Discours du 23 janvier 2025
Salvatore Castiglione · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°80
La précarité étudiante n’a pas été créée par la crise sanitaire, mais cette dernière l’a profondément aggravée. Avant le premier confinement, 20 % des étudiants vivaient déjà sous le seuil de pauvreté et 40 % dépendaient d’au moins une aide financière ; les confinements ont cessé depuis plusieurs années, mais des étudiants continuent de faire la queue devant les épiceries solidaires. En raison de l’inflation de ces dernières années, la hausse du coût de la vie des étudiants se poursuit, due notamment à l’augmentation des loyers, du prix d’internet et, bien sûr, de l’alimentation.Aujourd’hui, 65 % des étudiants interrogés déclarent avoir recours à l’aide alimentaire et plus d’un tiers sauter parfois un repas par manque d’argent. Ce chiffre, supérieur de sept points à la moyenne nationale, est le signe que malheureusement, la précarité alimentaire est structurellement ancrée dans la population étudiante.Dans un tel contexte, le groupe LIOT a toujours défendu le maintien du tarif du restaurant universitaire à 1 euro pour tous et non pour les seuls boursiers. En effet, la précarité étudiante est une double peine : non seulement les difficultés financières empêchent des étudiants d’accéder aux biens et services les plus élémentaires – se nourrir, se loger, se vêtir, se déplacer, se soigner ou encore se cultiver –, mais elles conduisent en outre la moitié d’entre eux à exercer une activité rémunérée, au détriment de leur réussite universitaire.Ainsi, en étendant à tous les étudiants le repas équilibré à 1 euro, nous ferons un pas en avant pour l’amélioration de leurs conditions de vie et donc pour leur réussite. Certains collègues prétendent qu’un repas à 3,30 euros n’est pas cher. Ils ont sans doute raison, mais pour un étudiant, payer 1 euro plutôt que 3,30 euros est loin d’être anecdotique : cela représente entre 70 euros et 140 euros d’économies par mois.En outre, la solution ici proposée a le mérite d’être plus simple que le dispositif actuel pour les étudiants non boursiers précaires, qui doivent aujourd’hui déposer un dossier en ligne sur le site du Crous, avec les justificatifs requis. De plus, une enquête de l’Ifop a montré que les étudiants connaissaient très mal les aides disponibles et leurs droits, ce qui en entrave significativement l’accès pour nombre d’entre eux.Selon, nous, cette disposition doit s’appliquer au moins le temps qu’intervienne une vraie réforme des bourses, laquelle tarde à venir depuis son annonce en 2022. Le gouvernement vient ainsi de repousser une réforme structurelle du dispositif à 2026 au lieu de 2024 comme prévu initialement, au terme d’une concertation au printemps 2025… En attendant, il faut agir ! Notre système boursier souffre de vraies lacunes : 60 % des étudiants en sont exclus et parmi eux, ceux issus des classes moyennes, que touche de plein fouet l’inflation. La priorité est de cibler les étudiants situés dans la zone de fragilité en révisant les critères et en luttant contre les effets de seuil. La situation des étudiants ultramarins doit aussi être particulièrement scrutée : certains sont parfois privés de bourse du fait de l’existence de primes d’installation dans certains départements et autres collectivités.Bien sûr, pouvoir accéder à un resto U n’est pas seulement une question de prix : les horaires et les inégalités territoriales sont aussi des problèmes sur lesquelles il faudra se pencher. De nombreux étudiants effectuent leurs études sur des sites éloignés ou ne disposant pas de structures de restauration universitaire. Ainsi, 750 points de vente sont assurés par les Crous aujourd’hui alors qu’il existe 3 500 établissements d’enseignement supérieur.Si cette mesure visant à rendre accessible à tous les étudiants le repas à 1 euro ne réglera pas tout, elle est indispensable dans l’attente d’une vraie réforme des bourses et de la restauration universitaire. Le repas étudiant à 1 euro, s’il n’est pas le remède miracle à la précarité pour tous les étudiants sera, nous en sommes certains, une bouffée d’air frais pour beaucoup d’entre eux. C’est pourquoi le groupe LIOT votera en faveur de cette proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs des groupes LIOT, SOC, EcoS et GDR. – Mme la rapporteure applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).