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Discours du 21 juillet 2026

Roland Lescure · Première session extraordinaire 2026 · séance n°23

Madame la présidente, c’est la dernière séance, mais elle est plus agitée que les soirées présentées par Eddy Mitchell !Monsieur Ménagé, ça faisait longtemps qu’un député du groupe Rassemblement national ne m’avait pas demandé de baisser la TVA sur l’énergie…

Constance des questions, constance des réponses ! Vous pouvez me poser cent fois la question, je vous ferai cent fois la même réponse (Exclamations sur les bancs du groupe RN) : une baisse de TVA sur l’essence coûte une fortune, c’est une mesure inefficace – une partie de la baisse ne se répercute pas sur les prix, ce qu’ont montré les études conduites à chacune de ces baisses, en France et dans le monde – et profondément injuste. En effet, le cadre supérieur qui partira pour quelques jours de repos bien mérités dans son SUV diesel sera plus aidé que l’aide à domicile, qui en aurait pourtant plus besoin. (Mêmes mouvements.)Cela fait des semaines que vous me posez cette question et que je vous réponds qu’il y a mieux à faire, à savoir aider les salariés qui ont le plus besoin de l’être, comme nous l’avons fait. (Nouvelles exclamations sur les bancs du groupe RN.)

Arrêtez de me dire que ça ne coûte rien, ça coûte une fortune !

Vous m’interrogez d’autre part sur les factures d’électricité : une hausse de 2,5 % au 1er août après une baisse de 0,8 % au 1er avril, soit une hausse totale de 1,7 %, inférieure à l’inflation, de l’ordre de 2 euros de plus par mois en moyenne.

Cette somme ne finira ni dans mes poches ni dans les vôtres, mais elle nous permettra d’investir dans le réseau d’électricité et d’accélérer l’électrification des usages. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)L’électrification, vous êtes contre : vous avez tenté de nous censurer sur la programmation pluriannuelle de l’énergie, vous votez contre toutes les mesures en ce sens. Quant à nous, nous la soutenons, car la seule manière de faire face aux crises répétées, comme celles de ces jours derniers, auxquelles nous allons être confrontés,…

…c’est d’électrifier, d’investir, d’aider les Françaises et les Français à acheter des véhicules électriques – que vous détestez, alors même qu’ils sont fabriqués en France (M. Thomas Ménagé proteste), et non ailleurs dans le monde. (Exclamations ininterrompues sur les bancs du groupe RN.)Plutôt que de remplir les poches des pétromonarchies, des Russes (Vives e xclamations sur les bancs du groupe RN) ou d’autres pays producteurs de pétrole, nous souhaitons investir afin que les Françaises et les Français puissent regarder vers l’avenir ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)

Legrand a en effet annoncé, il y a quelques semaines, la fermeture de quatre sites, à Lagord, mais aussi à Châlus, Confolens et Pont-en-Royans. Le ministre Sébastien Martin a immédiatement reçu le directeur général de Legrand, pour comprendre tout d’abord, mais aussi pour lui demander de quelle manière il comptait traiter le problème des 180 salariés qui vont perdre leur emploi. Cela étant, vous n’avez pas rappelé que Legrand envisageait de créer 107 emplois dans d’autres sites. C’est véritablement une opération de restructuration et de réorganisation des sites de production qui est à l’œuvre ; je peux en comprendre le sens mais elle ne doit pas être réalisée au détriment des salariés.C’est pourquoi Sébastien Martin a demandé au directeur général de prendre trois engagements. Il doit tout d’abord assurer la reconversion des employés dans d’autres sites ou prévoir des procédures de reconversion locale pour ceux qui ne sont pas mobiles de sorte qu’ils puissent trouver un emploi. Il doit ensuite trouver des repreneurs pour les usines. Enfin, il doit associer étroitement les élus locaux au projet qui fera suite à cette décision de fermer quatre sites. Parce qu’elle se porte plutôt bien, l’entreprise devra s’investir pour atténuer les conséquences de cette décision difficile.Depuis, les discussions ont commencé et la procédure devrait prendre fin le 21 octobre 2026. Dans les négociations engagées avec les salariés, la priorité doit être accordée au reclassement interne : tous les salariés se verront proposer tous les postes disponibles au sein du groupe, y compris les 107 postes que j’ai évoqués. Un accompagnement sera prévu, le salaire maintenu et une aide à la mobilité géographique sera accordée. L’employeur devra bien entendu respecter son obligation de formation et d’adaptation.Par ailleurs, ceux qui ne peuvent pas être reclassés en interne doivent se voir proposer un reclassement externe, le congé de reclassement de dix mois étant porté à douze pour les salariés de 50 ans et plus ou en situation de handicap. Une indemnité conventionnelle dite supralégale, donc supérieure à l’indemnité conventionnelle, sera accordée pour au moins 1 000 euros par année d’ancienneté. Croyez-moi, je suivrai de près, avec mon collègue chargé du travail, ce plan de sauvegarde de l’emploi. Nous souhaitons que les salariés ne soient pas les victimes de cette réorganisation. Malgré un environnement international contraint, nous devons tenir compte des situations particulières de chacun.

Votre question me permet, au-delà des quelques précisions que vous avez apportées, de rappeler tout ce qu’a accompli l’État et tout ce qu’il est encore prêt à engager pour soutenir Fibre Excellence. Plus de 90 millions d’euros ont été engagés, notamment dans le site de Tarascon que vous connaissez bien, entre 2021 et 2025. L’entreprise étant en redressement judiciaire, l’État s’est engagé à verser 100 millions supplémentaires. Un repreneur est recherché dans toute l’Europe. La piste de l’actionnaire historique n’est pas mise de côté mais est élargie à d’autres fabricants de pâte à papier, sachant que l’État est prêt à accompagner la reprise jusqu’à 100 millions d’euros.Le tribunal tranchera mais j’admets que l’offre de reprise à l’étude n’est pas au niveau parce qu’elle s’accompagne d’une aide supplémentaire de l’État, sans doute de plus de 100 millions d’euros, qui s’ajouteraient aux 100 millions que nous sommes prêts à débloquer et aux 90 millions déjà apportés à cette entreprise, dont une partie, vous l’avez dit est perdue, en échange d’un engagement de l’investisseur en question de 5 misérables millions. C’est beaucoup d’argent, 5 millions, je ne dis pas le contraire, mais comparés aux 300 millions d’euros apportés en soutien par l’État, ce n’est pas grand-chose. Cela me fait penser au shérif de Nottingham qui mène des actions avec l’argent des autres.Je souhaite que le repreneur soit sérieux, qu’il s’investisse dans l’entreprise, en se fondant sur un plan d’affaires fiable et un engagement réel au côté de l’État. En l’espèce, le compte n’y est pas encore. Il reste quelques jours avant la décision du tribunal administratif. J’espère que l’investisseur en question comprendra que pour reprendre une entreprise, il faut s’y investir au sens monétaire et personnel. Reprendre une entreprise n’est pas une plaisanterie, encore moins un acte politique. C’est un acte de confiance. Le repreneur le doit aux salariés. Je comprends bien que les élus locaux aient envie d’y croire. Nous voudrions bien être animés du même enthousiasme mais encore faut-il que les repreneurs acceptent de mettre un peu d’argent.

Ce qui s’est passé est absolument exceptionnel. Nous avons tous vu les images, mais vous l’avez vécu puisque c’est chez vous : de véritables boules de pétanque qui tombaient et causaient des dommages très importants aux habitations, aux véhicules, aux entreprises ou aux récoltes – je pense notamment au vin et je crains que l’Ardèche n’ait perdu une bonne partie de sa vigne.Je vous remercie pour vos mots et pour vos propos qui soulignent la solidarité locale très forte dont votre département est coutumier et dont vous-même avez été un des acteurs.Hier, une cellule de crise a réuni les assureurs, qui sont en première ligne et doivent faire leur travail, et les acteurs locaux. Le préfet leur a demandé d’aller vite et les assureurs s’y sont engagés : c’est primordial quand il s’agit de son véhicule ou du toit de son habitation. Le défi majeur, c’est l’expertise : l’expert doit intervenir très vite pour évaluer les dégâts et les assureurs doivent ensuite être au rendez-vous.J’ai moi-même appelé la Fédération nationale des assureurs, qui s’est engagée à aller vite. Nous avons la chance, en France, d’avoir prévu une assurance obligatoire pour ce type de tempête, que ce soit pour les ménages, les entreprises ou les agriculteurs. Il faut maintenant que les conséquences de cet épisode soient réglées très rapidement.Au-delà des enjeux d’assurance, la solidarité nationale passe certains dispositifs. La priorité absolue est l’évaluation des dégâts. L’indemnité de solidarité nationale, que l’agriculteur soit assuré ou non, et le dispositif de calamité agricole peuvent être déclenchés. Il existe la dotation de solidarité aux collectivités victimes d’événements climatiques, pour des dommages d’un montant supérieur 150 000 euros – j’ai bien peur que certaines d’entre elles soient dasn ce cas, notamment à Aubenas.Enfin, pour les entreprises, des reports de paiement ou d’échéances fiscales sont possibles. Nous sommes présents, à vos côtés, et nous souhaitons aller vite pour déployer la solidarité des assureurs comme la solidarité nationale. Nous serons au rendez-vous. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).