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vie-politique.fr

Discours du 23 octobre 2025

Sarah Legrain · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°8

Vous parlez du patriarcat ?

Vous défendez la société du viol !

On vous attend sur le budget !

Présidente, ministre, collègues, chères rapporteures, chères féministes, ceci n’est pas un consentement. (L’oratrice brandit une pièce de lingerie fine de couleur noire. – Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR et sur quelques bancs des groupes EPR et DR.)

Porter de jolis dessous, ne rien porter du tout ou porter une alliance, ce n’est pas consentir. Accepter un dîner, accepter un verre, accepter une promotion, ce n’est pas consentir. Dormir, ne pas bouger, ne rien dire, ce n’est pas consentir. Et même dire oui, ce n’est pas nécessairement consentir. Le consentement se définit par la négative et voilà pourquoi il ne faut pas laisser les accusés de violences sexuelles le brandir comme une évidence ; voilà pourquoi il faut l’inscrire dans notre législation sur le viol. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je sais que cela peut être vertigineux – surtout pour vous, messieurs –,…

…car toute la culture du viol et une bonne partie de notre culture tout court nous disent l’inverse. Dans la langue orwellienne de la culture du viol, le non, c’est le oui ; les cris de douleur sont des cris de plaisir ; la sidération et la peur sont de l’abandon et de la langueur.Dans les récits de la culture du viol, le violeur, c’est le loup qui erre dans les bois en quête d’une proie. Pourtant, dans le conte, c’est bien sous le toit de sa mère-grand que le petit chaperon rouge est dévoré ; pourtant, c’est le prince charmant qui embrasse la Belle au bois dormant sans son consentement. Dans les clichés de la culture du viol, le violeur est l’inconnu armé, surgissant au coin d’une rue ; ce n’est pas le père, le frère, le collègue, l’ami, l’amoureux. Pourtant, neuf fois sur dix, la victime connaît son agresseur et une fois sur deux, c’est son conjoint ou son ex.La culture du viol demande à la victime de s’être bien débattue, de se montrer affectée mais sans changer sa version des faits. Elle fait de ses troubles, pourtant symptômes de l’agression, des indices d’affabulation. Elle est aveugle aux violences subies par la femme migrante, prostituée, handicapée, psychiatrisée, précarisée, autant de proies du policier,…

…du bon père de famille, du médecin, de l’élu local qui deviendra un jour ministre de la justice. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Définir le violeur comme un étranger et l’étranger comme un violeur, c’est couvrir tous ces chevaliers blancs ; c’est une pratique très appréciée de l’extrême droite, d’ailleurs fermement opposée à ce texte, mais également bien répandue dans certains rangs macronistes. (Exclamations sur quelques bancs du groupe EPR.) Nous ne pourrons pas passer de la culture du viol à la culture du consentement sans poser la question de tous les rapports de domination – patriarcaux, sociaux, raciaux. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Alors oui, c’est vertigineux. Mais ce qui devrait nous donner à tous le vertige, ce sont les trois femmes qui auront été agressées sexuellement en France le temps de ce discours, les 94 000 femmes victimes de viol ou de tentative de viol par an, les 94 % de plaintes pour viol classées sans suite, les 1 % de plaintes qui aboutissent à une condamnation. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Sandra Regol applaudit également.)En tant que législateurs, que faisons-nous contre cela ? Nous pouvons modifier la loi. C’est ce que nous allons enfin faire au terme de ce très long processus de navette parlementaire, un an après le rejet d’un premier texte que j’avais défendu au nom du groupe La France insoumise.

Avec la notion de « consentement libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable », nous permettrons de mieux traiter tous les cas qui se trouvent trop souvent exclus des critères de « violence, contrainte, menace ou surprise ». Nous empêcherons les agresseurs de présumer le consentement, en leur demandant comment ils s’en sont assurés. Nous pousserons les policiers et les magistrats à porter l’attention non pas sur la victime mais sur les circonstances, sur les rapports de force, les vulnérabilités qui empêchent de dire non et donc de consentir. Je suis heureuse que cette notion de « circonstances » ait été maintenue bien que le Sénat ait tenté de la supprimer et malgré les vives critiques qu’elle m’avait values, alors même que je la reprenais de la convention d’Istanbul, dont la France est signataire depuis longtemps.Mais cette loi ne fera pas tout et elle ne servira certainement pas d’amnistie. Elle n’effacera pas la honte liée au fait que la France, déjà condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme, fasse encore l’objet de plusieurs plaintes pour des procédures judiciaires ne respectant pas les droits des victimes ; ni la honte, plus cuisante encore, de constater que parmi ces procédures figure celle qui vise personnellement Gérald Darmanin, ministre de la justice.Cette loi n’occultera pas le scandale de cette nouvelle saignée budgétaire, un budget muet sur la formation de notre police et de notre justice, qu’il faut pourtant d’urgence « démasculiniser », selon la secrétaire nationale de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Marietta Karamanli applaudit également) ; un budget désastreux pour les associations d’aide aux victimes de violences ; un budget indigent sur l’éducation à la vie affective et sexuelle, censée former nos enfants à une culture du consentement.Dans quelques minutes, la présente proposition de loi sera adoptée. Comme pour l’inscription de l’IVG dans la Constitution, aux côtés du mouvement féministe et de toutes les victimes, les Insoumises auront l’émotion et la fierté d’avoir réussi à faire ce qui nous était prédit comme impossible. Mais dès demain, nous reprendrons les armes. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).