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Discours du 1 octobre 2026

Sarah Legrain · Session ordinaire 2026-2027 · séance n°2

Rien que pour les femmes !

Vous vous en prenez aux femmes étrangères !

Vous n’avez jamais voté pour nos amendements en ce sens ! Vous êtes hypocrite ! Raciste et hypocrite !

Vous étiez ministre !

On a déjà attendu !

J’aurais tellement aimé pouvoir crier victoire. Après des semaines, des mois, des années de mobilisation féministe et enfantiste, que je salue, après des semaines, des mois, des années à compter nos mortes, à compter les vies d’enfants brisées, les victimes silenciées, humiliées, broyées par la machine judiciaire ou par des politiques mortifères, nous avons un immense besoin de victoire !Après dix ans de mépris de la Macronie, après dix ans de grande cause bafouée, après François Bayrou, ses « tapes éducatives » et son silence complice face aux violences de Bétharram, après Gérald Darmanin, chef de la police puis de la justice, visé par une accusation de viol qui nous vaut une plainte supplémentaire contre la France devant la CEDH (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP), après Aurore Bergé, ministre chargée des familles puis de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, plus proche du lobby des crèches privées et des militantes transphobes que des associations de terrain (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP. – Mme la ministre déléguée fait un signe de dénégation), plus prompte à défendre la liberté d’expression des théoriciens du grand remplacement que celle d’Adèle Haenel – censurée – ou des féministes traitées de « sales connes » par Brigitte Macron (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), après le président Emmanuel Macron lui-même, qui fait de Gérard Depardieu la fierté de la France et qui matraque la jeunesse (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP), face à leur sinistre bilan – services publics et sécurité sociale saccagés, écoles dépourvues d’infirmières et d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), livrées sans protection aux agresseurs, associations asphyxiées et contraintes de fermer des permanences d’accompagnement des femmes, juge Durand évincé de la Ciivise, dont les rapports dorment encore au fond des tiroirs –, oh que oui, après tant d’infamies, le mouvement féministe et enfantiste a grand besoin de victoires !Aux enfants de ce pays, je voudrais tellement pouvoir dire : victoire ! Avec cette loi, vous serez protégés, écoutés, soignés ; vous ne serez plus victimes ; vos agresseurs ne récidiveront plus et vous-mêmes ne deviendrez pas des agresseurs.Mais, sur les neuf articles qui vous étaient consacrés, quatre ont été supprimés. Il faudra désormais attendre le vote du Sénat, dont nul ne sait quand il interviendra et s’il sera positif. Parmi les dispositions supprimées figure notamment celle qui visait à empêcher que vos mères, vous protégeant de vos pères incestueux, soient traitées comme des criminelles. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)Vous ne serez pas écoutés, ou si peu, car l’entretien annuel obligatoire réclamé depuis des années par la Ciivise a été supprimé en commission par les députés macronistes.

Ce sera donc à vous, enfants, d’aller vers un adulte de l’école, si toutefois vous en trouvez un.Vous ne serez pas soignés, ou si peu. Dans ce texte, la prise en charge du psychotraumatisme ne sera assurée que si les violences sont dénoncées avant votre majorité – mais encore faudrait-il qu’il existe suffisamment de lieux dédiés et de psychologues formés.Qu’on se le dise : le chiffre de 3 milliards d’euros évoqué dans ce texte n’inclut ni la lutte contre les violences faites aux enfants, ni les séances d’éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité (Evars), encore inappliquées, ni la refondation de l’aide sociale à l’enfance, qui échoue si tristement à vous protéger et vous expose parfois à de nouvelles violences.Il ne faudrait pas non plus faire croire que ces 3 milliards d’euros, déjà insuffisants, sont acquis. Le texte n’engage à rien et le premier ministre Lecornu a lui-même vendu la mèche en promettant 1,5 milliard, d’ores et déjà dépensé.Qui peut croire que le sort des femmes et des enfants s’améliorera avec 43 milliards d’euros de coupes budgétaires, dont 800 millions pour l’école, avec le gel des allocations familiales, l’augmentation des franchises médicales, et j’en passe ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)Aux victimes de violences sexuelles, j’aimerais pouvoir dire : si vous décidez de porter plainte, vous ne subirez plus de violences supplémentaires ; vous serez entendues par des professionnels formés, par des experts agréés ; vos plaintes ne seront plus classées sans suite ; vous bénéficierez d’un socle minimal d’actes d’enquête permettant de rechercher les preuves ; vos viols ne seront plus correctionnalisés, ni jugés comme des sous-crimes par les cours criminelles départementales. Mais, faute de moyens, tout cela n’existera pas.Pire, les syndicats nous alertent : sans financement supplémentaire, les dispositions de ce texte risquent d’allonger encore les délais et de fragiliser les procédures. Rien ne permettra véritablement d’enrayer la fabrique des violences et de prévenir la récidive.Je voudrais dire aux femmes dites en situation de prostitution : vous ne serez plus traitées en mauvaises victimes. Mais ce texte se contente de prévoir la réclusion criminelle à perpétuité pour vos meurtriers. La belle affaire ! Ni vous ni la coalition féministe ne le demandiez. En revanche, certaines dispositions risquent de fragiliser votre autonomie et la reconnaissance des violences sexuelles qui passent outre votre consentement.Aux femmes précaires, étrangères, racisées, LGBT, handicapées, aux femmes victimes de discriminations croisées, je voudrais pouvoir dire que cette proposition de loi prend en compte l’imbrication des dominations. Mais si peu ! Les quelques avancées qu’elle contient, et que nous avions gagnées en commission, seront balayées par les macronistes et l’extrême droite, ici comme au Sénat – si peu intégrale, si vite désintégrée ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)Il faut dire qu’on ne peut pas voter d’une main le pacte sur la migration et l’asile et, de l’autre, défendre la protection des femmes étrangères victimes de violences. (Mêmes mouvements. – Mme Clémentine Autain applaudit aussi.) On ne peut pas, d’une main, aggraver la précarité et la dépendance économique des femmes par des politiques antisociales et, de l’autre, prétendre apporter une réponse intégrale aux violences qu’elles subissent. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Alors, aux femmes et aux enfants victimes de ces violences patriarcales, qui sont aussi des violences sociales et économiques, au mouvement féministe et enfantiste mobilisé, nous ne pouvons pas dire : victoire ! Nous disons : vigilance ! Ne les laissez pas vous mentir, ne lâchez rien, maintenez la pression. Tenez bon : bientôt, nous investirons les milliards nécessaires et nous abattrons toutes ces dominations. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent pour applaudir. – Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – Mme Marie-Charlotte Garin applaudit également.)

Quoi ? Vous allez porter plainte ?

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).