Discours du 26 mars 2026
Sabrina Sebaihi · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°183
La santé de nos enfants mérite mieux que des demi-mesures et surtout mieux que l’indifférence qui a trop longtemps régné, car la réalité est là : 17 % des enfants sont en surpoids, 6 % souffrent d’obésité et les trois quarts dépassent déjà les apports journaliers en sucre recommandés. Certains médecins soulignent même qu’un enfant de 8 ans aurait ingéré la totalité du sucre consommé par son grand-père durant toute sa vie.Nous ne sommes pas ici pour élaborer une nouvelle norme sanitaire, mais pour garantir aux enfants une protection en traçant une frontière entre leur intérêt et les stratégies commerciales qui capturent leur santé dès le berceau, en créant une habituation au sucre pouvant aller jusqu’à l’addiction – le terme est utilisé par des chercheurs.Interdire les sucres ajoutés dans l’alimentation des nourrissons est une première mesure, un acte de responsabilité nécessaire. Il aurait toutefois été plus juste d’aller au bout de la logique. Exclure du texte les laits infantiles et faire l’impasse sur le marketing alimentaire – tandis que le Royaume-Uni vient d’interdire la publicité ciblée sur les mineurs pour les produits sucrés, gras et salés –, c’est laisser subsister des failles que les industriels ne manqueront pas d’exploiter. Face à un enjeu de santé publique d’une telle ampleur, on ne peut pas se satisfaire d’un cadre minimal.Nous le regrettons d’autant plus que nous avons déposé une proposition de loi – pour une génération sans sucre – beaucoup plus ambitieuse, qui traitait non seulement de l’interdiction des sucres ajoutés pour les enfants de moins de 3 ans, mais également du problème du marketing à destination des mineurs ; elle allait beaucoup plus loin sur le plan de la prévention et de la protection de ces derniers. Alors même que le texte avait réuni toutes les conditions pour être mis à l’ordre du jour d’une semaine transpartisane, certains groupes, représentés ici, l’ont bloqué au profit de la présente proposition de loi, moins-disante puisqu’elle laisse aussi de côté, outre, je l’ai dit, le marketing et le lait infantile – facteur d’habituation très important du palais au sucre –, les aliments ultra-transformés.
Pourtant, comme nous l’avons fait en commission, nous choisissons d’avancer, car jeter ce texte au motif qu’il n’est pas parfait serait tout aussi inélégant que de nier l’urgence sanitaire à laquelle nous faisons face. Ce texte est un timide premier pas et ne doit certainement pas être le dernier. Notre responsabilité est claire : nous devons construire un environnement alimentaire qui protège réellement les enfants, qui rompe avec la banalisation du sucre et qui mette enfin la puissance publique du côté de la santé plutôt que des intérêts économiques.C’est avec cette hauteur de vue et dans un esprit d’exigence et de responsabilité que le groupe Écologiste et social votera la proposition de loi. Nous aurions aimé, chers collègues du centre, que vous fassiez de même pour le texte que nous avions proposé (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP) et que vous vous gardiez de cette obstruction parlementaire qui a empêché sa discussion en séance lors de notre journée de niche. (Protestations sur les bancs du groupe Dem.)
Respecter le travail des parlementaires, c’est aussi respecter les textes qu’ils déposent. Lorsqu’il est question de nos enfants et de santé publique, l’intérêt supérieur doit toujours prévaloir sur les postures et l’obstruction. (M. Pierre Pribetich applaudit.)
Non, je ne fais pas obstruction au débat, j’explique les raisons de notre soutien au texte ! Le groupe Écologiste et social votera en sa faveur, car l’intérêt supérieur doit toujours l’emporter sur l’ego des uns et des autres. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)
J’entends l’argument du rapporteur : la possibilité existe déjà. Cependant, nous ne pouvons pas nous contenter du volontariat des entreprises et des agro-industries en matière de santé publique : tant qu’elles ne sont pas soumises à une obligation, cela ne fonctionne pas. Lorsqu’une entreprise ne respecte pas la loi – qu’elle dépasse le taux de sucre réglementaire et ajoute du sucre dans l’alimentation de nos enfants, alors que nous connaissons les ravages qu’il produit sur leur santé –, elle ne doit pas pouvoir passer entre les mailles du filet.
Vous avez quelque chose à dire sur le texte, finalement ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).