Discours du 12 février 2026
Sandrine Le Feur · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°147
Je tiens à le dire d’emblée : ce débat sur la protection des captages d’eau potable ne doit pas être caricaturé. Il ne s’agit ni d’opposer l’écologie à l’agriculture ni d’ajouter une contrainte pour le principe, mais de répondre à une question très simple : sommes-nous capables d’anticiper ou continuerons-nous à réparer dans l’urgence ?Depuis des décennies, notre pays agit pour la qualité de l’eau. Des plans ont été lancés, des dispositifs ont été instaurés, des accompagnements ont été déployés. Pourtant, nous constatons encore la fermeture de captages, l’augmentation des coûts de traitement et des tensions croissantes dans les collectivités locales, souvent rurales.L’inaction n’est pas neutre. Elle a un coût financier, territorial et, à terme, politique. Je comprends parfaitement les inquiétudes qui s’expriment, notamment dans le contexte agricole actuel. Nos agriculteurs traversent des périodes difficiles. Ils font face à des incertitudes économiques ainsi qu’à des attentes sociétales fortes et parfois contradictoires. Il serait irresponsable d’ignorer cette réalité.Protéger les captages d’eau potable ne revient toutefois pas à désigner des coupables. Il s’agit plutôt de poser un cadre clair, progressif et accompagné. La question que nous devons nous poser n’est pas : faut-il choisir entre l’eau et l’agriculture ? La vraie question est : comment éviter que l’absence d’anticipation ne conduise demain à des décisions beaucoup plus brutales, imposées dans l’urgence, faute d’avoir agi à temps ?Car lorsque la qualité de l’eau se dégrade durablement, lorsque des captages ferment, lorsque des collectivités doivent investir massivement dans la dépollution, ce sont les territoires qui se retrouvent fragilisés. Et, dans ces territoires, ce sont les agriculteurs qui en subissent les conséquences. Préserver les aires d’alimentation des captages, c’est agir en amont. C’est sécuriser la ressource. C’est éviter des crises futures plus coûteuses, plus conflictuelles et plus difficiles à gérer.Je sais que certains redoutent un signal négatif envoyé au monde agricole. Je crois au contraire que le pire signal serait celui de l’hésitation permanente. Les transitions réussies sont celles qui sont anticipées, accompagnées et territorialisées. Les agriculteurs ont besoin de visibilité, pas d’improvisation. Ce texte, tel qu’il est issu des travaux de la commission, cherche précisément cet équilibre : protéger une ressource vitale, tout en tenant compte des réalités économiques et des nécessaires accompagnements. Il ne règle pas tout – aucun texte ne le fait –, mais il marque une étape en envoyant un signal de responsabilité.En tant que législateur, nous avons une responsabilité particulière. Nous savons que les dispositifs exclusivement volontaires ont montré leurs limites dans certains territoires. Nous avons aussi compris que la contrainte seule ne fonctionnait pas sans accompagnement. Entre ces deux constats, il nous appartient de construire une voie exigeante, mais pragmatique.Voter ce texte, ce n’est pas voter contre l’agriculture. C’est voter pour la prévention plutôt que pour la réparation. C’est voter pour la stabilité des territoires. C’est voter pour la cohérence de l’action publique. Dans quelques années, nos concitoyens ne se souviendront pas des équilibres internes de nos groupes. Ils se souviendront de la qualité de l’eau qu’ils boivent, du prix qu’ils paient et de la capacité du Parlement à agir avec discernement.Nous avons aujourd’hui l’occasion de montrer que nous savons dépasser les peurs conjoncturelles pour relever un défi structurel. L’eau potable est un bien commun. Elle mérite que nous prenions le risque du courage mesuré plutôt que celui de l’immobilisme. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, EcoS et Dem.)
Le cadre de cette proposition de loi est très précis, et il n’est pas question de refaire une grande loi sur l’eau.
Nous sommes dans une niche, il faut donc aborder des sujets précis. On n’est pas là pour élargir. Les questions relatives au stockage de l’eau seront traitées dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole. Elles n’ont pas vocation à l’être dans cette proposition de loi.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).