous, mais aussi des sites dans d’autres circonscriptions.Ces difficultés ne datent malheureusement pas de la crise actuelle dans le Golfe. Le groupe est placé en procédure de redressement judiciaire, comme vous l’avez rappelé. Nous suivons la situation de très près, avec Sébastien Martin à mes côtés, ainsi qu’avec Philippe Tabarot et Jean-Pierre Farandou.Nous avons trois priorités. Il faut avant tout trouver un – de préférence – ou des repreneurs pour ces sites industriels et logistiques, dont certains, comme celui de Saint-Martin-des-Entrées, sont très modernes. Le groupe étant placé en redressement judiciaire, il nous reste plusieurs semaines pour y arriver. Si les repreneurs sont sérieux et solides, nous les accompagnerons dans la reprise des activités. Si ce n’est pas le cas, l’avenir des salariés sera au cœur de nos préoccupations et nous les suivrons de très près – ce sera notamment la tâche du ministre du travail et des solidarités.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).