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Discours du 2 juin 2026

Sébastien Lecornu · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°259

Vous avez dit être malheureux. On peut même être en colère, à la vue des images lamentables que l’on a découvertes samedi soir !Je commencerai mon propos là où vous avez terminé le vôtre. Nous devons, ici, soutenir, quoi qu’il arrive, les forces de sécurité intérieure – les policiers et les gendarmes –, pour une simple raison : leur mission est d’appliquer les lois de la République, celles que vous avez vous-mêmes votées ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem, HOR et LIOT.)Il n’y a pas pire schizophrénie que celle dont une parlementaire a fait preuve en laissant entendre, avant même la diffusion des images, que les forces de l’ordre créeraient le désordre ! (Mêmes mouvements.) L’inversion du récit et l’inversion des valeurs, voilà les premières cibles du combat culturel que nous devons mener. Comment attendre d’une jeunesse qu’elle respecte des règles si les élites politiques elles-mêmes introduisent un doute ou un quiproquo dans les lois de la République que vous avez votées ? (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)Nous sommes dans une société de responsabilité, fondée sur la responsabilité individuelle et sur l’État de droit. On a dénombré près de 900 interpellations. Elles ont été suivies de nombreuses gardes à vue, qui se sont elles-mêmes achevées – c’est en cours – sur de nombreux défèrements, qui donneront lieu, l’autorité judiciaire le confirmera, à de nombreuses sanctions. La justice passera, grâce à l’application des lois de la République que vous avez votées.En écoutant les questions au gouvernement et les réponses du ministre de l’intérieur – j’en profite pour le remercier, ainsi que, derrière lui, l’ensemble des préfets et des chefs de notre police et de notre gendarmerie –, je note quand même qu’on ne peut pas faire l’économie d’une analyse du profil des personnes interpellées : 98 % d’hommes et 2 % de femmes. Un tiers de mineurs et le reste, de jeunes majeurs pour l’essentiel.

Et surtout, des récidivistes,…

…extraordinairement minoritaires.Sachant cela, on ne peut faire l’économie d’une analyse et prendre quelques instants de réflexion, pour mieux adapter notre droit à ces constats. Il ne s’agit pas seulement de violences de supporters, mais d’une délinquance plus globale, qu’il faut analyser avec un certain recul.On ne peut pas en rester là. La question de l’adaptation de notre droit se pose, notamment en matière de répression des tirs de mortier, d’utilisation de la vidéosurveillance algorithmique, d’interdictions de stade – dans le cas présent, elles n’auraient pas servi à grand-chose, mais on a encore des compétitions sportives devant nous –, de sanction de l’usage de stupéfiants et du protoxyde d’azote. L’autorité judiciaire le confirmera : ces violences sont parfois commises sur fond d’addiction.On n’a pas attendu. Le ministre l’intérieur a présenté le projet de loi Ripost en conseil des ministres. Il a été voté par le Sénat et il y a urgence à ce que l’Assemblée nationale l’examine et le vote. En lien avec sa présidente et les présidents de groupes, je proposerai au président de la République de convoquer une session extraordinaire au début du mois de juillet. Le projet de loi pourrait être discuté ici même lors de la semaine du 6 juillet : nous pourrions ainsi faire entrer très rapidement dans notre droit une réponse à cette délinquance.Il faut aller plus loin.

La question des courtes peines est posée. Le garde des sceaux, Gérald Darmanin, a travaillé, dans le cadre du projet de loi « Sure 2 », sur des peines de quinze jours ou un mois d’emprisonnement, qu’il est aujourd’hui impossible de prononcer. Il s’agit de donner plus de souplesse à nos magistrats et d’adapter notre procédure pénale et notre droit à une délinquance nouvelle.Mais je pense qu’il faut aller encore plus loin. Notre système est essentiellement fondé sur la réponse pénale. Or nous parlons ici de dégradations matérielles qui coûtent extraordinairement cher à la société, au travers des polices d’assurance que paient chaque citoyenne et chaque citoyen, mais aussi au travers des impôts et des contributions dont chaque Française et chaque Français s’acquittent annuellement. Cela pose la question de la réparation civile.À l’heure actuelle, les victimes sont correctement indemnisées, et c’est la force de notre système. Mais il est regrettable que ce système ne se retourne pas suffisamment vers les auteurs des dégradations pour recouvrer, au civil, les sommes correspondant au montant des réparations – lesquelles sont à la charge de la société. Je pense qu’il faut se pencher sur cette question rapidement, sans tabou…

…et intervenir de manière beaucoup plus coercitive. Je vais demander au ministre de faire des propositions assez rapidement.

Je ne suis pas favorable à la suspension des prestations sociales. Néanmoins, je crois qu’il y a un chemin de bon sens : permettre que ces prestations sociales, en dehors du reste à vivre, financent les réparations, avec des solutions adaptées.

L’auteur d’un acte de violence ou d’une dégradation doit prendre ses responsabilités et réparer. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).