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Discours du 11 mars 2025

Sarah Knafo · Livre blanc sur l’avenir de la défense européenne (débat)

Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, nous assistons depuis deux mois à une scène improbable. Les plus fervents atlantistes de cette assemblée découvrent soudain qu’il ne faut plus dépendre de Washington. Même ceux qui se taisaient quand Barack Obama plaçait les dirigeants européens sur écoute, même ceux qui ne disaient rien quand Joe Biden empêchait la construction de sous-marins français en Australie, même ceux-là viennent nous dire aujourd’hui qu’on ne peut finalement faire confiance qu’à nous-mêmes. Vous découvrez l’indépendance par antitrumpisme. Nous, nous n’avons pas attendu le nom du locataire de la Maison-Blanche pour savoir qu’il fallait défendre notre pays nous-mêmes. Cela fait soixante-dix ans que le général de Gaulle vous le disait. Nos nations ont un devoir de puissance. Nous ne pouvons pas compter éternellement sur un pays dont les intérêts vitaux sont situés à un océan des nôtres.

Attention, toutefois, ne remplacez pas une dépendance par une autre. Ce n’est pas la Commission européenne qui vous défendra. La défense d’une nation, c’est sa survie, et la survie ne se négocie pas entre bureaucrates, à la majorité qualifiée. Ne donnez pas à Mme von der Leyen le pouvoir d’envoyer vos fils sur le champ de bataille. Il faut nous réarmer, et on ne réarme pas une nation avec des comptes publics en faillite. Une économie de guerre, ce n’est pas une machine à jeter notre argent par les fenêtres au profit de pays du monde entier. Si nous voulons gagner la prochaine guerre, il nous faut d’abord gagner tout de suite la guerre contre le gaspillage, les gabegies et le désordre budgétaire.

Notre réarmement doit bénéficier exclusivement à notre industrie militaire. Si vous achetez américain, vous restez sous tutelle américaine – c’est aussi simple que cela. La France, seule puissance nucléaire du continent, dotée d’une armée exceptionnelle, a un rôle historique à jouer. Pour les nations qui voudraient se placer sous notre protection, il faudra contribuer et donner à la France les moyens nécessaires, car la puissance exige des moyens. En revanche, notre dissuasion nucléaire ne sera jamais à partager avec quiconque, car la puissance ne se partage pas, la puissance ne se délègue pas, et la sécurité ne se sous-traite pas. C’est à nous d’assumer l’effort, ou à nous de nous préparer à en payer le prix.

Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.