Discours du 11 décembre 2025
Sandrine Runel · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°90
Il y a dans notre République un drame silencieux, mais insoutenable, qui se répète chaque nuit : des milliers d’enfants dorment dehors, condamnés à la rue, faute d’hébergement garanti par l’État.Je veux parler de ces enfants, non pas comme d’un chiffre, mais pour ce qu’ils sont réellement : des jeunes venus d’ici ou d’ailleurs, que la guerre a brisés, que la faim a chassés, que la mer a presque engloutis et que la France rencontre au moment le plus fragile de leur existence.En dépit de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), que nous avons pourtant ratifiée, l’État fait aujourd’hui le choix de l’abandon. Que vaut notre République, lorsque la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et le comité des droits de l’enfant des Nations unies condamnent notre inaction et rappellent ce que nous ne devrions jamais oublier ? Un enfant doit être protégé, sans conditions.Fidèle à la tradition socialiste, qui s’est toujours dressée contre le sans-abrisme et pour la protection des plus jeunes, mon collègue Emmanuel Grégoire nous propose un texte simple et courageux : il vise à faire entrer dans la loi la présomption de minorité et à garantir ainsi une prise en charge digne.Ces jeunes, avant d’être des étrangers, sont des enfants. Ces jeunes ne cherchent pas la France ; ils fuient d’abord la guerre et la violence. Or ce qu’on leur propose, ce sont des évaluations expéditives, parfois humiliantes, des mises à la rue brutales et une suspicion systématique, presque institutionnalisée.Face à l’abandon de ces enfants par l’État et par certains départements, les associations, les élus locaux, les villes et les collectifs citoyens se substituent à la puissance publique et prennent en charge ces jeunes. Ce sont ces citoyens solidaires qui libèrent de la place dans leur maison, qui accueillent sous leur toit des enfants abandonnés. Ce sont ces associations qui permettent à ces jeunes de bénéficier d’un accompagnement juridique, d’une soupe chaude ou d’un cours de français. Ce sont ces villes, avec leurs centres communaux d’action sociale (CCAS), qui assurent le dernier maillon de solidarité. Lyon, Paris, Nantes, Bordeaux, Rennes et Strasbourg ont assigné l’État en justice pour le contraindre à respecter le droit à l’hébergement – et ces villes ont eu raison. Elles ont gagné sur le terrain juridique.Aujourd’hui, avec ce texte, c’est la bataille politique que nous devons gagner. La présomption de minorité doit entrer dans la loi. L’État doit assumer pleinement son rôle en compensant cette mesure, afin que les villes et les départements ne soient plus acculés à financer seuls ce que la République leur abandonne. Protéger ces enfants ne peut plus seulement reposer sur le courage des associations, des citoyens solidaires et de quelques collectivités. Protéger ces mineurs est une responsabilité nationale.Permettez-moi de le dire avec toute la gravité que ce moment exige : une nation ne se juge pas à la richesse de ses frontières, mais à la manière dont elle accueille les plus fragiles quand ils les franchissent. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)C’est pourquoi, en votant ce texte, je vous invite à faire un choix clair et politique : le choix de la dignité plutôt que celui du renoncement, le choix de la protection plutôt que celui de la peur, le choix de la République plutôt que celui de la démission. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. le rapporteur et Mme Danielle Simonnet applaudissent également.)
Mais les jeunes n’ont pas cotisé !
C’est comme le PLFSS : vous votez contre tout !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).