Discours du 19 mai 2026
Sabrina Roubache · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°236
Permettez-moi de répondre en lieu et place du ministre de l’éducation nationale, retenu au G7 des ministres de l’éducation. M. Geffray a évidemment vu ce film avec son équipe. Comme n’importe quel membre de la communauté éducative, comme la totalité des Français qui iront le voir, il en est ressorti profondément ému.Ce film a un mérite rare : la justesse de son ton. Il révèle Samuel Paty dans sa pleine humanité, dans ce qu’il était – un homme professeur – tout en le faisant entrer dans l’éternité collective des figures qui nous rappellent que l’école est ce que la République a tout à la fois de plus précieux et de plus fragile.Le film détaille aussi de manière rigoureuse et équilibrée l’engrenage délétère qui a progressivement conduit à cet attentat terroriste islamiste. Il explique et documente, sans jamais céder à la simplification ou à la complaisance.L’équipe du film a préparé un projet pédagogique qui fait l’objet d’un travail au sein de l’éducation nationale, afin qu’il soit mis à disposition des professeurs souhaitant l’utiliser pour accompagner leurs élèves.Vous me l’accorderez : la liberté pédagogique est un trésor. J’en sais quelque chose pour avoir produit de nombreux films, notamment sur la radicalisation. C’est cette liberté, celle de chaque enseignant, que défendait Samuel Paty. Au nom de cette liberté, qui s’impose à nous, il convient d’encourager à aller voir ce film, non d’y obliger. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem.)
Permettez-moi de répondre en lieu et place de M. le ministre de l’éducation nationale.Samuel Paty a été assassiné le 16 octobre 2020. Ce même soir, je projetais un film que j’avais produit sur le phénomène de radicalisation, Djellaba-basket : il y a plusieurs manières de s’engager et de dire des choses !Vous avez rappelé, avec raison, – et tout le monde a raison de le rappeler – que, parce qu’il avait choisi de faire son métier jusqu’au bout dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, Samuel Paty a été la cible d’un mensonge et d’une campagne de haine organisée sur les réseaux sociaux et qu’il en est mort. Je vous accorde que sa figure est devenue un symbole très puissant de ce que représente l’école – notre école de la République – et le visage de ce que le terrorisme islamiste cherche à détruire chaque jour.La démarche de ceux qui demandent sa panthéonisation est profondément respectable. Certes, elle exprime quelque chose de juste et de très fort – la nécessité d’une reconnaissance nationale à la hauteur de ce que Samuel Paty incarne pour des millions d’enseignants et de Français et son entrée dans l’éternité de notre République. Mais l’admission au Panthéon doit être précédée d’une réflexion sérieuse. Historiquement, cette distinction a été associée à un apport individuel – littéraire, scientifique ou politique – si déterminant que la personne et son œuvre ont fini par se confondre.Samuel Paty est une victime du terrorisme islamiste, devenue un symbole malgré elle, par la seule force de son engagement ordinaire et admirable de professeur. Si cela ne diminue en rien ce qu’il représente, cela pose la question de la forme la plus juste pour honorer sa mémoire.Il est certain que Samuel Paty ne doit jamais être oublié et que la nation lui doit une reconnaissance à la mesure de son martyr mais – vous le savez et l’avez dit – cette décision dépend du président de la République. Sachez que je serai à vos côtés pour défendre ce projet auprès de lui. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes DR et Dem. – Mme Émilie Bonnivard applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).