Discours du 11 juin 2026
Sandrine Rousseau · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°269
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Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le Conseil national de la Résistance a jeté les bases d’un système de protection sociale qui compte parmi les plus protecteurs au monde. Ce modèle de solidarité va de pair avec un système de santé qui fait notre fierté. Il est de notre responsabilité de le préserver et de le renforcer alors qu’il est mis à rude épreuve depuis de nombreuses années.Pourtant, la promesse d’une égalité réelle d’accès aux soins est encore loin d’être tenue partout sur le territoire de la République. Dans nos territoires ultramarins, des difficultés structurelles et historiques persistent et continuent de compromettre l’exercice effectif de ce droit fondamental qu’est l’accès à la santé. En 2014, la Cour des comptes nous alertait déjà sur la situation sanitaire préoccupante de plusieurs territoires ultramarins, mettant en lumière des difficultés structurelles persistantes, susceptibles de compromettre l’égalité d’accès aux soins pour nos concitoyens et nos concitoyennes. Le constat, grave, est connu.Pourtant, plus d’une décennie après cette alerte, les progrès accomplis demeurent largement insuffisants. La situation reste inacceptable pour les populations ultramarines, qui continuent de subir des inégalités de santé persistantes et des écarts majeurs avec l’Hexagone. Alors même qu’ils sont davantage exposés à des facteurs environnementaux – contamination au chlordécone, à l’Asulox ou au mercure – et aux maladies chroniques – obésité, diabète et certains cancers – ces territoires souffrent d’un manque de structures adaptées, de spécialistes et de matériel.Les départements ultramarins comptent par exemple en moyenne 147 médecins généralistes pour 100 000 habitants, contre 330 dans l’Hexagone, soit plus du double. À Mayotte, ce chiffre tombe à seulement 89 généralistes pour 100 000 habitants. En Guyane, des zones entières ne disposent d’aucun médecin généraliste permanent pour plusieurs milliers d’habitants. La conséquence directe de cette inégalité d’accès aux soins est la suivante : on y renonce jusqu’à huit fois plus souvent dans les territoires dits d’outre-mer qu’en Hexagone, l’espérance de vie y demeure inférieure à celle observée dans l’Hexagone et la surmortalité relativement à la moyenne nationale y est particulièrement marquée : elle atteint 89 % à Mayotte, 37 % en Guyane, 9 % en Guadeloupe. C’est un scandale national !Cette précarité des systèmes de santé ultramarins constitue non seulement une rupture d’égalité d’accès aux soins pour les populations ultramarines, mais aussi un surcoût pour les patients et leurs familles, qui doivent bien souvent se rendre en Hexagone pour se faire traiter. La numérisation de la sécurité sociale a par ailleurs compliqué un peu plus le bénéfice de la gratuité des soins pour certains ressortissants ultramarins, étudiants, travailleurs ou patients qui doivent souvent avancer les frais avant remboursement.C’est précisément ce que vise à corriger la proposition de loi de notre collègue Mereana Reid Arbelot, membre du groupe GDR, en étendant la délivrance de la carte Vitale aux ressortissants des collectivités d’outre-mer lorsqu’ils séjournent dans l’Hexagone. Ce texte leur permettra d’accéder aux soins sans avance de frais, à l’instar des résidents hexagonaux. Il est très surprenant qu’il ait fallu attendre tant d’années pour supprimer dans le droit cette inégalité qui contredit tous nos principes républicains. En attendant que les pouvoirs publics apportent les réponses nécessaires pour améliorer les systèmes de santé ultramarins, je vous invite évidemment à voter en faveur de ce texte. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe GDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).