Discours du 10 février 2026
Romain Eskenazi · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°144
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Si vous êtes d’accord, madame la présidente, je poserai mes deux questions à la fois. Monsieur le ministre, vous semblez défendre avec une certaine conviction l’efficacité de Parcoursup – c’est votre rôle. Je suis d’accord avec vous sur un point : ce n’est qu’un outil. Et tout outil est souvent un bouc émissaire. Parcoursup ne fait qu’administrer une rareté, sans la corriger, et dissimule la pénurie de places et les difficultés d’orientation. J’aimerais discuter de cet outil, de l’orientation qui le précède et de la réforme du collège.Sur les 900 000 inscrits sur Parcoursup, 500 000 sont des néobacheliers, 400 000 sont en réorientation – mais comme on est appelé à se former tout au long de sa vie, il ne faut pas les négliger –, 85 000 se retrouvent sans affectation. S’agissant du vécu, plus de 83 % des usagers considèrent que Parcoursup est source de stress et d’angoisse, alors qu’il intervient à un moment où on est censé décider avec optimisme de son avenir. C’est inquiétant. D’autant plus que le sentiment d’opacité demeure, malgré la demande en 2020 du Conseil constitutionnel et de la Cour des comptes de faire la transparence sur les critères de sélection. Le sentiment d’arbitraire nourrit alors le sentiment d’injustice.Par ailleurs le système est complexe. PAAS, LAS, BUT, CPES, LDD, usage abusif de l’appellation bachelor ou mastère : dans une jungle de sigles parfois incompréhensibles, de nombreuses écoles proposent des formations sans diplôme reconnu nationalement, ni visa ni grade, s’appuyant uniquement sur le titre dans le répertoire national des certifications professionnelles. Les familles dotées d’un capital culturel savent les décoder, les autres s’autocensurent ou font des choix par défaut. De fait, Parcoursup devient un facteur de reproduction sociale.Le marché de l’enseignement privé explose, avec une croissance annuelle de 15 % à 30 %, et des tarifs de séances de consulting ou de conseil qui vont de 20 à 100 euros. Certains parents témoignent de prestations décevantes d’accompagnement pour Parcoursup à plus de 1 000 euros !Il y a tout de même des acteurs vertueux. L’un d’eux m’a aidé à préparer ce débat. Il s’agit de Thotis, un site soutenu par votre ministère, qui fournit une information gratuite, fiable et accessible à tous. Il propose un vérificateur de diplôme contrôler la véracité d’un diplôme proposé sur Parcoursup. Comptez-vous augmenter les capacités des filières en tension, telles que l’Université Paris-1 ou d’autres universités très demandées ? Par quels moyens entendez-vous revaloriser la filière professionnelle, qui forme à de très nombreux secteurs peinant à recruter, pour des beaux métiers offrant de belles carrières et des rémunérations intéressantes ? Cela me paraît fondamental ! Enfin, comptez-vous obliger à la publication quantitative des critères de sélection ?Sur le temps qu’il me reste, j’aimerais aborder deux autres sujets. À la suite de la réforme de 2018, l’orientation a été confiée aux régions avec une inégalité de fait assez forte entre elles : certaines ferment des centres d’information et d’orientation (CIO), d’autres non. Les conseillers d’orientation, que j’ai moi-même connus, ont été remplacés par des psy-EN. En Île-de-France, il y en a un pour trois lycées, soit un pour 3 000 élèves. Ce sont donc les professeurs, essentiellement les professeurs principaux, qui se chargent de l’orientation. Un renforcement de leur propre formation est-il prévu afin qu’ils accompagnent au mieux les élèves ? Trop souvent, ce sont les heures de formation qu’on sacrifie en priorité lorsqu’il faut récupérer des heures. On constate une importante inégalité dans l’accès à une information qu’il s’agirait de renforcer et d’harmoniser. Quand bien même cette compétence relève de la région, avez-vous un plan en la matière ?J’en viens, pour finir, à la réforme du bac et à l’inégalité entre les filières. Avant la réforme, les classes de terminale S comptaient 48,4 % de filles ; elles ne sont plus que 39,8 % en spécialité mathématiques. On constate que la réforme a aggravé les inégalités d’accès aux filières scientifiques. Avec le recul que nous avons désormais, envisagez-vous des ajustements ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).