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Discours du 11 février 2026

Sandra Marsaud · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°145

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La pétition « Non à la loi Duplomb » est révélatrice des interrogations soulevées dans le débat public et des échanges réguliers au sein de cet hémicycle sur l’agriculture. Disons-le clairement : ces débats s’inscrivent dans un climat de défiance généralisée où l’émotion et la désinformation prennent le pas sur la raison et sur l’intérêt général.Nous avons longuement débattu de cette proposition de loi en commission, où chaque groupe a pleinement exercé son droit d’amendement. Elle a été adoptée et le Conseil constitutionnel a confirmé la régularité de la procédure : les exigences de clarté et de sincérité du débat parlementaire ont été respectées.Certes, le Conseil constitutionnel a censuré partiellement la loi, mais non sur des fondements scientifiques. Il a jugé que le cadre juridique des dérogations à l’interdiction de l’acétamipride devait être plus rigoureux ; c’est une exigence de précision législative, non une désapprobation de fond.

Le reste de la loi, notamment les mesures en faveur d’une gestion durable de l’eau, a été précisé par une réserve d’interprétation favorable à la conciliation entre intérêt général, sécurité alimentaire et protection de l’environnement.Au-delà de la pétition et des slogans, le texte touche à une question plus essentielle : quelle agriculture voulons-nous pour demain ? Les agriculteurs, qui nourrissent le pays et font vivre nos territoires, sont accusés et pointés du doigt, parfois avec une violence insupportable.

En refusant de s’aligner sur le cadre européen, la France a créé une distorsion de concurrence majeure, affaiblissant ses filières et renforçant sa dépendance aux importations. Parlons concrètement des filières noisette, pomme, betterave, pomme de terre ou encore cerise ; interdire sans alternative, c’est condamner ces producteurs et importer massivement des productions cultivées avec ce qui est autorisé partout ailleurs. Belle victoire pour l’environnement ? Non ; délocalisation et impacts !

C’est pour éviter cette impasse que sont proposés des dispositifs transitoires, limités dans le temps et strictement encadrés, afin d’accompagner la recherche d’alternatives viables. C’est une décision de responsabilité, pas de renoncement.Or nous assistons depuis des mois à un glissement inquiétant : le débat public et scientifique a été confisqué par la caricature et la peur. « Tsunami de cancers chez les jeunes »,…

…« explosion des cancers précoces liés aux pesticides » : ces titres, comme des coups de tonnerre, sont taillés par certains médias pour capter l’attention dans le flot d’informations quotidien. (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS.)

Relayées par une partie de cet hémicycle, ces campagnes alarmistes ne font pas place au débat contradictoire, ce qui contribue à alimenter encore la peur.

Ne nous y trompons pas : derrière ces méthodes, il y a une stratégie politique bien rodée qui s’adresse non à la raison des citoyens, mais à leur angoisse de la maladie.

Faute de convaincre par des arguments crédibles, certains préfèrent déplacer le combat sur le terrain de l’émotion, où toute nuance disparaît.

Comme l’ont rappelé les professeurs Jérôme Barrière et Jacques Robert, oncologues, instrumentaliser la peur du cancer, c’est trahir la cause de la santé publique. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

C’est ce qu’a également rappelé la présidente de la Société française de lutte contre les cancers et les leucémies de l’enfant et l’adolescent (SFCE).Les agences indépendantes que sont l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Efsa, l’Agence européenne des produits chimiques (AEPC) et l’Anses ont toutes évalué l’acétamipride. Leur verdict est clair : cette substance n’est ni cancérogène, ni mutagène, ni reprotoxique. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

Sa toxicité pour les pollinisateurs est faible et maîtrisée lorsque son usage est très encadré. Les études brandies pour dénoncer la toxicité de l’acétamipride ont été elles-mêmes réexaminées par l’Efsa, qui est formelle : elles présentent des biais méthodologiques importants. Loin des fantasmes, l’Europe a renouvelé dernièrement son autorisation jusqu’en 2033 ;…

…elle a renforcé encore les marges de sécurité en divisant par cinq la dose quotidienne admissible. Voilà la différence entre des slogans et la vérité : la rigueur, la transparence et la proportion. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

Ce débat révèle enfin une fracture plus large entre, d’une part, une France agricole elle-même divisée, et, d’autre part, une opinion publique parfois malmenée par des postures caricaturales, angoissantes et contradictoires. (Exclamations renouvelées sur les mêmes bancs.)

La France ne pourra relever les défis climatiques sans ses agriculteurs, et ceux-ci ne pourront réussir à nous nourrir sans la confiance de la nation. Il est urgent de travailler à résorber ces fractures, y compris à quatorze mois de l’élection présidentielle. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).