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Discours du 25 juin 2026

Sarah Legrain · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°286

Après cette suspension de séance, un point de contexte s’impose.Nous sommes le jeudi 25 juin 2026,…

…il est un peu plus de 22 heures, la température extérieure dépasse 36 degrés et nous venons de vivre l’une des journées les plus chaudes jamais enregistrées en France. (« Quel est le rapport avec le sous-amendement ? » sur les bancs des groupes RN et UDR ainsi que sur les bancs des commissions.)

J’y viens, bien sûr ! (Protestations sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Dans ce contexte, l’histoire jugera du choix de nous faire parler toute la journée des mariages entre Français et étrangers, et d’en interdire certains.

Ce sous-amendement nous rappelle…

…un élément fondamental : l’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui dispose que toute personne a droit au respect de sa vie privée. C’est au cœur du sujet, et j’en donnerai un exemple très clair en évoquant un couple de ma connaissance.Elle est française, il est tunisien ; il se retrouve sans papiers parce que son titre de séjour n’a pas pu être renouvelé, faute de rendez-vous à la préfecture. Ils se sont mariés il y a quelques mois, en mars dernier. Depuis, ils vivent déjà dans l’angoisse qu’un agent de l’État vienne chez eux vérifier combien de brosses à dents s’y trouvent, pour s’assurer de la réalité de leur vie commune. Ces couples-là sont déjà perquisitionnés, déjà victimes de l’inquisition de l’État, parce qu’ils sont suspectés, parce qu’ils vivent sous le soupçon du faux mariage. Selon l’État, il serait suspect qu’une Française aime un Tunisien et qu’un Tunisien aime une Française.Le respect de la vie privée est un droit absolument fondamental. C’est pourquoi nous voulons l’inscrire dans ce texte, qui, visiblement, veut bafouer tous nos droits et toutes nos protections constitutionnelles. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Chers collègues, les esprits commencent à s’échauffer. Vous n’aimez pas qu’on vous rappelle des choses aussi bêtes que la Constitution française…

…et que nos droits hérités notamment de la Révolution française, parmi lesquels le droit – fondamental – à une vie privée. L’objet de ce sous-amendement est de souligner que ce droit doit être respecté par les autorités.Dans quel univers mental vivez-vous pour nourrir une telle suspicion sur la chose la plus belle qui soit, celle qui fait qu’on a encore envie de se lever le matin, même en pleine canicule, même avec un pouvoir d’achat en berne, même quand tout dans la vie semble difficile : l’amour ?Vous aurez donc passé toute cette journée à nous faire débattre du mariage, comme s’il représentait un danger pour la nation, et à laisser penser que les maires de ce pays – alors qu’ils sont en train d’affronter les conséquences d’une canicule jamais anticipée par le gouvernement et d’un déni climatique qui est le vôtre, messieurs-dames de l’extrême droite ! – vous supplient de traiter l’épineux problème des mariages. (Mme Sophia Chikirou applaudit. – Exclamations sur quelques bancs des groupes RN et DR.)Pourtant, les mariages, voyez-vous, rendent heureux les gens de ce pays. Vous aviez d’ailleurs prévu d’examiner aujourd’hui un texte relatif à la natalité, et vous voulez qu’il y ait plus d’enfants en France. J’imagine que vous espérez quand même que ce soient des enfants de l’amour ! Alors pourquoi vous faire les objecteurs de cet amour ?L’amour entre les étrangers et les Français, vous n’en voulez pas. En cela, vous êtes la preuve vivante de ce qu’annonçait Prévert dans un de ses très beaux poèmes (« Ah ! » sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR) :

Cet amour qui faisait peur aux autresQui les faisait parlerQui les faisait blêmirCet amour guettéParce que nous le guettionsTraqué… » (M. le président coupe le micro de l’oratrice.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).