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Discours du 26 mai 2026

Sébastien Lecornu · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°246

Au nom de mon gouvernement, j’aimerais dire l’immense émotion qui est la nôtre depuis que nous avons appris la disparition de Béatrice Bellamy et nous associer à toutes les pensées qui ont été exprimées. Son éloge funèbre sera prononcé lors d’une prochaine séance, mais j’aimerais d’ores et déjà m’associer à la peine de ses proches et des habitants de sa circonscription ainsi que rappeler la confiance qui lui a été témoignée à de nombreuses reprises. Si l’émotion est immense, c’est parce que nous nous souviendrons d’elle pour son immense humanité et son immense bienveillance, qualités parmi les plus importantes. Par conséquent, l’émotion s’est emparée de l’ensemble de la classe politique. Sa discrétion cachait une volonté de fer sur certains sujets. (Applaudissements sur tous les bancs.)Monsieur Marcangeli, vous avez cité Jean d’Ormesson, qui écrivait que la présence des absents dans la mémoire des vivants est plus forte que la mort. Béatrice Bellamy était une responsable politique, la peine que sa disparition provoque est donc privée, pour sa famille et ses proches, mais aussi publique. Il nous revient donc de prendre le témoin qu’elle nous a laissé et de mener à bien ses projets. C’est le meilleur moyen que nous avons pour lui rendre hommage.Nous le ferons d’abord en contribuant à la réussite des Jeux olympiques d’hiver de 2030. Corapporteure du projet de loi relatif à leur organisation, elle a montré à l’occasion de son examen sa volonté farouche et sa pugnacité. La ministre des sports ainsi que l’ensemble des membres du gouvernement et des élus locaux sont mobilisés pour organiser convenablement, dans l’année qui vient, ce grand rendez-vous sportif. Dans le sillage des JO de Paris, nous tenons à participer à cette grande échéance mondiale qui consacrera des pratiques sportives et des valeurs.Nous le ferons ensuite en continuant de refuser les violences, y compris sexuelles et sexistes. Dans le monde du sport, c’était son combat, son militantisme. Si aujourd’hui la parole y est plus libre, c’est parce que la députée Bellamy a contribué, avec d’autres parlementaires que je salue, à briser un tabou, une omerta. De tous les outils qu’elle a proposés, l’un d’entre eux a particulièrement émergé : la cellule Signal sports, qui permet de signaler des violences.Demain matin, sur un autre sujet, mais qui n’est pas sans lien, les ministres de la santé et de la justice présenteront un projet de loi, attendu par de nombreux parlementaires, relatif à la protection des enfants. Il portera sur la réforme de l’aide sociale à l’enfant et posera la question délicate du périscolaire. Sachez que nous nous inspirerons pour cela des travaux de la députée Bellamy dans le sport.Nous le ferons enfin en inscrivant la proposition de loi « Sport », relative au fonctionnement et à la gouvernance des fédérations, à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale avant la fin de la session : la navette permettra de promulguer rapidement au Journal officiel ce texte pour lequel elle aura œuvré jusqu’au bout. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe HOR.)Au-delà des mots, il nous faut aussi quelques actes pour lui rendre hommage. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR, SOC, DR et Dem.)

Merci pour cette question, qui me donne l’occasion de m’exprimer sur un sujet qui occupe beaucoup l’actualité, et ce, aux quatre coins du pays – vous avez évoqué Saint-Denis et d’autres députés auraient pu poser la même question, mais au sujet de communes rurales.Je ne veux pas être trop long, mais le sujet mérite une clarification, tant sur la méthode de préparation de la prochaine rentrée scolaire que sur celle qui permettra de préparer toutes les autres. Il ne faudrait pas qu’on passe du déni démographique dans lequel une partie des élites du pays ont été plongées pendant les quinze ou vingt dernières années à une logique purement comptable, « froide et aveugle » pour reprendre vos termes.

Sortons du déni démographique : 1,7 million d’élèves en moins entre 2025 et 2035, c’est une réalité qui s’impose à nous toutes et tous, y compris à ceux qui seront amenés à nous succéder en 2027.

C’est vrai pour le service public scolaire, mais aussi pour d’autres aspects de l’aménagement du territoire – j’y reviendrai dans un instant.J’en profite pour ouvrir une parenthèse : je me garderai d’opposer les crédits militaires à ceux de l’éducation nationale, car je pense que l’armée de la République est aussi importante que l’école de la République. Eu égard aux menaces qui pèsent sur nous actuellement, les opposer ne serait pas rendre service au pacte républicain !En revanche, je suis convaincu qu’un changement d’approche est nécessaire. À cet égard, vous me permettrez de soutenir le ministre de l’éducation nationale : d’abord parce que ce que c’est mon devoir, ensuite parce que ce qu’il fait est juste. Il a eu le courage, comme certains de ses prédécesseurs, dont certains siègent désormais ici, de prôner plusieurs ruptures dans l’approche adoptée par le ministère de l’éducation nationale.La première consiste à faire enfin la transparence sur les chiffres. Dans le courrier parlementaire que je reçois, je suis frappé du fait que l’incompréhension naît toujours d’un désaccord entre les chiffres avancés par les services de l’État et ceux dont se prévalent les élus locaux et qui sont fonction de la réalité de leur territoire – le vôtre est urbain, M. le député, mais en milieu rural, les dynamiques peuvent varier, puisque certaines intercommunalités, avec les syndicats intercommunaux à vocation scolaire (Sivos), peuvent reprendre la compétence.En bref, on est face à un jardin à l’anglaise, dans lequel personne n’arrive à se retrouver. J’irai même plus loin : en la matière, nous sommes myopes, puisque nous commençons à recevoir les chiffres relatifs à la rentrée scolaire en février ou en mars, alors que la problématique démographique est, par définition, pluriannuelle !Si on était capables de partager des projections à moyen terme, les stratégies des élus locaux, qu’ils soient de gauche, de droite, ruraux ou urbains, seraient différentes.

Dix ans, ce serait formidable, mais des projections à cinq ou six ans, soit environ la durée d’un mandat municipal, permettraient d’embarquer les municipalités et celles et ceux avec qui nous entretenons un lien de compétence – je vous rappelle que certaines compétences, comme celles qui touchent au bâti scolaire, sont décentralisées.La deuxième rupture, qui n’est pas facile et que le ministre a commencé à opérer, est d’ordre géographique. Pendant longtemps, le maillage scolaire a été pensé au niveau du rectorat, soit à un échelon trop élevé. Il l’a ensuite été au niveau de la direction académique des services de l’éducation nationale (Dasen), à un échelon encore trop élevé. Sa gestion doit être faite au niveau de la circonscription de l’éducation nationale : elle doit revenir aux inspecteurs de l’éducation nationale (IEN) – on sait très bien que la municipalité de Saint-Denis discute avec l’IEN compétent sur son territoire, qui est son point de contact. Le ministre, que j’encourage beaucoup et que j’aiderai, a commencé à travailler sur cette réforme.On sait bien que la démographie n’est pas homogène. C’est vrai dans l’Eure, un département que je connais bien, et en Seine-Saint-Denis, où on compte une quarantaine de circonscriptions scolaires, qui possèdent chacune leur propre dynamique. C’est ainsi que certaines moyennes peuvent sembler bonnes et que les chiffres relatifs à certains établissements particuliers se trouvent difficiles à justifier. C’est tout l’enjeu de notre feuille de route.Comme dirait le ministre de l’éducation nationale, notre carte scolaire a été imaginée au XVIIIe siècle, à une époque où les naissances étaient plus nombreuses et où les enfants se rendaient à l’école à pied. La mobilité et l’accessibilité des établissements, voilà un autre sujet à traiter avec les collectivités locales : d’un territoire à l’autre, l’offre de mobilité varie fortement. (Brouhaha.)Pardon d’être long, mais au moins, on ne pourra pas dire que je ne suis pas précis sur le sujet !Je souhaite qu’on avance dans les dix-huit départements où est expérimentée la nouvelle méthode de construction de la carte scolaire, laquelle doit permettre de rompre avec la méthode comptable et aveugle que certains ont pu décrire. Cela ne nous dispensera pas d’un meilleur diagnostic s’agissant de l’énorme défi démographique auquel nous faisons face.En repartant du taux d’encadrement et en l’individualisant au niveau d’une école, voire d’une classe, on trouvera les bons paramètres pour construire le budget de l’éducation nationale et une nouvelle carte scolaire.

Dernier point, je demanderai aux différents ministres de recréer un embryon de Datar spécifiquement dédiée à ce sujet.

L’enjeu est bien, en effet, celui de l’aménagement du territoire, une politique qui doit être construite avec les élus locaux. Les dynamiques territoriales sont si différentes qu’on n’y arrive plus : il faut donc changer de méthode.Merci pour votre interpellation, qui m’a permis de clarifier ce que nous souhaitons faire. Il n’est pas question de traiter ce sujet à l’aveugle, de manière purement comptable, ni de remettre en cause ce qui fonctionne bien. La décision de solliciter l’avis du maire avant une fermeture d’école, qu’Élisabeth Borne avait prise en son temps, et le dédoublement des classes, défendu par Jean-Michel Blanquer et qui avait permis d’augmenter le taux d’encadrement, sont autant de mesures positives qu’il faut conforter, mais le système actuel atteint ses limites et il faudra le réformer en profondeur. Nous commencerons dès l’année prochaine, mais ce ne sera pas suffisant. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)

La question que vous nous posez pourrait faire l’objet d’un colloque ! En tout cas, elle nous mobilisera jusqu’à la préparation des textes financiers dont nous discuterons cet automne.Je partage votre sentiment d’urgence. Les choses ne peuvent pas attendre et c’est bien ce qu’a dit le ministre Lescure au sujet de l’électrification. Il faut vraiment méconnaître la situation géopolitique pour ne pas entendre et comprendre une bonne fois pour toutes que la dépendance aux hydrocarbures est une laisse étrangleuse terrible pour le peuple français et pour notre économie. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT. – M. Jimmy Pahun applaudit aussi.) Notre modèle de production d’électricité, que certains des pays qui nous entourent n’ont pas la chance d’avoir, implique de nous engager encore plus franchement vers le tout-électrique. Nos grands anciens, dans les années 1970, ont su appliquer une politique de l’offre : il faut la poursuivre et l’accompagner d’une politique de la consommation d’électricité – l’une des principales composantes de notre action, parfois source de clivages, mais autour de laquelle j’ai bon espoir que nous convergions.Vous parlez d’ornière. La situation géopolitique est compliquée, comme l’actualité du week-end l’a bien démontré. Le cours du baril dépassait 100 dollars avant qu’il commence et s’établissait en deçà de ce seuil quand il s’est achevé ; en outre, il a été marqué par une certaine irrationalité, sensible dans les prises de paroles de différents acteurs.Les services de Bercy l’ont documenté sérieusement : quand on ouvre le capot de l’inflation – révisée à 2,2 % – on voit bien que l’augmentation des prix ne concerne, au moment où nous nous parlons, que les hydrocarbures et les dérivés d’hydrocarbures. J’ai demandé au ministre de rendre publique cette analyse précise, car certaines interventions ont volontiers évoqué une inflation générale des denrées alimentaires, de l’ordre de 3 ou 4 % : on a déjà suffisamment de vrais problèmes pour éviter d’en créer des faux, qui viennent de surcroît saper la confiance en notre économie !Notre économie et notre croissance s’appuient sur de vrais moteurs, parmi lesquels la consommation, qui tend toutefois à se tasser du fait du prix des hydrocarbures.Par ailleurs, beaucoup d’outils ont été mis sur la table par les ministres. Ils ont désormais vocation à produire des effets, notamment le soutien à l’économie. Évidemment, il y a toujours des oubliés et c’est le principe quand on n’applique pas de mesure générale. Si une mesure de cet ordre devait être prise, elle ne consisterait pas à encourager la consommation d’hydrocarbures – ce serait un contresens historique, un non-sens total –, mais plutôt à baisser la fiscalité sur l’électricité, parce que nous la produisons chez nous.Distinguer la fiscalité appliquée à l’énergie produite dans le territoire national de celle appliquée à l’énergie produite à l’étranger, voilà un début de réflexion qui me semble aller dans le bon sens, y compris en vue de la discussion relative au prochain projet de loi de finances.À ces outils s’ajouteront des mesures structurelles qui, étonnamment, n’ont guère été évoquées dans le débat public, en dépit de leur incidence réelle sur les finances publiques et sur le modèle économique. Pour ce qui concerne l’augmentation du smic, il semble qu’il n’y ait plus que les ultralibéraux pour la déplorer, et plus personne pour s’en réjouir. Certes, cette augmentation est toujours trop modeste, mais si nous ne l’avions pas décidée, et bien qu’elle figure dans la loi…

Certes, mais elle n’en était pas moins bienvenue : il faut le dire et l’expliquer ; c’est le signe que notre modèle fonctionne et qu’il faut le défendre.D’autres pourraient souligner l’existence de la prime d’activité, qui a fait l’objet de compromis importants lors de l’examen du projet de loi de finances : son versement, au 1er juillet prochain, interviendra au bon moment et bénéficiera aux Français qui travaillent et qui attendent des mesures en soutien de leur pouvoir d’achat. Là encore, il convient de faire de la pédagogie, sans quoi on s’y perd un peu. N’oublions pas non plus les dispositifs créés entre-temps, telle que l’indemnité destinée aux grands rouleurs.Je sais votre groupe attentif aux sujets industriels, monsieur Naegelen, du fait de la sociologie des circonscriptions où sont élus ses membres. De nombreux pans de l’activité du pays restent à couvrir, par exemple les dépanneurs ou des acteurs de filières purement industrielles telles que la chimie – les ministres Roland Lescure et Sébastien Martin annonceront d’ailleurs demain des mesures ciblées sur cette filière clé, puisqu’elle engage notre souveraineté.Ne faisons pas comme d’habitude, lorsque l’on se rend compte que certaines activités ont tellement morflé – pardonnez-moi l’expression – qu’elles finissent par disparaître, au point qu’il faut beaucoup d’argent public pour les faire redémarrer. La politique du gouvernement est d’injecter des fonds publics là où c’est indispensable pour maintenir l’activité économique, en l’occurrence celle de la filière chimie, ce qui bénéficiera, par ricochet, à la production d’engrais et de l’ensemble des intrants nécessaires aux activités industrielles.Mais le meilleur soutien à l’économie repose sur la philosophie qui présidera à l’examen du PLF et du PLFSS pour l’année 2027 : je reste persuadé qu’avoir pour unique boussole le refus de toute forme d’augmentation d’impôts est le seul moyen d’envoyer un signal de confiance au monde économique dans son ensemble, notamment aux commerçants, aux petites et moyennes entreprises ainsi qu’à tous ceux dont l’activité du pays dépend. Je rappelle que nous avons refusé d’augmenter la fiscalité dans le projet de loi de finances pour l’année 2026,…

…sur l’adoption duquel le gouvernement a engagé sa responsabilité.

Nous avons tous vu les images et, plus encore, les actes absolument odieux, choquants…

…et qui n’appellent aucune forme de réserve dans la condamnation. Je le dis clairement au nom du gouvernement de la République : nous les condamnons sans réserve. Ces actes sont choquants humainement et au regard du droit international. Devant la représentation nationale, je rappelle que ces actes ont aussi visé des ressortissants français… (« Ils sont là ! » s’exclament plusieurs députés du groupe EcoS en désignant les tribunes du public.) Je les salue ! C’est une raison de plus de condamner ces actes. (M. Jérôme Guedj applaudit.)Au-delà de ces condamnations, qui sont politiquement indispensables, il nous faut agir. D’abord, nous avons décidé d’interdire au ministre en cause l’entrée sur notre territoire – c’est la moindre des choses, mais il fallait le faire.

Est-ce suffisant ? La réponse est non. Cependant, madame Chatelain, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères ne reprend pas la ligne d’un gouvernement étranger. (M. Romain Daubié applaudit.) On peut être en désaccord politique avec le ministre Barrot, mais on ne peut pas affirmer une telle chose – soyons précis et rigoureux !

Le ministre Barrot s’exprime au nom de la diplomatie française. Vous avez le droit, comme parlementaire, de le combattre, mais il ne reprend pas les propos d’un gouvernement étranger.Le ministre des affaires étrangères recevra les avocats des personnes concernées. Puisqu’il s’agit de ressortissants français, nous n’excluons pas une saisine de notre propre justice, concernant l’ensemble des agissements constatés sur cette vidéo.

On ne peut pas s’en prendre à des citoyens français en toute impunité et sans réaction…

Madame la députée de La France insoumise, soit on traite de ce sujet avec précision et sérieux, soit on en fait une question de politique politicienne intérieure, ce qui change la nature du débat. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Je réponds à une question précise de la présidente Chatelain ; j’essaie, comme premier ministre, d’y apporter la réponse la plus précise possible, en disant que nous ne pouvons pas nous contenter de condamner ces actes et qu’il fallait prendre cette mesure d’interdiction. Il faut sans doute aussi saisir la justice, mais je laisse le ministre étudier ce point avec les avocats concernés.Enfin, il est indispensable d’aller plus loin quant aux mesures de sanction, notamment dans le cadre – qui est le plus opérant et utile – de l’Union européenne. Comme vous le savez, plusieurs pays le demandent. Malheureusement, l’Allemagne – entre autres – s’est opposée à des mesures de sanction individuelle, que nous soutenons.

Toutefois, comme l’a dit le ministre, nous constatons des avancées, notamment les paquets de sanctions contre certains colons.

Si nous ne nous rejoignons pas sur tout, je pense que vous me donnerez raison sur ce point : il est impensable pour un pays comme la France de ne pas réagir avec les outils de l’État de droit et en respectant le droit international. Ce n’est pas parce que certains ne le respectent pas qu’il faut, à notre tour, ne pas le respecter ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Dem.)

Le gouvernement revient aujourd’hui devant votre assemblée avec un texte particulier. Particulier par son fond, mais surtout particulier par sa méthode. Car ce texte n’est pas né dans un cabinet ministériel, il n’est pas le produit d’une décision solitaire du gouvernement, il n’est pas une réforme imposée d’en haut : il est le fruit du dialogue social, le résultat d’une négociation entre celles et ceux qui, dans notre pays, représentent les salariés et les entreprises. Je veux ici les citer : la CFDT, Force ouvrière, la CFTC, le Medef, la CPME – Confédération des petites et moyennes entreprises – et l’U2P – Union des entreprises de proximité. Je veux aussi saluer celles et ceux qui, sans signer l’accord, ont participé à la discussion, car discuter, chercher un compromis, c’est déjà servir l’intérêt général.Dans la période politique que nous traversons, tout cela n’est pas un détail. Depuis trop longtemps, dans notre pays, tout se bloque trop facilement. Le dialogue politique se crispe, le dialogue parlementaire s’abîme, le dialogue social se fige, comme si plus personne ne croyait possible de se parler sans se renier, comme si le compromis était devenu une faiblesse.Comme un certain nombre d’entre vous, je pense exactement l’inverse. Le compromis n’est pas l’effacement des convictions : il est la preuve que la démocratie peut fonctionner.C’est pourquoi ce texte dépasse de loin le seul sujet de l’assurance chômage. (Mme Blandine Brocard applaudit.) Il pose une question simple : dans la France d’aujourd’hui, respecte-t-on encore le dialogue social lorsqu’il arrive à produire un accord ?Alors oui, le Parlement est souverain, oui, le Parlement débat, oui, le Parlement vote. Mais que s’est-il passé ici en première lecture ? Un amendement de suppression a été adopté avant même le débat, avant même l’examen du fond, avant même que la représentation nationale entre dans la discussion. Je le dis avec gravité : ce n’est pas un bon signal – pas tant pour le gouvernement, contrairement à ce que certains ont pu dire, que pour les partenaires sociaux, pour les travailleurs qu’ils représentent, pour toutes celles et ceux à qui l’on dit depuis des années qu’il faut négocier, discuter, construire des compromis. Quel message leur envoie-t-on si, lorsqu’ils y parviennent, la représentation nationale balaie leur accord sans aucun débat ?Le gouvernement n’est pas ici pour contourner le Parlement mais, au contraire, pour lui demander d’exercer pleinement sa responsabilité : débattre, amender si nécessaire – mais débattre. Car au fond, puisque ce texte n’est pas celui du gouvernement, nous devenons en quelque sorte ses greffiers. En effet, ce texte appartient d’abord, je l’ai dit, à la démocratie sociale.Sur le fond aussi, il faut parler clairement. La rupture conventionnelle est un outil utile. Elle a permis, depuis sa création, de fluidifier le marché du travail ; elle protège mieux qu’une démission ; elle évite parfois des conflits longs et destructeurs ; elle rend service à des salariés comme aux employeurs. Le sujet n’est donc certainement pas de supprimer un droit utile, mais d’éviter qu’un droit utile soit détourné de son objet initial. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur plusieurs bancs du groupe EPR. – M. Nicolas Turquois applaudit également.) Car chacun voit la dérive : une montée continue des ruptures conventionnelles, des comportements d’optimisation, une pression croissante sur le régime de l’assurance chômage. Et quand notre modèle social finance des abus, ce sont toujours les travailleurs honnêtes qui le paient à la fin.Les partenaires sociaux ont bien vu le problème. Ils ont choisi d’y répondre de manière responsable, sans brutalité, sans posture, par un compromis équilibré. Cette réforme permettra donc davantage de retours vers l’emploi. Elle générera des économies substantielles pour le régime d’assurance chômage. Surtout, elle préservera la crédibilité d’un système fondé sur la solidarité, car celle-ci n’a de sens que si elle reste juste. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – Mme Joséphine Missoffe applaudit également.)Mais au-delà des chiffres, il y a peut-être une question plus profonde : comment réformer encore la France ? Par l’affrontement permanent, par la verticalité, par des décisions prises de manière solitaire puis contestées partout, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le regrette ? Ou en assumant enfin une méthode différente ? Car au fond, le vrai sujet du texte est là : quelle place accordons-nous aujourd’hui et accorderons-nous demain au paritarisme, héritage que nous ont laissé nos grands anciens ? Un mot que tout le monde invoque volontiers, un principe auquel beaucoup disent croire mais qu’en réalité, peu acceptent vraiment de mettre en pratique jusqu’au bout. Et pourtant, le paritarisme fait partie de l’histoire sociale française. C’est une certaine idée de notre République sociale, celle qui considère que le travail ne se gouverne pas uniquement depuis l’État, que celles et ceux qui créent la richesse, qui travaillent, qui emploient et qui cotisent peuvent prendre leurs propres responsabilités. C’est l’esprit même de notre modèle social.Mais depuis trop longtemps, reconnaissons-le collectivement, cette promesse s’est affaiblie. Par facilité parfois, par méfiance aussi, parce qu’il est toujours plus simple pour un gouvernement de décider seul et parfois plus confortable pour certains de célébrer le dialogue social en théorie tout en refusant ses conséquences concrètes lorsqu’un compromis émerge. Le résultat, nous le connaissons : des réformes annoncées puis contestées, des débats sans issue, de la défiance et finalement l’immobilisme.Ce texte dit exactement l’inverse. Il démontre qu’une autre méthode est possible. Alors oui, c’est une réforme structurelle d’ampleur de l’assurance chômage, comme nous n’en avons plus connu depuis longtemps. Oui, c’est une avancée concrète, négociée avec les partenaires sociaux, sur un sujet qui évoluait difficilement depuis l’abandon d’une réforme qui devait être prise par décret. Oui, c’est là une réforme structurelle issue du dialogue social. Donc oui, c’est encore possible !Tout cela n’est pas le fruit du hasard mais d’un changement de méthode – j’avais même parlé de rupture. Nous revenons à l’essentiel, comme nous l’avons connu dans le passé : au lieu d’imposer, nous avons proposé ; au lieu de contraindre, nous avons laissé négocier dans un cadre clair ; au lieu de contourner les partenaires sociaux, nous leur avons demandé de prendre leurs responsabilités. Ils l’ont fait. Et quand les partenaires sociaux prennent leurs responsabilités, la classe politique doit à son tour prendre les siennes.

Mesdames et messieurs les députés, je ne vous demande pas un vote de confiance. Je vous demande en quelque sorte mieux. Je vous demande de respecter ce débat, de respecter le travail accompli, de respecter la démocratie sociale.

Le gouvernement propose ; le Parlement vote – mais encore faut-il accepter de débattre. C’est désormais votre – et notre –responsabilité. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et DR, sur quelques bancs du groupe Dem ainsi que sur ceux des commissions.)

Bravo !

Au Parlement !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).